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L'Enchanteur 1768—1848
Histoire de la vie et des ouvrages de M. de Chateaubriand, considéré comme poète, voyageur et homme d'état, avec l'analyse de ses ouvrages Chapitre XXX. Maladie de l'auteur en Grèce. - Smyrne. - Constantinople. - Bhodes. - Chypre. - Arrivée en Palestine. - Jérusalem. - Coup d'œil sur ses précédens historiques

Chapitre XXX. Maladie de l'auteur en Grèce. - Smyrne. - Constantinople. - Bhodes. - Chypre. - Arrivée en Palestine. - Jérusalem. - Coup d'œil sur ses précédens historiques

Histoire de la vie et des ouvrages de M. de Chateaubriand, considéré comme poète, voyageur et homme d'état, avec l'analyse de ses ouvrages · 14 min de lecture · p. 19–36 · chapitre 30 sur 53

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Chez Vimont, 1832, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Oh ! la vie d'Orient! oh! la vie d'Orient!

seule existence qui ne soit pas une déception

Eugène sur

L'Itinéraire de M. de Chateaubriand devait prendre la Grèce par la zone la plus pittoresque et la plus rayonnante de souvenirs; il n'y a qu'à choisir, c'est vrai; mais la Morée est incontestablement la ceinture de cette Vénus archéologique au dire des antiquaires.

Il traverse donc le Péloponèse par Modon, Misithra, Argos et Corinthe; puis de l'isthme se dirigeant vers Athènes par Mégare, il voit Athènes. L'Athènes de l'Itinéraire est incontestablement ce qu'a dit de plus intéressant, sur cette mère des arts et des lettres, le génie européen.

Il avait été convenu, entre lui et le capitaine du bâtiment autrichien quitté à Modon, de se retrouver de l'autre côté de la Grèce, à Zéa, ancienne Céos, et, à défaut, à Smyrne. Une fièvre prise au marais de Lerne, puis plus sérieuse à Mégare, où mourut Virgile; puis un coup de soleil dégénéré en délire sur les côtes du cap Sunium, l'attardèrent ; il ne retrouva plus sa felouque; petit désagrément qu'il oublia à la noce de la fille aînée de M. Pengali, consul français. Cet épisode, on l'a critiqué, comme si le voyageur avait prétendu à mieux qu'à une causerie, et que, coupable de trop de poésie, de trop d'instruction, il eût été tenu à se guinder à la dignité de l'alexandrin.

Tempête entre Zéa et Tino. Une felouque hydriote le reçoit pour Smyrne. Il voit les Cyclades.

A Smyrne, notre voyageur fit le projet d'aller prendre ses firmans lui-même à Constantinople, en passant par la Troade.

« Mon séjour à Smyrne me força à une nouvelle métamorphose, assure-t-il; je lus obligé de reprendre les airs de la civilisation, de m'habiller, de recevoir des visites. Les négocians qui me firent l'honneur de me venir voir étaient riches ; et quand j'allai les saluer è mon tour, je trouvai chez eux des femmes élégantes, qui semblaient avoir reçu le matin leurs modes de chez Leroi. Placé entre les ruines d'Athènes et les débris de Jérusalem, cet autre Paris, où j'étais arrivé sur un bateau grec, et d'où j'allais sortir avec une caravane turque, coupait d'une manière piquante les scènes de mon voyage; c'était une espèce d'Oasis civilisée, une Palmyre au milieu des déserts et de la barbarie. J'avoue néanmoins que, naturellement un peu sauvage, ce n'était pas ce qu'on appelle la société que je venais chercher en Orient. Il me tardait de voir des chameaux et d'entendre le cri du cornac. »

Ce contraste ne se fit pas bien long-temps attendre.

