Chapitre XXIV
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Grandes beautés des seconde et troisième parties du Génie du Christianisme. - M. de Chateaubriand égale Homère parfois.- L'immortalité de l'âme. - Le platonicisme, source de beaucoup de dogmes du christianisme; pourquoi? - Aridité du -ciel chrétien, par rapport aux autres, cause du rigorisme de
A la par en las ondas
Te hallo del ondo mar: los vientos llamas
Y a sana los entregas O, se te place, su furor sossiegas:
Pordo quiera infinito
Tu encuentro y sientro ; en el florido prado
Y en el luciente velo
Con que tu ombrosa noche entolda el cielo.
« Je te trouve dans les abîmes de la profonde
mer ; tu déchaînes les vents, tu excites leur rage ;
ou, s'il te plait, tu calmes leur fureur. Partout
je te rencontre, je te sens infini dans un pré
fleuri comme dans le voile étincelant dont tu
revêts les cieux dans l'obscurité de la nuit. »
(melendez. )
Déjà, dès la première partie, parfois le magicien se laisse aller en volupté à l'accomplissement de ses prestiges de style. Il aborde à présent la poétique du christianisme; le voilà enfin dans l'éther qui s'harmonie à son essence.
Ce n'est plus dans la poussière des canons des conciles, ni dans les sermons des orthodoxes, des anti-hérésiarques, qu'il va faire ses investigations, ni dans ces arides disputes mortes avec l'arianisme, le nestorisme, l'eutychéisme; ce n'est plus dans ces arguties qu'il va éteindre les feux limpides, jaillissans, de son coloris. La nature! la voilà la muse dont il s'inspire à présent, qui vient à ses invocations, émaillée, riche, l'embaumant de ses balsamiques émanations, le rafraîchissant de ses brises aux mélodieux murmures, le couronnant de ses plus odorantes guirlandes, fée chérie et prodigue envers lui de ses aimables caresses.
Voici le début de ces hymnes délicieuses.
« Il est un Dieu ; les herbes de la vallée et les cèdres de la montagne le bénissent; l'insecte bourdonne ses louanges ; l'éléphant le salue au lever du jour; l'oiseau le chante dans le feuillage, la foudre fait éclater sa puissance, et l'Océan déclare son immensité. L'homme seul a dit : Il n'y a point de Dieu. »
Il y avait dans Bernardin de Saint-Pierre une tendresse d'imagination qui se laissait volontiers aller à des extases enfantines; possédant des connaissances très variées, mais incomplètes dans toutes sortes de sciences positives, ce qui lui manque, c'est de la supériorité de jugement ; de là cette bonhomie qui fait rabâcher souvent sa muse. Ses Etudes et ses Harmonies courent aussid'erreurs en erreurs. Si M. de Chateaubriand n'avait pas voulu être résolument dévot, il allait nous achever Bernardin; nous allions ravoir Bernardin haut de génie, doué de jugement, formé à des doctrines saines. Mais telle a été la fatalité, que notre contemporain, de parti pris, tombe dans des admirations que l'autre ne devait qu'à la faiblesse de son âme ; aussi faut-il nous résoudre à voir avec lui le doigt de Dieu dans les plus petites choses : une toile d'araignée, le pétale d'une fleur, un brin d'herbe, tout sera témoignage de la divinité. Grands dieux ! que l'artillerie de la philosophie aurait bon marché de cela! quelques vers, même de Shelley, de Leigh Hunt, de Byron, des célébrités, enfin, de l'école satanique anglaise, saisissant vivement la raison, agissent plus profondément que ces pieuses mélodies de nos deux poètes français.
Mais faisons concession à la mysticité de l'auteur, comme en ouvrant Hésiode ou Homère, nous apostasions momentanément pour leur Olympe.
