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L'Enchanteur 1768—1848
Études historiques Première partie. de Jules césar a Dèce ou decius

Étude première

Première partie. de Jules césar a Dèce ou decius

Études historiques · 22 min de lecture · p. 31–55 · chapitre 13 sur 92

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Études ou Discours historiques, Lefèvre, 1831 (édition originale), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

APRÈS avoir prêché l'Évangile, Jésus - Christ laisse sa croix sur la terre : c'est le monument de la civilisation moderne. Du pied de cette croix, plantée à Jérusalem, partent douze législateurs pauvres, nus, un bâton à la main, pour enseigner les nations et renouveler la face des royaumes.

Les lois de Lycurgue n'avoient pu soutenir Sparte; la religion de Numa n'avoit pu faire durer la vertu de Rome au delà de quelques centaines d'années : un pêcheur, envoyé par un faiseur de jougs et de charrues , vient établir au Capitole cet empire qui compte déjà dix-huit siècles, et qui, selon ses prophéties, ne doit point finir.

Depuis long-temps Rome républicaine avoit répudié la liberté, pour devenir la concubine des tyrans : la grandeur de son premier divorce lui a du moins servi d'excuse. César est l'homme le plus complet de l'histoire, parce qu'il réunit le triple génie du politique, de l'écrivain et du guerrier. Malheureusement César fut corrompu comme son siècle : s'il fût né au temps des mœurs, il eût été le rival des Cincinnatus et des Fabricius, car il avoit tous les genres de force. Mais quand il parut à Rome, la vertu étoit passée; il ne trouva plus que la gloire : il la prit, faute de mieux.

Auguste, hériter de César, n'étoit pas de cette An. de R. 725.

première race d'hommes qui font les révolutions; il étoit de cette race secondaire qui en profite , et qui pose avec adresse le couronnement de l'édifice dont une main plus forte a creusé les fondements : il avoit à la fois l'habileté et la médiocrité nécessaires au maniement des affaires qui se détruisent également par l'entière sottise ou par la complète supériorité.

La terreur qu'Auguste avoit d'abord inspirée lui servit; les partis tremblants se turent : quand ils virent l'usurpateur faire légitimer son autorité par le sénat1, maintenir la paix, ne persécuter personne, se donner pour successeur au consulat un ancien ami de Brutus, ils se réconcilièrent avec leurs chaînes. L'astucieux empereur affectoit les formes républicaines; il consultait Agrippa, Mécènes et peut-être Virgile1, sur le rétablissement de la liberté, en même temps qu'il envahissoit tous les pouvoirs2, se fesoit investir de la puissance législative3 ⅔, et instituoit les gardes prétoriennes1. Il chargea les muses de désarmer l'histoire, et le monde a pardonné l'ami d'Horace.

1 Hæc cum Cæsar ità recitasset, mirè senatorum animi affecti sunt. Fuerunt pauci qui ejus animum intelligerent ideòque adstipularentur; reliqui aut suspicabantur quo hæc concilia dicta essent, aut fidem iis habebant. Horum alteri artificium in occultandâ callidè suà sententià Cæsaris admirabantur ; alteri hoc ejus propositum : alteri ægrè ejus versutiam : alteri ponitentiam captæ reipublicæ procurationis ferebant : jamenim exstiterant qui popularem reipublica formam ut turbulentam odissent ac mutationem ejus approbarent, Cæsarisque imperio delectarentur..... pro indè cum frequenter etiam dicenti adhuc occlamassent, ubi peroravit, multis omnes eum verbis precati sunt, ut solus imperii summam gereret : multis - que quibus id ei persuaderent adductis argumentis tandem eò compulerunt ut principatum solus obtineret. (Dionis., hist. rom., lib. LIII, edit. Joannis Luenclavii, pag. 502, ↩