« Il était minuit quand nous arrivâmes au kan de Ménémeh. J'aperçus de loin une multitude de lumières éparses : c'était le repos d'une caravane. En approchant, je distinguai des chameaux, les uns couchés, les autres debout; ceux-ci chargés de leurs fardeaux, ceux-là débarrassés de leurs bagages. Des chevaux et des ânes débridés mangeaient l'orge dans des sacs de cuir; quelques cavaliers se tenaient encore à cheval, et les femmes voilées n'étaient point descendues de leurs dromadaires... tout cela offrait une véritable scène des Mule et une Nuits. Il n'y manquait que le calife Aroun al Raschild, le visir Giallar, et Mesrour, chef des eunuques »

A Kircagah, Troie, cette Troie dont le siége ne fut pas plus merveilleux que tant de siéges numérotés par la chronologie, mais que la vaticination de la Hellade a fait chatoyer des mille richesses d'une imagination épanouie aux rayons de l'Olympé; Troie n'était pas loin. Déjà le poète haletait des frissons de sa poésie; il entendait retentir cette grève de Sigée des roues d'airain, du sifflement des essieux, du choc des boucliers de Diomède, des Ajax, d'Hector. Mais une mésaventure le désappointa. Force lui fut de renoncer à la scène de l'Iliade. A Mikalitza, il s'embarqua; il descendit dans la mer de Marmara, mer transparente, mer dorée, au bout de laquelle trois villes s'étagèrent à ses yeux : Stamboul, Galata, Scutari, ce que nous nommons collectivement Constantinople. Constantinople ! cette fille adoptive des Césars, cette épouse de Mahomet II, épouse chérie, pressée de ce bras puissant et amoureux, resplendissante des coupoles d'or de Sainte-Sophie, des croissans du sérail, de kiosques où d'apathiques satrapes fument leurs narguileks; de minarets, de mosquées, de medressés; épouse musulmane aux aigrettes splendides, qui se mire dans le limpide azur de la plus belle nappe d'eau qui soit au monde.

Mais Troie, cependant? Tout l'hommage qu'il put rendre à ces vieux siècles ainés, dont les chants narratifs sont cousus un peu au hasard dans l'Iliade et l'Odyssée, ce fut de réciter, à la vue du tombeau d'Achille, élevé près du cap Sigée, ces vers :

Xeúques Apyris ispos orparis aixantá wy

« L'armée des Grecs belliqueux élève sur le rivage un monument vaste et admiré, monument que l'on aperçoit de loin en passant sur la mer, et qui attirera les regards des générations présentes et des races futures. »

M. de Chateaubriand, horriblement païen de-* puis quelque temps, se rappelle à Rhodes son édifiante mission. Peut-être les débris des monumens de la commanderie, les restes gothiques des chevaliers, le tirèrent-ils des diaboliques embûches d'Apollon, de Jupiter et de Vénus. Rhodes est pour lui la limite de deux univers. L'univers du polythéisme expire au pied des murs édifiés par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. La piété des croisades le reprend; c'est dans cette ville de structure franque.

De là à Chypre il y eut bien quelques petites traverses; mais, avec les tentations mythologiques il semble avoir perdu cette élasticité d'esprit qui se prêtait avec charme à tous les mensonges de l'antiquité. Il se rattache à Fénelon, et cite, à propos de Chypre, un passage de Télémaque, où l'évêque de Cambrai a habillé de tuniques grecques mesdames de la Suze, de L'Enclos, dont « les grâces étaient affectées; » auxquelles «il revoyait point une noble simplicité et une pudeur aimable, qui fait le plus grand charme de la beauté, mais l'air de mollesse, l'art de composer leurs visages, une parure vaine, une démarche languissante, des regards qui semblaient chercher ceux des hommes, une jalousie entre elles pour allumer de grandes passions. • Tout cela est portrait, mais portrait archi-français. Ce n'est pas ainsi que parlent Hérodote des religionnaires de Vénus, ni les poètes grecs. L'amour, la dissolution, les égaremens passionnés, tout allait au physique chez les anciens, qui n'y entendaient pas autre chose, qui ignoraient et la galanterie et ces demi-moyens des coquettes. Horace, Sapho, Théocrite dans son éclogue de l'Incantation, Anacréon qui ne fait chanter que l'amour, Épura pouvov nya, tout ce qui, jadis a parlé de cette passion, n'y a jamais fondu ces teintes de sensiblerie sans lesquelles elle ne serait pas supportée chez nous.

On découvrit le Carmel. L'on prit terre à Jaffa. De là une escorte d'Arabes conduisit notre pèlerin à el Qoobs (la Sainte) , en passant par Rama, par cette plaine de Sârons, autrefois étouffée des buissons de ces roses qui ont fait dire à notre Lamartine, en style de l'Ecclésiaste et du Cantique des Cantiques :

Comme l'on choisit une rose Dans les guirlandes de Sarons , Choisissez une vierge éclose Parmi les lis de vos vallons ; Enivrez-vous de son haleine, Écartez ses tresses d'ébène,

Goûtez les fruits de sa beauté.

