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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre XLVII. M. de Chateaubriand ambassadeur à Rome. - M. de Martignac

Histoire de la vie et des ouvrages de M. de Chateaubriand, considéré comme poète, voyageur et homme d'état, avec l'analyse de ses ouvrages · 14 min de lecture · p. 310–326 · chapitre 47 sur 53

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Chez Vimont, 1832, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Tombeau du Poussin. - Considérations sur les tableaux des grands maîtres. - M. de Chateaubriand antiquaire. - Ses fouilles à Torre-Vergata. - Mort du pape Léon XII. - Conclave. - Élection du cardinal Castiglioni. - Échec de M. de Chateaubriand. - Il quitte Rome.

J'ai donc eu cet hiver à Rome six mois des

meilleurs de ma vie, certes les meilleurs que

je puisse avoir au point où me voilà.

Paul-Louis courier

Que voulez-vous que fasse un ambassadeur à Rome, une fois le concordat stipulé, réglé et paraphé? S'amuser d'arts et de beau soleil, recevoir à diner les pensionnaires de l'école française, confabuler dans l'atelier de Thorwaldsen ; c'était ainsi que M. de Chateaubriand se laissait vivre en 1828 dans son palais de la légation française. Le ministère Villèle était tombé, foudroyé par la presse qu'il avait osé, le Titan ! braver comme un simple pouvoir humain. MM. de Martignac et compagnie avaient ourdi alors cette administration que l'on s'accorde à regarder aujourd'hui comme la seule supportable de la restauration, période d'art, d'activité de fabriques, d'industrie manufacturière et romantique.

Mais le libéralisme melliflu de M. de Martignac n'avait pu s'asseoir à la tête des sept ou huit ministères, sans se souvenir de M. de Chateaubriand. C'est que M. de Chateaubriand avait laissé des souvenirs de guerre avec le triumvirat déchu ; il y avait eu rupture, éclat, haine, violence, acrimonie. A merveille! s'était dit M. de Martignac, mais M. le vicomte de Chateaubriand va nous infiltrer de l'opposition encore dans le conseil. M. le vicomte de Chateaubriand se repose dans une immense popularité ; il a derrière lui des millions de voix pour l'appuyer; gare à la dissidence avec lui. Encore s'il était homme à se rendre à nos avis ! mais il a trop de supériorité de lumières pour cela. Allons, va pour l'ambassade de Rome. C'est une assez jolie maison de plaisance que Rome pour la villégiature du chantre des Martyrs.

Il partit. Que fit notre poète à Rome? Il se rappela le Poussin., Français comme lui, comme lui célèbre, comme lui retiré à Rome dans ses vieux jours ; Poussin, qui avait besoin de beau soleil, qui humait avec délices l'atmosphère des beaux-arts, qui se chauffait aux rayons des peintures raphaélesques:

Mais où donc est la tombe du Poussin ? il ne la trouvait pas. Alors, dans l'église de San-Lorenzo il lui érigea un sarcophage, chargeant nos élèves de la Trinité-du-Mont des bas-reliefs destinés à représenter les plus beaux tableaux du peintre.

Petite réparation pour l'auteur de ce Déluge qui, il faut que je le dise, ne m'enthousiasme pas le moins du monde. S'il n'y avait un ton gris et pluvieux, je n'y saurais qu'admirer. Mais le temps, les années ne sont-elles pas entrées de moitié dans ce genre de mérite ? Le Déluge de Girodet n'acquerra-t-il pas un jour ce ton de grisaille ? N'importe, tout cela n'égalera jamais celui du peintre anglais, Martyns, deluge de mille lieues d'étendue, catastrophe de tout un monde !

