Chapitre XXI. Violentes critiques d'Atala, apologies enthousiastes. - Le
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Publiciste. - Marie Chénier. - Qu'est-ce que le goût? - Y a-t-il un goût dans les beaux-arts? - Coup-d'œil sur les littératures. - Pourquoi le goût varie-t-il à chaque siècle? - Parallèle d'Alzire et d'Atala.
« Ce n'est pas le poète qui fait la poésie, c'est la
poésie qui fait le poète. »
(La Sultane d'Eldir, Méditations en prose.)
Lorsque l'on parcourt les amères critiques et les éloges chaleureux d'Atala, ce chamaillis de haines, d'admiration, on serait en droit de se demander : le goût existe-t-il? Si déjà quelque Brutus de la république des lettres ne s'est pas écrié, avec le stoïcisme du dédain : Goût, tu n'es qu'un mot.
C'est un pêle-mêle d'opinions diverses dans les journaux du temps ; mais pour montrer toute la latitude où divague le critique sans compromettre son infaillibilité, il n'y a qu'à placer sous les yeux la louange et l'animosité de l'époque.
« Atala est un véritable poème, où l'auteur a trouvé le secret, aujourd'hui bien rare, d'être original sans se montrer absurde. Tout est nouveau dans cette production vraiment singulière. Le poète vous transporte au milieu des déserts, dans des régions inconnues, où la nature, encore vierge, offre des aspects et des sites qu'aucun écrivain grec ou latin n'a jamais connus : c'est une source de descriptions dont on ne trouve pas même le germe dans Homère et dans Virgile. Ses personnages sont aussi étranges que la scène où ils paraissent, et les mœurs qu'il dépeint sont encore plus poétiques que les mœurs des héros de l'Iliade et de l'Odyssée.
»Le Mississipi ne jouit pas, il est vrai, d'une bonne réputation en France; mais ces impression défavorables s'effacent à la vue du tableau magnifique que nous trace l'auteur, des régions arrosées par ce grand fleuve : l'imagination étonnée préfère ce spectacle majestueux de la nature sauvage aux peintures les plus riantes des campagnes cultivées et fertiles.
« Le tableau du peuple chasseur et du peuple laboureur, la religion, première législatrice des sauvages, les dangers de l'ignorance et de l'enthousiasme religieux, opposés aux lumières, à la tolérance et au véritable esprit de l'évangile, les combats des passions et des vertus dans un cœur simple; enfin, le triomphe du christianisme sur le sentiment le plus fougueux et la crainte la plus terrible, l'amour et la mort : tels sont les grands objets que présente ce petit poème épique, auquel je ne crains pas de donner ce nom, puisqu'il renferme les beautés les plus essentielles à la poésie, le pathétique des sentimens, la richesse et la variété des tableaux, et la plus heureuse imitation d'une grande et belle nature; il ne lui manque que la rime, qui souvent donne à la poésie plus d'entraves que d'agrémens. On remarque surtout, dans cet ouvrage, une précieuse simplicité, et l'art merveilleux de soutenir l'intérêt par le développement du cœur et des passions, par l'heureux choix et la vérité des circonstances. Un goût sévère pourrait lui reprocher la profusion des images, et un luxe d'expressions poétiques quelquefois plus bizarres que sublimes ; ce défaut est celui d'un génie ardent et vigoureux , et d'une surabondance d'imagination qui, pour bien des poètes froids et décharnés, serait un objet d'envie. On rencontre aussi dans son style audacieux, certains traits qui tiennent en suspens la critique, et partagent les connaisseurs ; les uns admirent, comme des expressions de génie, ce que les autres blâment comme une affectation froide: par exemple, cette phrase : « Les reines ont été vues pleurant comme les autres femmes, et l'on s'est étonné de la quantité de larmes que contiennent les yeux des rois » a été citée comme digne de Bossuet. Je souscris à ce jugement, quant à la première. partie de la phrase, et il se peut que dans cette quantité de larmes, contenues dans les yeux des rois, il y ait plus de recherches que de vrai sublime. « (LE PUBLICISTE, journal.)