Vivez, aimez, c'est la sagesse:

Hors le plaisir et la tendresse, Tout est mensonge et vanité.

Chateaubriand arrive à Jérusalem.

Qui dit Jérusalem, dit la nation hébraïque, et qui dit la nation hébraïque, dit le peuple le plus singulier, le plus vénérable du monde, la nationalité la plus unie, la plus étroite, la constitution enfin la plus surprenante de toutes.

Nous eussions désiré que M. de Chateaubriand, avec sa belle érudition, et qui, à l'occasion de la moindre ville de la Grèce et de l'ionie, s'abandonne au fleuve de son savoir, qui livre au moindre coup les abondans trésors de sa science historique, que M. de Chateaubriand qui, pour en finir, reproche avec raison au Tasse de n'avoir pas assez hébraïsé la fable de sa Gerusalemme, nous eussions désiré, disons-nous, qu'il n'eût pas porté, nous ne savons pourquoi, tant de parcimonie sur les annales judaïques.

La Judée, c'est l'Orient écrit ; la Judée, c'est le député de la vieille Asie, qui porte la parole, qui nous dit l'Egypte, Babylone, et Ninive, et Tyr de visu, et les mœurs patriarcales du désert; qui descend à des détails sur lesquels la Grèce, elle, d'ailleurs si menteuse, si partiale, ne s'arrête pas quand elle s'aventure avec Hérodote et Diodore de Sicile, sur ces terres vieilles comme le soleil. La Bible, c'est l'Orient dans les mœurs pastorales, puis dans les mœurs rustiques, puis dans les mœurs politiques; mieux que cela, la Bible, c'est la voix de l'humanité proférée dans ces vieux siècles où la Grèce était encore à naître; c'est la contemporaine de la mystérieuse Égypte.

A coup sûr le Pentateuque n'a pas été écrit tout entier de la main de Moïse ; cet ordre intelligent, cette division qui sent la maturité et la réflexion, tout cela tranche avec les temps bruts et occupés de la sortie d'Egypte.

Mais il est hors de doute que la partie jurisprudencielle est du législateur des Hébreux ; les plus voltairiens des modernes en conviennent, et Volney, le plus digne de foi de cette école parce qu'il était orientaliste et apte à prononcer, avoue, de guerre lasse, qu'on ne saurait contester à Moïse les matériaux premiers de ce livre.

On ne saurait non plus contester à Moïse les annales de la fuite dans le désert ; il faut aussi lui accorder en partie l'Exode, en sorte que nous avons dans la Bible le document le plus ancien, le plus authentique de la bibliographie.

La plus remarquable nationalité fut sans doute celle du fait de Moïse; le temps, le temps qui détruit tout, la dispersion des religionnaires, rien n'a pu contre ses rites, ses dogmes. A Maroc comme à Varsovie, à Constantinople comme à Lisbonne, le code mosaïque est en vigueur, et Jehova, cette personnification divine rêvée par Moïse dans les choniatims de Thèbes, d'Héliopolis, où Thermutis, sœur de Pharaon, le fit élever, ce Jehova est reconnu dans les Deux-Mondes.

Moïse, peu après avoir donné le Décalogue au pied du mont Sinaï, s'approche de la terre de Chanaan; il y envoie des espions ; ceux-ci de retour, s'extasient sur la fertilité, sur la beauté des fruits de ce pays; mais, en même temps, ils ont vu les habitans; leur taille est celle des géans, ces Bahalims sont des hommes robustes, terribles. Israël est découragé, et à la grande déconvenue de Moïse; Israël est altéré. Moïse se colère, comme cela lui arrivait assez souvent ; et il jure que cette génération n'entrera pas dans la terre promise ; il la ramène dans les solitudes pour la vie nomade jusqu'au renouvellement intégral de cette race, mesure politique, et que peut seule justifier la sainteté du serment arraché par l'irritation, et dont Moïse sera la victime, car il mourra avec cette génération, et sa grande pensée, cette pensée de tous les jours, cette réalisation de son utopie sur lieu, il n'en aura pas la satisfaction.