1 Ad quam deliberationem quum Agrippam Mœcenatemque adhibuisset (nam cùm his de omnibus arcanis suis communicare solebat) prior in hanc sententiam Agrippa locutus est. (Dionis., hist. rom., lib. III, pag. 463, édit. Joannis Luenclavii. ) In quà re diversa sententiæ consultos habuit, Mæcenatem et Agrippam... quare Augusti animus hinc ferebatur et illinc.... Rogavit igitur Maronem an conférât privato homini se in suâ republicâ tyrannum facere. (Pag. ultima vitæ Virgilii tributæ Donato, edit. 1699, à P. Ruxo. Parisis. ) ↩

2 In hunc modum pugna navalis facta est 4 nonas septembris. Id à me non frustra commemoratum est : dies annotare alioquin non solito : sed quod ab ea die primùm Cæsar solus rerum potitus est, imperiique ejus recensio precisè ab ea sumitur. (Dionis. Cassii, hist. rom., lib. LI, pag. 442, edit. Joannis Luenclavii. ) Hoc autem anno (Ab urbe conditâ 735) vere iterum penes unum hominem summa totius reipublicæ esse cœpit. Quamquam armorum deponendorum, resque omnes senatus populique potestati tradendi consilium Cæsar agitaverit. (Ibid., lib. LI, pag. 463; lib. LI, pag. 474, 511, n°. 2, p. 40.) ↩

3 Quod principi placuit, legis habet vigorem : utpote cum lege regia, qua de imperio ejus lata est, populus ei et in eum omne suum imperium et potestatem conferat. (Ulpian., lib. 1, princ. etc., de constit. princip.) ↩

1 Certum numerum partira in urbis, partira in suf custodiam allegit, dimissâ Calaguritanorum manu quam usque ad devictum Antonium , item Germanorum quam usque ad cladem varianam, inter armigeros circà se habuerat. ( Suet. in vita Aug. ) ↩

Les limites de l'empire romain furent ainsi fixées par Auguste2 :

2 Termini igitur finesque imperii romani sub Augusto erant : ab oriente Euphrates ; à meridie Nili catarractæ, et déserta Africa et mons Atlas ; ab occidente Oceanus ; à septentrione Danubius et Rhenus. (Juste Lips., de magn. rom. liv. 1, chap. mI. Antuerpiæ, 1637, 6. tom. in-fol. ; - tom. 3, pag. 379.). Retenti fines, seu dati imperio romano (sous Claude) : Mesopotamia per orientera, Rhenus Danubiusque ad septentrionem, et à meridie Mauri accepêre provinciis. (Aur. Vict. Hist. abbrev., Part. II, chap. Iv ; Suet., Hist. rom., vol. 2, pag. 127.) Hadrianus gloriae Trajani certum est invidisse, qui ei susceperit in imperio ; spontè propria reductis exercitibus, Armeniam, Mesopotamiam et Assyriam concessit, et inter Romanos et Parthos medium Euphratem esse voluit. (Sext. Ruf. Brev. ; Suet. , Hist. rom., vol. 2, pag. 166.) ↩

Au nord le Rhin et le Danube; A l'orient l'Euphrate; Au midi la Haute - Egypte, les déserts de l'Afrique et le mont Atlas;

A l'occident, les mers d'Espagne et des Gaules. Trajan subjugua la Dacie au nord du Danube,1 la Mésopotamie et l'Arménie à l'est de l'Euphrate; mais ces dernières conquêtes furent abandonnées par Adrien. Agricola acheva sous le règne de Domitien de soumettre la Grande-Bretagne ' jusqu'aux deux golfes entre Dunbritton et Édimbourg.