Voici ce que dit Chénier du même livre:
« Le petit roman d'A tala, par M. de Chateaubriand, est du commencement de ce siècle : il a fait du bruit; il est singulier pour la conception, pour la marche et pour le style, il exige donc un article détaillé. Un sauvage américain de la nation des Natchez, a quitté son pays pour venir en France. Après avoir été galérien à Marseille, il s'est transporté à la cour de Louis XIV; il y a vu les tragédies de Racine, il a été l'hôte de Fénelon. De retour en Amérique, il y vieillit tranquille, et c'est à l'âge de soixante-treize ans qu'il raconte une aventure de sa jeunesse à René l'Européen qui vient s'établir chez les sauvages. Chactas, fils d'Outalissi, fils de Miscou, étant pris par Sinaghan, chef des Muscogulges et des Siminoles, est reconnu pour Natchez. Sinaghan lui dit: Réjouis-toi, tu seras brûlé au grand village; à quoi il répond : Voilà qui est bien. Son âge et sa ligure intéressent les femmes ; elles lui apportent de la sagamité, des jambons d'ours et des peaux de castor. Il distingue une jeune chrétienne, qu'il prend d'abord pour la vierge des dernières amours. Il sait bientôt que c'est Atala, fille de Sinaghan aux bracelets d'or. Nous nous rendons, lui dit-elle, à Apalachucla, où tu seras brûlé. Elle revient lui parler tous les soirs ; elle était dans son cœur comme le souvenir de la couche de ses pères. Au temps où l'éphémère sort des eaux, lorsqu'on entrait sur la grande Savane Alachua, Atala trouve moyen d'être seule avec le prisonnier; mais, par une étrange contradiction, Chactas, qui désirait tant de dire les choses du mystère à celle qu'il aimait déjà comme le soleil, voudrait maintenant se jeter aux crocodiles de la fontaine, plutôt que de rester seul avec elle. La fille du désert n'était pas moins troublée que lui, car les génies de l'amour avaient dérobé les paroles de Chactas et d'Atala. Chactas hésite à fuir, attendu qu'il est sans patrie, et qu'aucun ami ne mettra un peu d'herbe sur son corps pour le préserver des mouches. Atala devient fort tendre ; mais elle est bientôt plus sévère. Chactas, désespéré, lui affirme qu'elle ne fuira point, et qu'elle le verra dans le cadre du feu. A cette menace, Atala veut à son tour se jeter aux crocodiles de la fontaine ; elle s'en abstient toutefois. Le lendemain, la fille du pays des Palmiers conduit Chactas dans une forêt, où il contraint cette biche altérée de fuir avec lui, pendant que le génie des airs secoue sa chevelure bleue embaumée de lu senteur des pins. Déjà Chactas emportait Atala au fond de toutes les forêts; rien ne pouvait la sauver qu'un miracle, et ce miracle fut fait: elle dit un Ave Maria ; des guerriers reprennent Chactas. Atala dédaigne de leur parler, car elle ressemblait à une reine pour l'orgueil de la démarche et de la pensée. Cinq nuits s'écoulent; enfin L'on aperçoit A palachucla, situé aux bords de la rivière Chatauché. On pare Chactas pour le sacrifice. On lui met à la main une chichikoué. Le conseil s'assemble , et décide, malgré les réclamations de quelques femmes, que Chactas sera brûlé conformément à l'ancien usage. Des jeux funèbres sont célébrés. Le jongleur invoque Mi-chablou, et raconte, entre autres belles choses, les guerres du Grand Lièvre contre Matchimanitou, génie du mal. Cependant le supplice de Chactas est remis au lendemain ; mais durant la nuit une grande figure blanche rompt les liens du captif ; un des soldats croit voir l'Esprit des ruines, c'est