Moïse disparaît : soit qu'il s'exile comme Lycurgue, soit qu'il meure, il disparaît. Josué se précipite sur la terre de Chanaan. Les lois de la guerre, les lois agraires, les fêtes, la liturgie, tout est prêt depuis long-temps; il ne manque plus que la matière, la terre, le pays.

Ne leur demandons pas à ces peuples primitifs nos droits des gens, notre aménité. Les Hébreux entrent en Chanaan, tout est passé au fil de l'épée, femmes, enfans, vieillards ; ces villes en interdit sont même brûlées; ce qu'il leur faut, c'est le sol.

Israël entra en massacreur. Les peuples fuirent de devant Israël. Où allèrent-ils ? Don Calmet les éparpille sur le littoral septentrional de l'Afrique ; il est de fait que le culte de Saturne à Carthage ressemble bien aux coutumes infanticides des Amalécites. Peut-être étaient-ce des Chananéens que Didon et Sichée. Ces migrations de Cécrops, de Cadmus, de Danaüs, chez les Pélasges, n'auraient-elles pas été décidées par ces grands mouvemens de population devant le glaive israélite? Il est vrai de dire que la Grèce aurait dans ses mythes, dans ses récits fabuleux, conservé quelque terreur de Josué, de l'arche d'alliance, des trompettes de Jéricho.

Qu'était-ce que ce gouvernement mosaïque? Les constitutions des peuples ne nous offrent rien d'analogue, ni le Peri Politicon d'Aristote, ni les rêves politiques de Platon, ni les réalités de Solon, de Lycurgue. M. Salvador l'a défini une nomocratie ou gouvernement de la loi.

Moïse avait été toute sa vie sous le prestige d'un tel fanatisme qu'il avait placé Dieu partout : la loi, c'était Dieu qui l'avait faite ; la terre, c'était Dieu qui la donnait ; la manne, l'eau du rocher, encore Dieu, toujours Dieu. Identité de Dieu et de la loi : cette identité donna au code sa sainteté; Dieu était le véritable président de la république hébraïque.

Après les sarcasmes de Voltaire et de l'école philosophique, on est revenu à d'autres sentimens pour Moïse. Notre ère est libérale, les Guillaume Tell, les Mazaniello, les Brutus, sont en hausse ; le libérateur des Hébreux, bien que éloigné, bien qu'environné de nuages bibliques, devait, aussi lui, se ressentir quelque peu de cette réaction ; et c'était justice. M. Lherminier l'appelle la législation incarnée. Poèmes, tragédies, tout est à la louange de Moïse.

Persévérance, patience, patriotisme, vigueur de caractère, vigueur d'action, il avait toutes les qualités d'un législateur.

Les douze tribus assises en Palestine, commença la période des Juges, et avec elle de nombreuses servitudes. Je ne sais si le lien patriotique n'était pas assez fort, si les tribus n'agissaient pas simultanément contre le Moabite, le Philistin qui entamait la frontière ; toujours est-il qu'Israël tombait de servitude en servitude, mais servitude incomplète, asservissement de quelques parties de la république. Alors apparaissaient ou Gédéon, ou Jephté, ou Samson ; ils rajustaient les affaires, ils rendaient à la nationalité territoriale son intégralité, mais pour peu de temps.

Les tribus ne voyaient-elles pas le côté faible de leur état politique ? Manque d'accord, d'harmonie, c'était là le motif de leurs malheurs, de leurs défaites ; ce qu'il leur fallait, c'était un chef militaire actif, prodige de surveillance, œil et bras à la fois, qui portât les masses de guerriers disponibles de côté ou d'autre, qui apparût sur les confins menacés. Israël réfléchit ; bientôt, au grand étonnement de nos libéraux, bientôt Israël demande un roi : oui, un roi ; le sacerdoce que ce pouvoir nouveau devait effacer un jour dans sa jouissance de la nomocratie, le sacerdoce d'abord s'y ręfuse ; Samuel s'écrie :

• Voici comment vous traitera le roi que vous voulez... Il prendra vos filles pour en faire ses parfumeuses , ses cuisinières et ses boulangères.