1 Romani imperii, quod post Augustum defensum magis fuerat, quàm nobiliter ampliatum, fines longe latèque diffudit : urbes trans Rhenum in Germaniâ reparavit : Daciam, Decibalo victo subegit, provinciâ trans Danubium factâ in his agris quos nunc Teciphali, et Netophali et Thenbirgi habent. La provincia decies centena millia passuum in circuitu tenuit. Armeniam , quam occupaverant Parthi, recepit, Parthamasire occiso, qui eam tenebat. Albanis regem dédit. Iberonem regem, et Sauromatarum, et Bosporanorum, et Arabum, et Osdroenorum et Colchorum, in fidem accepit. Corduenos, Marcomedos occupavit : et Anthemusium, magnam Persidis regionem ; Seleuciam et Ctesiphontem, Babylonem et Messenios vicit ac tenuit : usque ad fines et mare Rubrum accepit : atque ibi tres provincias fecit, Armeniam , Assyriam, Mesopotamiam, cum his gentibus, quæ Madenam attingunt. Arabiam posteà in provinciæ formam redegit : in mari Rubro classera instituit ; ut per eam Imbriæ fines vastaret. (Eutrop., lib. vIII, chap. Il et II. Lugduni Batavorum, 1762, in-8., pag. 360 et seqg.) Trajanus, qui post Augustum romane reipublica movit lacertos, Armeniam recepit à Parthis. Sublato diademate, régi Arménie majoris regnum ademit. Albaingenti terrarum fines ambitur, quatuor legionibus coercita : accolis Ibero Albanoque et aliis regibus, qui liv. 55., chap. 23; Stamburgi, 1752, fol., pag. 794.) ↩

Sous Auguste et sous Tibère, l'empire entretenoit vingt-cinq légions2, elles furent portées

nis regem dédit. Iberos, Bosphoranos, Colchos, in fidem romanæ ditionis accepit. Saracenorum loca et Arabum occupavit. Corduenos et Marcomedos obtinuit, Anthemusiam, optimam Persidis regionem, Seleuciamque et Ctesiphontem ac Babyloniam accepit et tenuit. Usque ad Indæ fines post Alexandrum accepit. In mari Rubro classem instituit. (Sext. Ruf., Brev. ; Suet., Hist. rom., vol. 2, pag. 165.)

1 Quarta astas obtinendis, quæ percurrerat, insumpta. Ac, si virtus exercituum et romani nominis gloria pateretur, inventus in ipsâ Britanniâ terminus. (Tac., Agric., chap. 23 ; Suet., Hist. rom., vol. 3, pag. 369.)

Britanniæ situm populosque multis scriptoribus numeratos, non in comparationem curæ ingeniive referam ; sed quia tune primùm perdomita est. (Tac., Agric., chap. 10; Suet, Hist. rom., vol. 3, pag. 366.)

2 Sed præcipuum robur Rhenum juxtâ, commune in Germanos Gallosque subsidium, octo legiones erant. Hispaniæ recens perdomitæ, tribus habebantur. Mauros Juba rex acceperat donum populi romani. Cætera Africa per duas legiones : parique numero Ægyptus. Dehinc initio ab Syriâ usque ad flumen Euphraten, quantum trente sous le règne d'Adrien1. Le nombre des soldats qui composoient la légion ne fut pas toujours le même : en le fixant à douze mille cinq cents hommes, on trouvera qu'un si vaste état n'étoit gardé du temps des premiers empereurs que par trois cent vingt-deux mille cinq cents, et ensuite par trois cent soixante-quinze mille hommes. Six mille huit cent trente-un Romains

1 Arguentibus amicis quod (Favoninus) malè cederet ladriano, de verbo quod idonei auctores usurpassent, visum jucundissimum movit. Ait enim : « Non recte suadetis, familiares, qui non patimini me illum doctiorem omnibus credere, qui habet triginta legiones. » (Spart. in Hadrian. chap. xv.; Suet., Hist. rom., vol. 2, pag. 201.) Sub Augusto et Tiberio vigintiquinque legiones fuerunt, ex Dione et Tacito : quin posteà tamen auxerint, vix dubito, et sub Trajano atque Hadriano certum fuisse triginta, aut et supra. (Lips. de Magnit. rom., liv. 1, ch. 4. Antuerpix, 1637, fol., tom. 3, pag. 379.) ↩

magnitudine nostra proteguntur adversum externa imperia. Et Thraciam Rhometalces ac liberi Cotyis; ripamque Danubii legionum in Pannoniâ , ducere in Mosâ attinebant : totidem apud Dalmatiam locatis, quæ positu regionis à tergo illis , ac, si repentinum auxilium Italia posceret, haud procul accirentur. (Tac. Ann. liv. Iv, chap. 5. Suet., Hist. rom., vol. 3, pag. 185.)

