Chapitre LII
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Chanson de Béranger à M. de Chateaubriand. - Honnêtetés d'icelui. - Son retour en France, - Proposition de mort contre les Bourbons à la Chambre des Députés. - Nouvelle brochure du vicomte.
Yeu voli faire esclatir la memoria, En tantas parts, de ta perfecion, Qu' estaran toi en ammiracion
D'auzir conta, de toi belz fatz l'istoria.
BÉATRIX, Comtesse de Provence.
Alors le barde populaire se réveille, il accorde sa voix ; ce barde c'est Béranger.
Chateaubriand, pourquoi fuir ta patrie, Fuir son amour, notre encens et nos soins?
N'entends-tu pas la France qui s'écrie :
Mon beau ciel pleure une étoile de moins!
Ton éloquence à ces rois fit l'aumône:
Prodigue fée, en ses enchantemens, Plus elle voit de rouille à leur vieux trône, Plus elle y sème et fleurs et diamans.
Va, sers le peuple, en butte à leurs bravades,
Ce peuple humain, des grands hommes épris,
Qui t'emportait, vainqueur aux barricades,
Comme un trophée entre ses bras meurtris.
Ne sers que lui. Pour lui ma voix te somme
D'un prompt retour après un triste dieu.
Sa cause est sainte; il souffre, et tout grand homme Auprès du peuple est envoyé de Dieu.
A de pareilles honnêtetés, l'exilé ne pouvait répondre que par des honnêtetés ; et ce n'est pas re qui manque dans la lettre de remerciement : Ce n'est pas la redevance d'une gratitude vaniteuse qu'il vient payer, c'est le tribut d'une admiration sincere, etc.., etc., elc.
M. de Chateaubriand s'excuse de ne pas abandonner le naufragé. « Me conseilleriez-vous d'abandonner le naufragé dans la nuit? il m'en souvient, monsieur : vous vous êtes jadis attendri sur la gloire alors exilée, parce que vous êtes fait pour elle ; moi, je sacrifie aux autels de la faiblesse et du malheur, parce que je les trouve à mes foyers. Ne nous vantons pas trop l'un l'autre; il y a peut-être égoïsme dans notre vertu.
» ... Reste à m'expliquer relativement au fait principal, qui a fourni le texte du beau poème dont je suis fier d'être le héros.
» J'avais pris la résolution d'aller finir ma vie, comme je l'ai commencée, sur les chemins du monde, car refusant mon assentiment à l'ordre de choses actuel, je n'étais plus qu'un ilote à Lacédémone. Mais pour l'entier accomplissement de mon dessein, il me fallait livrer à un nouveau maître quelques petits arbres que j'ai plantés : j'ai exposé au marché mes pauvres enfans, et personne n'en a voulu. Forcé par cet obstacle de descendre un instant de ma montagne, j'ai revu la France; j'ai été frappé de son air de tristesse. Ému et tenté de ses misères, j'ai pensé qu'il me serait toujours loisible de la quitter quand elle serait heureuse. »
Enfin, il annonce son prochain retour, assurant qu'il lui est impossible de rester invulnérable à la flatterie d'une Muse qui a dédaigné de flatter les rois.
• Quand cette Muse me somme d'un prompt retour, je me sens très disposé à la suivre dans son temple, c'est-à-dire dans ma patrie. »
Dans sa patrie, il y avait une proposition de peine de mort pour tout Bourbon de la branche aînée qui toucherait le sol de France. « Autant de fois qu'on renouvellera des actes de violence contre la famille déchue, autant de fois je m'élèverai contre ces actes, » dit-il. Il publia alors sa brochure sur le bannissement de Charles X et de sa famille.
Il examine cinq questions, le cas de juillet advenu :
1° Devait-on établir la république?
2° Élever au trône une race nouvelle?
3ª Rappeler la dynastie de Napoléon ?
4° Maintenir celle de saint Louis?
5° La perpétuer dans la branche cadette?
Comme il est bon d'avoir des amis partout, M. de Chateaubriand ne fait pas fi de la république; même il va jusqu'à dire qu'il est républicain par nature, monarchiste par raison, et bourbonniste par honneur.
Pour l'intronisation d'un roi étranger, la chose serait admissible que l'homme ne le serait jamais. Au dehors, où emprunter un roi? à l'intérieur, quel homme assez respecté pour être obéi?
Troisième question : le duc de Reichstadt. La verve de M. de Chateaubriand s'allume aux grands souvenirs. Les Napoléons lui donnent une belle page.
Le duc de Bordeaux ne s'offrait pas avec la défaveur de qualité autrichienne. Le duc de Bordeaux lui plait comme innocent, comme légitime, comme pouvant, à l'ombre de son pouvoir incontesté, laisser achever l'éducation nationale, cette éducation que vous savez.
Quant à la branche cadette, il s'en donne à cœur joie ; et vraiment ce n'est pas bien difficile d'enregistrer les embarras dans lesquels elle est enchevêtrée.
Il demande à la monarchie élective : félicité publique au dedans, honneur et sûreté au dehors ; sinon, non.
Il argue du non-accomplissement de ces conditions pour convoquer un congrès national, soit ; il serait bien de connaître un peu les votes de la France, si toutefois l'on s'y prenait un peu plus loyalement que Napoléon.
Le congrès national, c'est là qu'en veut venir sans cesse l'auteur ; et vraiment comme les démagogues le demandent, comme les carlistes le demandent, il faut bien s'entendre pour cela.
Quant à l'enfant du malheur, l'écrit finit par d'excellens conseils à lui adressés ; excellens, sans doute, très excellens! mais à quoi mèneront-ils? L'enfant du malheur, comme celui du Fablier, s'écriera :
Tire-moi d'abord du danger, Puis tu finiras ta harangue.