Atala. Chactas fuit avec sa libératrice, qui lui brode des mocassines de peau de rat musqué avec du poil deporc-épic. Elle lui apprend, de plus, que sa mère étant mariée à Sinaghan, lui dit : Mon ventre a conçu, j'ai connu un homme de la chair blanche; à quoi Sinaghan, qui est très magnanime, répondit : Puisque tu as été sincère, je ne te couperai pas le nez et les oreilles. Or cet homme de la chair blanche se nommait Lopez, c'est le père d'Atala, c'est aussi le père de Chactas. Tous deux se félicitent d'être frère et sœur. Chactas n'en est que plus ardent ; la chrétienne et pieuse Atala, loin d'être effarouchée de ce changement d'état, n'opposait plus qu'une faible résistance; mais un orage survientà propos, et les amans sont rencontrés par le père Aubry et son chien. Ce père Aubry est un missionnaire qui habite au milieu de quelques sauvages convertis par ses prédications. Il est le chef de la prière , il est aussi l'homme des anciens jours, il est, de plus, le vieux génie de la montagne, il est encore le serviteur du Grand Esprit, il n'en est pas moins l'homme du rocher. Il emmène chez lui Chactas et Atala, leur donne à souper, à coucher, et le lendemain leur dit la messe ; de quoi Chactas est fort ému, quoiqu'il juge à propos de rester païen. Quelques jours s'écoulent à peine, lorsqu'il survient une catastrophe assurément très imprévue. Atala, d'après un ancien vœu de sa mère, se croit condamnée à rester vierge; en conséquence elle s'empoisonne. Le père Aubry eût tout arrangé s'il eût été informé à temps, comme il a soin de l'observer lui-même. Faute de cette précaution, il ne peut que confesser Atala mourante, qui voit avec joie savirginité dévorer sa vie. Elle regrette pourtantde n'être point à Chactas. « Quelquefois j'aurais voulu, lui dit-elle, que la divinité se fût anéantie, pourvu que, serrée dans tes bras, j'eusse roulé d'abime en abîme avec les débris de Dieu et du monde. » Le récit des funérailles vient ensuite ; enfin l'auteur se met lui-même en scène dans ce qu'il nomme un épilogue. Il trouve cette histoire parfaitement belle, car le Siminole qui la lui conta y mit la fleur du désert et la grâce de la cabane. Il est temps de s'arrêter, nous ne voulons pas déterminer avec une justesse rigoureuse le genre d'imagination dont cet ouvrage offre les simptômes, mais nous avons peine à concevoir ce qu'il peut y avoir de moral dans un amour charnel et sauvage, auquel la religion vient mêler des sacremens très graves, dont le mariage ne fait pas partie ; quel intérêt peut résulter d'une fable incohérente, où des évènemens, qui restent vulgaires en dépit des formes les plus bizarres, ne sont ni amenés, ni motivés, ni liés entre eux, ni suspendus par aucun obstacle. Quant aux détails, on y sent l'affectation marquée d'imiter l'auteur de Paul et Virginie ; mais , pour lui ressembler, il faudrait, comme lui, décrire et peindre. Des noms accumulés de fleuves, d'animaux, d'arbres, de plantes, ne sont pas des descriptions; des couleurs jetées pêle-mêle ne forment pas des tableaux, »
(CHÉNIER, Cours de littérature. )
Plus que jamais je me demande: existe-t-il un goût?
Chaque peuple a ses idées sur le goût, idées qu'il choie, qu'il défend, dont il est fier, sur lesquelles il n'entend pas raillerie, tandis qu'il se raille de celui des autres peuples. Shakspeare a long-temps divisé là-dessus des gens séparés à peine par un détroit de quelques lieues. Même intolérance en goût qu'en religion.