Alebantur eo tempore legiones civium Romanorum XXIII, aut, quem alii numerum ponunt, XXV. (Dion. proprement dits, et cinq mille six cent soixante-neuf alliés ou étrangers formoient le complet de la légion : sous la tyrannie, ce n'étoit plus Rome, c'étoient les provinces qui fournissoient les Romains. Les Celtibériens furent les premières troupes salariées introduites dans les légions1. Rome avoit combattu elle-même pour sa liberté; elle confia à des mercenaires le soin de défendre son esclavage.

1 Id modo ejus anni in Hispanià ad memoriam insigne est, quod mercenarium militem in castris neminem ante, quam tum Celtiberos, Romani habuerunt. Tit. Liv. liv. XXIV, chap. 49. (Lugduni Batavorum et Amstelodami , 1740, 4°., tom. 3, pag. 934.) ↩

Seize légions bordoient le Rhin et le Danube2; deux étoient cantonnées dans la Dacie, trois dans la Mosie, quatre dans la Pannonie, une dans la Norique, une dans la Rhétie, trois dans la Haute et deux dans la Basse-Germanie, la Bretagne étoit occupée par trois légions ; huit légions, dont six séjournoient en Syrie et deux

2 Il y avait 28 légions sous Auguste, dont on peut voir la distribution dans le passage de Tacite. Ensuite on en changea le nombre et la destination. Sed hæc ità sub Augusto : ut tamen tetigi creverunt, et primum Claudius imperator, Britannia domitâ, legiones in ea tres locavit, manseruntque. L'um Vespasianus dues etiam in Cappadocia : et Trajanus deindè in Dacia duas. (Juste Lips. de magn. rom., liv. 1, chap. 4. Antucrpiæ, 1637, fol., tom. 3, pag. 379.) Sous le règne d'Alexandre Sévère, il n'en restait que 19 des 28 d'Auguste, les autres ayant été ou dissoutes ou réunies, ainsi que Dion le dit. Mais d'autres y furent ajoutées par les successeurs d'Auguste. Alebantur eo tempore (Augusti ævo) legiones civium giones Augusti supersunt, reliquis aut omnino dispersatis, (Dion., lib. Lv, chap. 23 et 54. - Hamburgi, 1752, fol., pag. 794 et suiv. ) ↩

romanorum xxu, aut, quem alii numerum ponunt, quinque et viginti ; nostro tempore solæ novemdecim ex iis restant : nempè secunda legio Augusta, cujus in Superiori Britannia sunt hyberna : tres Tertiæ, una in Phæniciâ, Gallica nomine; altéra in Arabia, Cyrenaica dicta legio; tertia Augusta in Numidiâ : Quarta, Scythica, in Syriâ : quinta, Macedonica, in Daciâ : sexte dux, una in Inferiori Britanniâ, Victrix : altéra in Judæa, Ferrata : septima in Mysia superiore, Claudiana præcipue nuncupata : octava, Augusta, in Germaniâ superiore : decima utraque gemina, cum qua in Pannoniâ superiore, tum quæ in Judæà posita est : undecima in Mysiâ inferiore, Claudiana cognomento : (hæ duæ legiones à Claudio sunt nominatæ, quod adversus eum in seditione Camilli non rebellassent) : Duodecima in Cappadocia, Fulminifera : Decimatertia gemina in Dacia : Decimaquarta gemina in Pannoniá superiore : Decimaquinta Apollinaris, in Cappadocia : Vicesima Valeria et Victrix, in Britannia superiore versantes : quam Vicesimam , ut mihi videtur, eamdem cum eû legione , cui pariter nomen est Vicesimæ, et cui hyberna in superiore sunt Germaniâ (quamvis non ab omnibus Valeria dicatur, neque hodie id nomen retineat), Augustus acceptam servavit. Hæ itaque le-en Cappadoce, suffisoient à la tranquillité de l'Orient. L'Egypte, l'Afrique et l'Espagne se maintenoient en paix chacune sous la police d'une légion. Seize mille hommes de cohortes de la ville et des gardes prétoriennes ' protégeoient en Italie le double monument de la liberté et