«Réunissezen un moment parla pensée les plus beaux accidens de la nature ; supposez que vous voyez à la fois toutes les heures du jour et toutes les saisons, un matin de printemps et un matin d'automne, une nuit semée d'étoiles et une nuit couverte de nuages; des prairies émaillées de fleurs, des forêts dépouillées par les frimas, des champs dorés par les moissons, vous aurez alors une idée juste du spectacle de l'univers. Tandis que vous admirez ce soleil, qui se plonge sous les voûtes de l'Occident , un autre observateur le regarde sortir des régions de l'aurore. Par quelle inconcevable magie ce vieil astre qui s'endort fatigué et brûlant dans la poudre du soir, est-il, en ce moment même, ce jeune astre qui s'éveille humide de rosée, dans les voiles blanchissantes de l'aube? A chaque moment de la journée, le soleil se lève, brille à son zénith, et se couche sur le monde ; ou plutôt nos sens nous abusent , et il n'y a ni orient, ni midi, ni occident vrais. Tout se réduit à point fixe, d'où le flambeau du jour fait éclater à la fois trois lumières en une seule substance. Cette triple splendeur est peut-être ce que la nature a de plus beau; car en nous donnant l'idée de la perpétuelle magnificence et de la toute-présence de Dieu, elle nous montre aussi une image éclatante de sa glorieuse Trinité. »
Dans la théologie d'Homère et de Virgile, je ne connais rien d'aussi beau. Je sais que les imitateurs nous ont affaibli le grandiose des sublimités grecques; que si l'on n'avait pas, dans des vers de toute dimension, tant ébranlé les cieux au sourcillement de Jupiter, nous sentirions la commotion électrique de ces hexamètres :
H xai xuavéna in' oppúTe vEũơc, Kpovicy Aubpóras d apa yaîtal, inippórauto átavtos Kpatòs an' adavàToo, pégav de élédițes Orúutov.
«A ces mots, le fils de Saturne fait un signe de ses noirs sourcils; les cheveux sacrés du roi des dieux se dressent et se relèvent sur sa tête immortelle, et tout l'Olympe fut ébranlé par ce signe redoutable. »
(Iliade, livre I**. )
Vivant d'une vie toute gymnastique, les Grecs se laissaient impressionner à ces images de force; même effet à ce pari, risible pour nous, où Jupiter, pour montre de sa puissance, propose aux dieux de faire descendre une chaîne d'or du ciel qu'ils tireront tous d'en bas; et vainement, tandis que lui, seul dans l'Olympe, les enlèvera, eux, la terre et les enfers. Maladroits, ceux qui rehaussent Jéhovah par de la force corporelle qui ne nous captive pas, nous gens d'aujourd'hui. Milton, avec toutes ses foudres, ses carreaux, fera-t-il grande impression sur moi qui sais assez de physique pour calculer l'effet de la pression des vapeurs? M. de Chateaubriand est complètement moderne dans ses images de sa Trinité ; il est neuf, il est brillant, et il conclut admirablement. Chacun dans leur sphère, Homère et Chateaubriand sont sublimes, peut-être le dernier est-il supérieur.
Nous voudrions que la poésie exhalât l'élixir de toutes les sciences, qu'elle rayonnât de tout le savoir de l'époque. Voici du haut Chateaubriand :
• Conçoit-on bien ce que serait une scène de la nature, si elle était abandonnée au seul mouvement de la matière ? Les nuages obéissant aux lois de la pesanteur, tomberaient perpendiculairement sur la terre, ou monteraient en pyramides dans les airs. L'instant d'après l'atmosphère serait trop épaisse ou trop raréfiée pour les organes de la respiration. La lune, trop près ou trop loin de nous, tour à tour serait invisible, tour a tour se montrerait sanglante, couverte de taches énormes, ou remplissant seule de son orbe démesuré le dôme céleste. Saisie comme d'une étrange folie, elle marcherait d'éclipses en éclipses, ou, se roulant d'un flanc sur l'autre, elle découvrirait, enfin, cette autre face que la terre ne connaît pas. Les étoiles sembleraient frappées du même vertige; ce ne serait plus qu'une suite de conjonctions effrayantes; tout-àcoup un signe d'été serait atteint par un signe d'hiver; le bouvier conduirait les pléiades, et le lion rugirait dans le verseau ; là des astres passeraient avec la rapidité de l'éclair ; ici ils pendraient immobiles; quelquefois se pressant en groupes, ils formeraient une nouvelle voie lactée ; puis, disparaissant tous ensemble et déchirant le rideau des mondes, suivant l'expression de Tertullien, ils laisseraient apercevoir les abimes de l'éternité.