Je voudrais que poètes, peintres, voyageassent. Tout ce qui a écrit, dessiné, versifié dans les seizième et dix-septième siècles, manquait de connaissances exactes; presque tous les ouvrages des grands maîtres, et je dis ceux de Raphaël, du Titien, du Corrège, de Paul Véronèse, du Poussin, de Rubens, de Vinci, désenchantent par des contre-sens révoltans; le Titien, dans le tableau de la Femme adultère, met des besicles dans la main du rabbin qui va lire la sentence écrite sur le sable ; dans la Cêne du Poussin le monde est assis sur des chaises. Voici des capucins, des cordeliers dans des sujets de l'Ancien Testament! Celui-ci met Diogène dans un de nos tonneaux, bien que les Grecs n'eussent que de grandes amphores en terre cuite, qui servaient assez ordinairement de retraite aux pauvres pendant la nuit. A moins forte raison faut-il leur demander des accessoires précis, tels que costumes, localités. Ce ne sont que paysages de Toscane, des bords du Pô, dans ces Fuites en Egypte, dans ces Tobie, dans ces Vues d'Athénes. Point de physionomies asiatiques. Que dites-vous de Paul Vénonèse qui asseoit à la table de la Noce de Cana, François 1°, Charles-Quint, le duc de Parme, et autres? Quelles figures italiennes que toutes ces Vierges, ces Galathées, ces Vénus de Raphaël, plus ou moins belles de la beauté de sa chère Fornarina? Heureux temps! l'art alors avait certaine desinvoltura qui ne laissait pas que de rendre facile et sans arrière-pensées la vie d'artiste : plus sérieux, plus précis, parce que nous sommes plus vieux, nous voulons encore des illusions, mais des illusions motivées, consciencieuses. C'est bien pis depuis l'invasion de la vérité historique! Notre jugement s'est mûri d'une manière effrayante ! Aussi nous demandons-nous, en gens sensés et précautionnés: pourquoi, dans cette si belle Didon de Guérin, une femme de banquier de la Chaussée-d'Antin? pourquoi dans cette Psyché de Picot, dans cette Galathée de Girodet, ces blanches et rosées Parisiennes qui pirouettent à l'Opéra ? Pauvre soleil d'Orient, qui dans les siècles mythologiques amis des nudités, n'a pu brunir davantage la reine de Carthage, les filles de Priam ! C'est la délicatesse, la neige de nos belles septentrionales, visitées si rarement du rayon empyrée; encore leur carnation se dérobe-t-elle, ainsi que le veulent notre ciel et notre décence, sous le triple abri du linge, de l'étoffe, des cachemires-- ternaux. Que c'est bien mieux, cette Judith d'Horace Vernet ! Voilà bien un Satrape au profil de la race arabe ! Cette femme, c'est bien la veuve hébreue . Ses traits, on les a sans doute recueillis sur quelqu'une de ces juives actuelles en qui vit encore le type originel, brune et un peu virago, comme il le faut être pour aller coucher au camp ennemi et en rapporter une tête.

Je n'étonne de voir les sujets romains traités si peu souvent par les peintres de Léon X. Avec cette abondance de statues, de médailles, de bas-reliefs déterrés, qui peuplaient alors les villa Pamfili, Aldobrandini, Farnese, et où presque tout un Tite-Live vivait en marbre, Raphaël, Michel-Ange, le Perrugin, les Caraches auraient été portés à plus de vérité. L'École d'Athènes nous montre ce que l'art aurait pu faire alors.

J'ai vu une Annonciation de ce temps. Ce n'était pas, il est vrai, de la main d'un grand-maître, mais elle n'en montre pas moins les singulières distractions que l'on passait au génie, et à ceux qui s'en croyaient. La Sainte Vierge est en oraison sur un prie-dieu devant un crucifix !

Ne serait-il pas temps de sortir des ornières admiratives, et de juger sur le mérite intrinsèque et non sur la célébrité du pinceau? Quelques connaisseurs, entre autres M. Stendhal, je crois, commencent à ne voir dans le fameux Jugement dernier de Michel-Ange, qu'une galimafrée de pieds et de jambes ; même ils osent le dire. Faut-il ne s'éprendre que de ce qui est vieux? faut-il méconnaître un tableau ardent, passionné, vit, parce que les oreilles ne sont pas encore accoutumées au nom du peintre?