Plusieurs grandes littératures ont trôné, çà et là, sur la face du globe; et si la quantité de livres, la fécondité, la richesse de ces lettres hétérogènes, prouvent en faveur du goût, que sommes-nous en comparaison des Chinois, lesquels, au dire des sinologues, sont environnés d'une abondance bibliographique bien autre que celle de l'Europe ! Il en est de même, suivant les Indianistes, de la littérature samskrite. Le monde arabe n'a pas moins brillé par les lettres, et en Perse, et en Egypte, et sous les kalifats de Damas, de Bagdad, et après Mahomet, et avant Mahomet, dans les tribus de l'Héjaz, de l'Yamama, de l'Hadramant. Les Javanais ont aussi leur littérature bien plus considérable que nous ne croyons, et conservée dans le kawi, langue des gens de distinction à Borneo, à Sumatra, à Bali, et surtout à Java. Qui ne connaît ces sagas des Skaldes, préservées par l'Islande, de l'oubli ou plutôt de l'envahissement du culte chrétien, dans son isolement sous le pôle, ces sagas que Snorre Sturleson nous a léguées en partie dans sa compilation du nom d'Edda? Les lettres classiques sont connues : que de chefs-d'œuvre dans la Grèce écrivante! Il n'est pas jusqu'aux Juifs qui n'aient fourni leur quotité en ces versets cadencés, que nous ne savons pas précisément encore classer dans la poésie ou la vraie prose.
Voilà, de compte fait, près d'une douzaine de littératures ; et où se trouve le vrai beau ? Fiers, avantageux, fanatiques même que nous sommes, nous n'allons pas manquer de nous écrier : « A nous la palme ! Racine et Voltaire, voilà les types de la perfection. »
Vienne un Chodja d'une médressé de Constantinople, vienne un Mollah d'une mosquée académique d'Ispahan, lettrés qui voient, leur Louis XIV dans les abassides Al-Mamoun, Al-Raschid, ils citeront les Ghazèles de Saadi, les Cassides de Tantarani, le Divan ou Recueil de poésies de Schanz, la Sapho musulmane. Dans l'Indostan, allons parler de goût à Vararoutchi, à Rammahuroy, à Bopadeva, ces Brahmes savans, aides des Wilson, des Colebrooke, des Walkings, des Carey, a Caicutta, dans le défrichement des œuvres samskrites ; supposeront-ils rien de plus parfait que la pléiade de Vicrâmâditya, l'Auguste de l'Inde, pléiade d'entre les astres de laquelle se détachent particulièrement Calidâsa et Djava-Deva ? Enfin il est encore à Skallott, dans l'Islande, des mortels entichés des chants runiques, pour qui l'ode composée par Régner Lodbrog dans les tourmens de sa mort (il mourut dévoré des serpens dont on avait rempli sa prison), ou celle d'Harald-le-Vaillant, sont le nec plus ultra, ou celle d'Eyvin, surnommé dit la Croix des Poètes, a cause de son talent.
Voici un paradoxe : c'est que nos deux siècles littéraires, avec leur goût exclusif, avec leur adoration des préjugés poétiques, seront dans quelques centaines d'années tout aussi discrédités que le seizième siècle, avec son intolérance religieuse et sa fureur de prosélytisme.
Qu'était-ce que la composition ? Voltaire lui-même, avec son omnipotence, avant de traiter un sujet devait se demander : Comment le veulent nos talons rouges? Au sortir du boudoir de madame de Parabère, ces messieurs auraient trouvé plaisant qu'Orosmane aimât autrement qu'à Paris. Et Mahomet, en fera-t-on un véritable Arabe, Mérope une vraie Grecque? Force fut au tragique d'extraire son soudan de l'Orient, terre trop peu galante, de le policer, de le polir, de le poudrer, de l'attendrir. Mahomet aura-t-il le style du Koran ? Fi ! des accumulations de métaphores, du vague dans les images, du grandiose, du gigantesque, marcher, le soleil à droite et la lune à gauche ! Mentionner Eblis, l'arbre Tuba! Semer dans une tragédie ces myriades de perles, de diamans des Mille et une Nuits et de l'Eden! Parler du pont Al-Sirat étroit comme un cheveu! Toutes les exagérations, enfin, sans lesquelles les Arabes ne sont plus Arabes ! Fi ! vous dis-je ; le goût pur ne voulait pas de cela ; le duc de Richelieu parlait-il ainsi à Versailles ? C'est comme si l'on avait ramené Mérope, Polifonte, à la simplicité homérique; si, sous l'empire des prestiges mythologiques, ils avaient mis Jupiter à toutes phrases. Au lieu de cela, c'était une tendre flamme, de glorieux lauriers, bien que chez les Pélasges le laurier ne fût pas l'emblème de la victoire. On prêtait à Œdipe cette maxime du dix-huitième siècle :
Les prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense, Notre crédulité fait toute leur science.