• Mais de pareils spectacles n'épouvanteront point les hommes avant le jour où Dieu, lâchant les rênes de l'univers, n'aura besoin, pour le détruire, que de l'abandonner. •
L'organisation des animaux et des plantes, l'instinct des animaux, sont vus avec le même prisme. Malheureusement encore l'auteur n'est pas persuadé ; il s'en défendrait en vain : c'est une piété de résolution. Nous l'avons vu déjà donner une multitude de motifs à son voyage en Amérique; il en invente encore un :
«Nous voulions, dit-il, opposer une Histoire naturelle religieuse à ces livres scientifiques modernes où l'on ne voit que la matière. Pour qu'on ne nous reprochât pas dédaigneusement notre ignorance, nous avons pris le parti de voyager et de voir tout par nous-mêmes. »
Le croirait-on ! dans le même paragraphe, six lignes plus bas, cet homme religieux qui franchissait l'Atlantique pour butiner, ad majorem Dei gloriam, donne à entendre qu'il a du sa conversion à l'aspect des déserts : « On ne revient point impie des royaumes de la solitude, régna solitudinis: Malheur au voyageur qui aurait fait le tour du globe, et qui rentrerait athée sous le toit de ses pères ! »
Mais, encore une fois, considérons le poète. Ni Thompson, ni Virgile, ni Coleridge, ni le seul ami de la nature dans l'auréole luxueuse de Louis XIV, Lafontaine, n'ont rien d'aussi gracieux que cette miniature prise au hasard :
« Le bouvreuil niche dans les aubépines, dans les groseillers et dans les buissons de nos jardins; ses œufs sont ardoisés comme la chape de son dos. Nous nous rappelons avoir trouvé une fois un de ces nids dans un rosier ; il ressemblait à une conque de nacre, contenant quatre perles bleues: une rose pendait au-dessus toute humide. Le bouvreuil mâle se tenait immobile sur un arbuste voisin, comme une fleur de pourpre et d'azur. Ces objets étaient répétés dans l'eau d'un étang avec l'ombrage d'un noyer qui servait de fond à la scène, et derrière lequel on voyait lever l'aurore. Dieu nous donna, dans ce petit tableau, une idée des grâces dont il a paré la nature. »
Mêmes séductions dans la migration des oiseaux. L'émigration française lui revient dans l'idée. Oh ! qu'il tire alors de sa lyre des accens de mélancolie bien plus pénétrans que les douleurs imaginaires de la tragédie, ou les prétendues consomptions de quelques poètes du jour ! On reconnaîtra l'auteur, jadis abandonné, presque mourant à Guernesey.
• Le malheureux, dit-il, ne trouve pas, ainsi que l'oiseau, l'hospitalité sur sa route; il frappe, et l'on n'ouvre pas; il n'a, pour appuyer ses os fatigués, que la colonne du chemin public, ou la borne de quelque héritage. Souvent même on lui dispute ce lieu de repos, qui, placé entre deux champs, semblait n'appartenir à personne ; on le force à continuer sa route vers de nouveaux déserts. Le ban qui l'a mis hors de son pays semble l'avoir mis hors du monde. Il meurt, et il n'a personne pour l'ensevelir. Son corps gît délaissé sur un grabat, d'où le juge est obligé de le faire enlever, non comme le corps d'un homme, mais comme une immondice dangereuse aux vivans. Ah . plus heureux lorsqu'il expire dans quelque fossé, au bord d'une grand'route, et que la charité du Samaritain jette en passant un peu de terre étrangère sur ce cadavre! N'espérons donc que dans le ciel, et nous ne craindrons plus l'exil : il y a dans la religion toute une patrie »
Sur le ton gracieux comme sur le ton élégiaque, comme sur le mode épique, c'est toujours la plus haute possibilité. Mais ce qu'il faut remarquer, c'est cet art nouveau, à lui personnel, de conclure avec des descriptions, de prouver avec des tableaux. Je ne sache personne, dans toutes les littératures modernes ou orientales, qui possède ce genre qui plaide en peignant.