Et en sculpture! si l'un des marbres les plus médiocres de notre salon de 1831 était trouvé dans les fouilles d'Olympie, quel concert d'admiration chez nos antiquaires! Les arts sont l'antipode de la musique : à peine un compositeur mort, on hausse les épaules à ses partitions. D'abord Lulli : demandez à un contemporain de Rameau des nouvelles des partitions de Lulli; à un glukiste, son opinion sur Rameau. Aujourd'hui Rossini n'a-t-il pas anéanti ces admirations d'un cinquantaine d'années? un dilettante sourit au seul souvenir d'Orphée, et tout nouvellement au Devin du Village, madame Damoreau-Cinti a reçu une perruque en guise de couronne.

M. de Chateaubriand se prit d'une passion d'antiquaire durant son dernier séjour à Rome. L'art, comme le dit fort bien M. Raoul-Rochette, était si intimement lié à l'ordre social des anciens, qu'il formait partie intégrante de leur existence politique. Point de culte, d'ovations, de triomphes, de vie enfin, sans la sculpture, l'architecture, la peinture. Que de cela dans la petite ville de Pompéi, qui ne valait pas la dernière de nos sous-préfectures! Quatre-vingt mille statues ont été exhumées à Rome, et l'on n'a qu'à fouiller pour en trouver tous les jours. Que serait-ce si l'on parvenait à détourner le Tibre de son lit ! Ce grand évènement que rêve l'antiquaire Fea à Rome, indépendamment des richesses métalliques qu'il restituerait à la ville éternelle, aurait l'avantage, bien plus grand pour nous, de compléter l'iconographie romaine.

Notre ambassadeur ne chercha pas à détourner le Tibre; tâche digne d'Hercule-Napoléon ; mais il vit la Tour-Penchée, il y fit faire des fouilles ; ainsi qu'il appert d'une lettre à une dame de ses amies, dont voici un fragment :

Rome, jeudi 5 février 1829.

« Torre Vergata est un bien de moines, à une lieue du tombeau dit de Néron, assez près de l'ancienne Veïes, dans l'endroit le plus beau et le plus désert.

• » J'ai déjà un bloc de marbre gris assez considérable pour faire un buste du Poussin, et le bras d'une statue, enfoui auprèsdu squelette d'un soldat goth : le destructeur gisait avec la ruine. Cette fouille va devenir le but de mes promenades. A quel siècle, à quel homme appartiennent ces débris? Nous troublons peut-être la cendre la plus illustre, sans le savoir. Une inscription viendra peut-être éclairer quelque fait historique, détruire quelque erreur, établir quelque vérité? Et puis, quand je serai parti avec mes douze paysans demi-nus, tout retombera dans l'oubli et le silence. Vous représentez-vous les passions, les intérêts qui s'agitaient autrefois dans ces lieux abandonnés? Il y avait des esclaves et des maîtres, des heureux et des malheureux, de belles personnes qu'on aimait, des ambitieux qui voulaient être ministres; il y reste quelques oiseaux et moi , encore pour un temps fort court : nous nous envolerons bientôt. Dites-moi, croyez-vous que tout cela vaille la peine d'être membre du conseil d'un petit roi des Gaules, moi, barbare de l'Armorique, voyageur chez des sauvages d'un monde inconnu aux Romains, et ambassadeur auprès d'un de ces prêtres qu'on jetait aux lions? Quand j'appelai Léonidas à Lacédémone, il ne me répondit point : le bruit de mes pas à Torre Vergata n'aura éveillé personne. Et quand je serai, à mon tour, dans mon tombeau, je n'entendrai pas même le son de votre voix. Il faut donc que je me hâte de mettre fin à toutes ces chimères de la vie des hommes. Il n'y a de bon que la retraite, et de vrai qu'un attachement comme le vôtre. »

Cette fouille ne produisit pas grand'chose. Annibal della Genga passade vie à trépas le 10 février. Ce pape adorait Léon X ; aussi, usant de son omnipotence spirituelle et temporelle, s'était-il baptisé du nom de Léon XII. Épris des lettres, comme son modèle, il n'avait cependant qu'augmenté les honoraires des professeurs des colléges , et acheté quelques livres précieux pour la bibliothèque vaticane. Quant aux beaux arts, oh ! quant aux beaux arts ! cela avait été plus loin : Léon X avait construit la basilique de Saint-Pierre, cette basilique qui faisait dire à Michel-Ange avec orgueil : « Vous admirez le »Panthéon ancien; moi, je l'ai mis dans les airs; » Léon XII, pour n'être pas en reste, écrivit aux fidèles des lettres encycliques pour les engager à la reconstruction de la basilique de Saint-Paul. Cela n'avait pas été plus loin. Que voulez-vous, la vente des indulgences ne va plus; le siècle est si libertin que le saint-père ne saurait bâtir à sa fantaisie faute de numéraire !