» Il prendra aussi vos champs, vos vignes et vos bons oliviers, et il les donnera à ses serviteurs.

« l dîmera ce que vous aurez semé el ce que vous aurez vendangé, il le donnera à ses officiers et à ses serviteurs. »- Autant la prêtrise nous recommande la royauté, autant la prêtrise hébraïque la déparait, la déconseillait, soucieuse qu'elle était de son existence propre. Un roi ! un roi ! Telle est la réponse du peuple.

Samuel cède, les temps d'aveuglement sont venus. Mais du moins il cherchera un roi comme il le faut à la république sacerdotale, un roi seulement homme d'action, peu susceptible des enivremens de l'ambition, peu versé dans les mystères de la diplomatie, un roi qui mette sa gloire à commander aux centeniers, aux milleniers, mais toujours dépendant du nomocrate, du représentant de la loi, du prêtre enfin. Saul fut choisi et oint ; car l'homme élu en Egypte était tatoué originairement en signe de commandement, et les Hébreux n'étaient pas pour oublier une cérémonie qu'ils ne comprenaient pas.

Une fois Saul porté au pouvoir, commença cette lutte du libéralisme et de la royauté, qui se prolonge à travers les annales d'Israël et de Juda. Le libéralisme, c'était l'esprit prêtre, dépositaire et dernier représentant de la vieille république israélite; le libéralisme, ce sera plus tard le temple, ce seront les prophètes.

Saül démérite de Samuel ; il a désobéi dans l'affaire d'Achab, roi d'Amalek. Samuel jette les yeux sur David.

Mais ce que le vieil homme d'état avait prévu, cette usurpation du pouvoir militaire sur le civil et le sacerdoce, arriva quand David constitua la royauté. Il est vrai, il jeta les limites judaïques à la plus grande extension qu'elles aient jamais eue ; il prit des villes vers l'Arménie et sur l'Euphrate, qui peuvent nous faire voir dans Israël un territoire comparable à celui de la France; dans Israël, qui valait à peine la Normandie auparavant.

Sur cette prospérité vint s'asseoir Salomon, Salomon qui centralisa la Judée dans Jérusalem, qui mit la patrie dans le temple. Que ne raconte-t-on pas de ses richesses, du faste de sa maison, de son sérail, de ses écuries ! M. de Pradt a dit depuis : Malheur aux rois qui ont la manie des architectes! Salomon bâtit une infinité de villes, Salomon agrandit Jérusalem, se construisit un palais, un pour sa femme l'Egyptienne; Salomon se complut surtout à l'édification de ce temple du Seigneur qui fut une merveille pour les Hébreux.

Toujours et partout mêmes causes, mêmes conséquences : le temple scinda Israël, comme depuis la basilique de Saint-Pierre à Rome mit au monde le schisme du protestantisme, et raya des dépendances papales la moitié de la chrétienté. Les Hébreux, affaissés sous les impôts de Salomon (que de subsides pour satisfaire ses goûts de somptuosité et de construction !), voulurent respirer sous son fils Roboam ; mais la maison militaire était montée sur un trop bon pied ! mais ce n'était pas la peine de bâtir un si beau temple s il fallait le vider de chantres, de lévites, et de ces nombreux fonctionnaires que l'Ecriture sainte appelle des portiers ! Or, impossibilité de réduire le budget.

Sans doute Roboam était mû de tout aussi bonne volonté pour les contribuables que peuvent l'être nos députés ; mais où couper, où réduire? La lèpre de la civilisation, c'est-à-dire la manie de hiérarchiser, cette manie que les peuples policés croient sublime, dévorait Jérusalem. Le roi fit des rognures de rien à la masse des impôts ; ce fut vainement, les contribuables massacrèrent les publicains.

Alors dix tribus, sous la conduite de Jéroboam, un chef d'émeute, se constituèrent en état séparé; Samarie se dressa quelque temps en capitale d'Israël. Benjamin et Juda étaient restés fidèles à Sion. Par la suite ces dix tribus dissidentes s'éparpillèrent en Asie, où elles se sont à jamais perdues ; il parait qu'il en alla jusque dans la Chine, car, depuis, des missionnaires portugais y ont trouvé des Israélites os thodoxes qui n'avaient jamais entendu parler de Jésus-Christ. ......