Les oiseaux de mer, les quadrupèdes, les amphibies et reptiles, les plantes et leurs migrations, il faudrait presque transcrire tous ces chapitres. Comment détacher une tête, une académie, des fresques de Raphaël, en preuve des miracles de son pinceau? Allez, allez dans Saint-Pierre de Rome. Mais le chef-d'œuvre de notre Raphaël est sans contredit celui des deux perspectives de la nature.
L'immortalité de l'âme est dans le sixième livre. Il ne faut pas s'attendre, on le conçoit, à ces tâtonnemens de Timée de Locres, d'Anaxagore, de Cicéron, des Sceptiques de l'antiquité, sur l'essence de l'âme. Est-elle une fraction du grand Tout , du Pan, âme universelle qui se divise dans tout ce qui vit, végète, croît, meurt, se décompose, et rendu aux opérations de la nature, rentre dans de nouvelles organisations où cette spiritualité porte la vie? Système de spiritualisme, fondement, base première de la sagesse de l'Orient, puisque Pythagore alla l'y chercher dans le Bhagavad-Dgita, ce célèbre épisode philosophique de la grande composition épique des Hindous , le Mahâbahrâta, où Chrish - na dévoile un guerrier Ardjouna sur son char au moment de livrer bataille, le système des choses qui n'est qu'une métempsycose, cette métempsycose dont Pythagore mit les abstractions à la portée des conceptions populaires !
C'est ce spiritualisme, base encore des sociétés secrètes de Rome, de la Grèce, de l'Egypte, puisque Virgile, qui nous a révélé, dans le sixième livre de l'Enéide, quelques mystères de cette franc-maçonnerie, nous parle du Spiritus intus alit.
Encore moins M. de Chateaubriand aborde-t-il le matérialisme d'Epicure, de Bayle, de Spinosa, prouvé anatomiquement par Broussais de nos jours, et que jadis suivaient les synagogues; car est-il parlé de vie future dans Moïse et les prophètes ?
Le platonicisme avait prodigieusement gagné, vers les premiers temps de l'empire romain, sur les débris de ce stoïcisme, fléau de la république qu'il priva de ses plus forts soutiens avec l'arme du suicide. La doctrine spiritualisée de Platon régnait ; tous les catéchumènes qui, en se convertissant au christianisme, lui apportèrent le tribut de hautes facultés, tous les pères de l'église, enfin, avant leur entrée dans le culte naissant, avaient trempé dans le platonicisme; de la ce frappant rapport entre les enseignemens de la chaire évangélique et le Phédon ; en effet, les chefs de l'église persécutée pouvaient-ils se dépouiller à point nommé, à volonté, de leurs idées d'habitude ?
Mais le christianisme devenu religion de l'état, alors les discordances d'une philosophie d'Athènes, accommodée tant bien que mal aux affaires de la Judée, donnèrent l'éveil au raisonnement. De là, tous ces schismes d'Eutychès, d'Arius, de Nestor et de tant d'autres hérésiarques, causes de tant de conciles œcuméniques. On régla les affaires de conscience comme l'on put; ce qui ne put s'arranger lucidement fut mis dans la catégorie des mystères dont l'examen fut taxé d'impiété ; et de tout cela, il nous est venu entre autres choses cette immortalité de l'âme, que M. de Chateaubriand prouve par le désir de bonheur dans l'homme, par les remords et la conscience, par le respect de l'homme pour les tombeaux.
Les Pélasges parlaient d'ombres dans les Champs-Elyséens. Mais rien n'indique dans leurs poèmes sacrés la notion de l'âme ; aussi ces vaines ombres se plaisaient si peu dans les bocages, qu'Achille fait un aveu bien ingénu à Ulysse dans l'Odyssée; c'est qu'il préfèrerait servir un bouvier sur terre que de vivre sur ses souvenirs glorieux dans l'Elysée.