Léon XII mort entre les bras du cardinal Castiglioni, grand-pénitencier, et du cardinal Zurla, grand-vicaire, le cardinal Galeffi, camerlingue de l'église romaine, vint au Vatican avec le tribunal de la chambre apostolique, pour la formalité d'usage : deux aides découvrirent la face du cadavre; il le reconnut et reçut l'anneau du pêcheur ; ce qu'il constata par procès-verbal.

Le 11 février, le colonel de la police fit ouvrir les prisons.

Le 18, l'ambassadeur de S. M. T. C. prononça aux éminentissimes seigneurs du sacré collége une allocution dans la sacristie de Saint-Pierre. Il déplorait la perte du défunt.

« Éminentissimes seigneurs, disait-il entre autres choses, vos lumières assureront au saint-siége, dans le prochain conclave, un successeur digne de ce pontife conciliateur. Si vous êtes des princes puissans, vous êtes aussi les ministres de cette religion charitable qui abolit l'esclavage parmi les hommes, qui, simple et sublime tout à la fois, est égaiement appropriée aux besoins de la société naissante, et à ceux de la société perfectionnée. Vos suffrages indépendans iront bientôt chercher parmi vos pairs un vrai pasteur pour la chrétienté, un souverain éclairé pour la plus illustre portion de cette noble Italie, qui dicta des lois au monde antique, qui civilisa le monde moderne, qui, toujours féconde, et jamais épuisée, nourrit aujourd'hui à l'ombre de sa gloire le souvenir de ses grandeurs. »

Il fit parvenir au roi de France la lettre du sacré collége.

Mais les intentions, les prédilections de la France furent mieux mises à jour par M. de Chateaubriand, quand il présenta au sacré collége les doléances de Charles X. Il se flattait de l'élection prochaine d'un pape qui connût « les nouveaux besoins du présent et de l'avenir, et dont la politique s'élevât à des rapports plus généraux et plus dignes que ceux de ses prédécesseurs. »

L'ambassadeur désirait encore que le successeur de Léon XII • appuyât la raison humaine dans ses progrès vers un but qu'elle n'a point encore atteint. »

La belle phraséologie de M. de Chateaubriand chatoyait de libéralisme, aux yeux de ces prélats peu satisfaits des tendances du ministère Martignac. Les évêques français faisaient des doléances ; monseigneur de Toulouse avait prononcé son fameux etiam si omnes; les éminentissimes gardaient donc rancune à la France.

Le cardinal Castiglioni répondit al éloquente e affetuose elocuzione del visconde de Chateaubriand. Mais comment! il promit un pontife dont la politique, dérivant des Saintes-Ecritures et de la vénérable tradition, unique école des *gouvernemens, sera aussi élevée au-dessus de toute politique humaine que le ciel l'est au-dessus de la terre. »

Il répond autre part au désir de la France de voir le Saint-Siége appuyer les progrès de la raison humaine vers un but non encore atteint, par » l'espoir de mettre une digue au désir immodéré de se soustraire à toute autorité, et d'éclairer les esprits de ceux qui se flattent d'obtenir »le respect pour les lois humaines en dehors de « la puissance divine. »

Ce n'était pas tout-à-fait ce que l'on demandait ; c'est que ce cardinal Castiglioni était