C'était un contre-sens que cette impiété dans les bons vieux temps de la Hellade ; mais qu'importait ? Le goût avait parlé.
On sent que ce que je dis de Voltaire s'applique encore mieux à Racine, qui n'a rien vu au-delà de son siècle, lui qui, faisant pivoter son Iphigénie sur un sacrifice humain, c'est-à-dire, sur un acte d'un temps de la plus grande barbarie possible, n'a pas balancé à transporter là-dedans toute la civilisation de Louis XIV, les seigneurs, les madames, et les politesses, et les égards, et les ménagemens de mots, et tout l'OEil-de-Bœuf. La Harpe nous assure sérieusement que les mœurs turques sont très bien peintes dans Bajazet! Athalie se rapprocherait de la vérité ; car l'auteur, déjà dévot, méditait les saintes écritures. Mais malheureusement il n'a pas compris l'esprit de ce que M. Salvador a fort bien nommé un gouvernement nomocratique. La république en Israël ayant précédé la royauté, l'opposition, c'était le sacerdoce. Les Hébreux, asservis sept fois par les Moabites, les Philistins, les Amalécites , qui avaient des rois, voulurent, eux aussi, un roi qui les menât à la guerre, et cela au grand déplaisir de Samuel, qui exerçait la suprême judicature. Que ne leur dit-il pas pour les détourner : Si vous avez un roi, il fera de vos filles ses parfumeuses, ses boulangères ; il fera de vous ses hommes de corvée. Ils persistèrent; mais le sacerdoce attaché aux institutions mosaïques n'en était pas moins le libéralisme du temps. Aussi, voyez le comité-directeur s'enfermer dans le temple, avec imprécations contre les rois et reines, et faisant enfin à Athalie un tout aussi mauvais parti que la Convention à Louis XVI; encore la Convention garda-t-elle une apparence de formes légales.
Ce despotisme de la superstition littéraire, nommée goût, M. de Chateaubriand le brisa dans Atala; il refusa de sacrifier la vérité à cette idole, à ce Jagernat des deux siècles passés. Le goût ne voulait pas qu'il prêtât à Atala, à Chactas, les locutions des sauvages, ces locutions que le stationnaire Chénier a tout à l'heure ridiculisées ; la vérité le voulait. M. de Chateaubriand a de la hauteur dans l'âme, il méprise les préjugés (croirai-je à sa dévotion ?) ; il ne balança pas, il brisa cette vaine statue devant laquelle le fier Voltaire s'était courbé lui-même, il se dévoua aux traits des ultras littéraires, mais pour la cause de la vérité, de la nature.
Serviteurs de deux dieux différens, Voltaire et Chateaubriand ont pris pour héroïnes deux sauvages. Quelle différence entre Alzire et Atala! Alzire lait de la philosophie comme madame de Pompadour. C'est l'élégance de la bonne société du temps ; mais Atala !
Aussi que nous dit Alzire? rien. On a entendu des alexandrins, il y a eu du sang pour la forme. Mais, en quittant le livre de Chateaubriand, on revient d'Amérique, on a vécu deux ou trois ans de plus, on a ajouté à la vie l'intérêt d'un voyage, on a vu Niagara, on a vu une tempête du Nouveau Monde, un incendie, le cours du Meschacebé. Aussi quelle différence dans le travail! Voltaire fit son Américaine dans quelques après-soupés ; M. de Chateaubriand s'exposa à mille périls, traversa et retraversa dix-huit cents lieues de mer, il dormit dans les bois, pour revenir publier son roman. Et l'on s'étonne de ce long cri d'admiration !