Était peu tentant. La morale ne gagnait donc rien à ce mythe. M. de Chateaubriand observe fort bien que, « dans l'Elysée des anciens, on ne trouve que des héros et des hommes qui avaient été heureux ou éclatans dans le monde ; les enfans, et apparemment les esclaves et les hommes obscurs (c'est-à-dire, l'innocence et l'infortune), étaient relégués aux enfers. »
A l'occasion de l'Eden de Mahomet, il se prend d'hilarité. Quelques réminiscences d'Ossian lui donnent plus de considération pour le ciel des Scandinaves, où les preux se pourfendaient dans la lice avant de courir aux banquets; puis c'était l'hydromel versé par les blondes Walkiries. Chacun se fait des joies à sa guise.
Mais réellement pour le paradis nos mystagogues se sont trouvés courts d'invention.
L'Eden des Sarrazins, s'il nous est bizarre à force de charges, n'a pas incontestablement manqué de l'attrait du merveilleux pour les Orientaux; mais nous, froids logiciens, avons la manie d'analyser leurs sensations à notre manière.
Sans doute cet arbre Tuba, de chaque feuille duquel peut sortir un cheval richement caparaçonné au moindre désir de l'élu pour le plaisir de la cavalcade ; sans doute ces trois cents plats servis par trois cents esclaves aux bienheureux, et que leur appétit dévore au complet; sans doute ces houris aux yeux noirs, toujours vierges, gardées dans des pavillons faits de perles, devaient ravir de joie, de plaisir et d'extase, tout ce qui fermentait de vie sous le tropique du Cancer. Dogme en harmonie avec sa latitude embrasée, nous voyons, dans peu d'années, l'islamisme dans le sens de ce cercle céleste courir de Maroc à Kanton.
Mais, en vérité, je demande en vain quelque attrait au ciel chrétien ! jouir de la présence de Dieu ! c'est une curiosité, les esprits matériels voient là trop peu de délices.
Il a donc fallu atteindre le but d'une autre manière : on a voulu pousser au ciel par crainte de l'enfer; on a donc imaginé d'effroyables tourmens, des éternités de supplices pour intimider quiconque se soucierait peu d'un ciel aussi nauséabonde.
De là, ce caractère dur, impitoyable, de l'église, et par conséquent de ses ministres. Les curés de village veulent acquérir par la menace des âmes à Dieu. Ils donnent carrière à leur imagination. Ecartés des plaisirs du monde, ils ne rêvent que tourmens, leurs prônes sont des déclamations d'énergumènes. Et cela lorsque la foi s'en va ! Un trône se compromet aujourd'hui à soutenir l'église : Charles X en a fait l'expérience.
Le livre de M. de Chateaubriand ne guérira pas cette plaie cancéreuse du christianisme. Sa peinture du bonheur des justes est d'une désespérante aridité. On va le voir.
« Le plus pur de nos sentimens dans ce monde, c'est l'admiration; mais cette admiration terrestre est toujours mêlée de faiblesse, soit dans l'objet qui admire, soit dans l'objet admiré. Qu'on imagine donc un être parfait ; source de tous les êtres, en qui se voit clairement et saintement tout ce qui fut, est et sera; que l'on suppose en même temps une âme exempte d'envie, de besoins, incorruptible, inaltérable, infatigable, capable d'une attention sans fin ; qu'on se la figure contemplant le Tout - Puissant, découvrant sans cesse en lui de nouvelles connaissances et de nouvelles perfections, passant d'admiration en admiration, et ne s'apercevant de son existence que par le sentiment prolongé de cette admiration même ; concevez, de plus, Dieu comme souveraine beauté, comme principe unique d'amour ; représentez-vous toutes les amitiés de la terre, venant se perdre ou se réunir dans cet abîme de sentimens, ainsi que des gouttes d'eau dans la mer, de sorte que l'âme fortunée aime Dieu uniquement, sans pourtant cesser d'aimer les amis qu'elle eut ici-bas; persuadez-vous enfin que le prédestiné a la conviction intime que son bonheur ne finira point: alors vous aurez uneidée, à la vérité très imparfaite, de la félicité des justes ; alors vous concevrez tout ce que le chœur des bienheureux peut faire entendre, c'est ce cri : Saint ! Suint! Saint ! qui meurt et renaît éternellement dans l'extase éternelle des cieux. »
Sin sans DIT Sonorer I
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