Au char de la raison attelé par derrière ; c'est que, sur son rapport, la compagnie de Jésus avait été rétablie ; c'est définitivement qu'il était en pleine rétrogradation. Il ne concevait pas bien que l'oncle du père Christian de Chateaubriand, de ce jeune jésuite désigné chef d'une mission lointaine, tentât de sortir des saintes ornières pour harmonier la politique et la religion ; qu'il voulût progresser en un mot. Mais comme l'on n'était plus au temps où l'on répondait avec mauvaise humeur au cardinal de Retz : Questi maledetti Francesi sono più furbi de noi altri, son éminence Castiglioni mit avec beaucoup de sensibilité l'appareil sur la plaie de M. de Chateaubriand, « ne pouvant se dispenser de remercier publiquement le roide France du choix qu'il a fait de son représentant à Rome, où, non moins que dans les contrées les plus éloignées, sont célèbres la religion, la haute naissance, les grands talens, l'éloquence, le vaste savoir, et la rare habileté diplomatique de M. de Chateaubriand »

La prédilection de la France se portait sur le cardinal Zurla.

L'Autriche inclinait pour le cardinal Albani. Son ambassadeur, M. de Lutzow, envoyé extraordinaire de sa majesté impériale et royale, n'avait pas caché les sentimens de son maître; il l'avait nommé son orateur au conclave.

Notre ambassadeur voyait bien d'autres difficultés! M. de Latil, les cardinaux français tiraient avec violence sur nos institutions ; ils se portaient forts pour le clergé français; ils pleuraient sur les instructions officielles transmises par un ministère semi-libéral à l'ambassadenr du roi très chrétien. O Jérémies !

Le parti Zurla s'en trouvait affaibli. Les voix s'éparpillaient sur les cardinaux Capellari, Opizzoni, Benvenuti, Pacca, Gregorio, Marchi, Castiglioni.

Le cardinal Castiglioni sortit victorieux du scrutin. Il monta sur le trône pontifical sous le nom de Pie VIII; échec qui paraît avoir peiné singulièrement notre ambassadeur.

Néanmoins le candidat de l'Autriche avait échoué; c'était fiche de consolation. Et puis la J'action anti-libérale française, monseigneur de Latil en tête, avait visité M. de Chateaubriand à la légation; il y avait eu de part et d'autre expansion des meilleurs sentimens de bienveillance.

Mais celui-ci n'en résolut pas moins de quitter Rome. Pie VIII avait élevé à la tête du ministère le cardinal Albani. M. de Chateaubriand, dans son audience de congé, fut reçu avec indifférence par l'éminentissime secrétaire d'état.

L'échec était bien patent, bien constaté. D'où vient donc cette énigme politique? car c'est une énigme que cette victoire que l'on chanta. On le loua, notre ambassadeur, « d'avoir déjoué les intrigues françaises et italiennes, et d'avoir amené à ses sentimens particuliers la plus grande partie des ambassadeurs des grandes puissances. » Cette énigme, il faut bien que M. de Chateaubriand nous pardonne d'en donner le mot.

En 1823, M. de Chateaubriand tenait le timon des affaires étrangères, mais avec de moins libérales velléités, mais collègue des Villèle et consorts, dont, il est vrai, il se sépara bientôt. En 1823 aussi, il y avait eu conclave; alors, la fleur du jésuitisme s'épanouissait en France ; c'était plaisir alors de voir le conseil des ministres cultiver avec charme cette fleur, ramifier les congrégations, les opposant' au carbonarisme, hydre de l'époque. Il y eut, dis-je, conclave. La France recommanda le cardinal Castiglioni, en raison même de ses tendresses pour la compagnie de Jésus.

an Au conclave de 1829, les temps étaient changés. Mais la politique ne se déconcerte pas facilement. On proclama donc, dans les couloirs des ministères, aux tables des excellences, sur les bancs du centre derrière les excellences, le triomphe de M. de Chateaubriand. Il avait enfin clos la voûte ; le candidat de ses vœux , l'élu de son choix en 1823, venait à la fin de surmonter tous les obstacles ; M. de Chateaubriand venait enfin de l'asseoir sur le siége de saint Pierre.

Somme toute, ce fut une défaite, mais une défaite honorable pour M. de Chateaubriand. Son opinion, son vœu de voir la religion s'unir, marcher avec la politique, ce vœu, cette opinion contenaient l'avenir de la dynastie française, du moins celui de la branche aînée : il ne put les réaliser.