aut ab ipso Augusto, et aliis imperatoribus, inter cæteras legiones admixtis, unde Geminarum appellatio tracta putatur. - Ac quoniam quidem semel de legionibus dicere copi, lubet reliquas etiam superstites, ab aliis imperatoribus deinceps lectas, hoc loco referre, ut qui de his cognoscere cupit, uno omnia loco faciliùs percipiat. Nero legionem Primam, Italicam nuncupatam, instituit in inferiori Mysiâ hyemantem : Galba Primam adjutricem, in inferiori Pannoniâ, Septimam in Hispaniâ : Vespasianus Secundam Adjutricem, in Pannoniâ inferiori, quartam in Syriâ Harsam : Domitianus Primam Minensiam , in Germania inferiori : Trajanus Secundam Ægyptiam , et Trigesimam Germanicam, quibus à suo nomine nomen imposuit. Marcus Antoninus Secundam in Norico, Tertiam in Rhætia : quæ etiam Italicæ vocantur Severus Parthicas Primam et Tertiam in Mesopotamia, secundamque Mediam in Italia. Nostro itaque tempore tot sunt legiones civium præter urbanos et prætorianos : sub Augusto autem seu xxII, seu xxv ictæ alebantur, ac multa etiam aliæ auxiliaria, equitum peditumque et classariorum, quanon certus numerus mihi non constat. de la servitude, le Capitole et le palais des Césars.

Trois flottes, la première à Ravennes, la seconde à Misène, la troisième à Fréjus, veilloient à la sûreté de la Méditerranée orientale et occidentale '; une quatrième commandoit l'Océan entre la Bretagne et les Gaules; une cinquième couvroit le Pont-Euxin, et des barques, montées par des soldats, stationnaient sur le Rhin

Vedeunuevol

Decies item mille prætoriani milites in decem divisi cohortes : ultro præsidiani, ad sex millia, in quatuor cohortes distributi. (Dion., liv. Lv, chap. 24; Hamburgi, 1752, fol., pag. 797.)

Totidem (legionibus), apud Dalmatiam locatis, quæ positu regionis à tergo illis, ac si repentinum auxilium Italia posceret , haud procul accirentur : quamquam incideret urbem proprius miles, très urbanæ, novem prætoria cohortes, Etruriâ ferme Umbriâque delecta:, aut vetere Latio, et coloniis antiquitùs romanis. (Tac. Ann. lib. Iv, chap. 5; Suet., Hist., rom., vol. 3, pag. 185.)

Elles furent augmentées sous Vitellius.

Insuper confusus, pravitate vel ambitu, ordo militiæ. Sedecim prætoriæ, quatuor urbanæ cohortes scribebantur, queis singula millia inessent. (T'ac. Hist., liv. 1, chap. 93.; Suet., Hist. rom., vol. 3, pag. 311.)

1 Ex militaribus copiis legiones et auxilia provinciatim distribuit : classem Miseni, et alteram Ravennæ, ad tuteet le Danube ' : telle étoit la force régulière de l'empire. Cette force, accrue graduellement, ne s'élevoit pas toutefois au delà de quatre cent cinquante mille hommes, au moment où des myriades de Barbares se préparaient à l'attaquer. Il est vrai que tout Romain étoit réputé soldat, et que, dans certaines occasions, on avoit

lam superi et inferi maris, collocavit. (Suet. Aug., chap. 49; Suet., Hist. rom., vol. 3, pag. 30.}

Italiam utroque mari duæ classes, Misenum apud et Ravennam, proximumque Galliæ littus rostratæ naves præsidebant, quas actiaca victoria captas Augustus in opidum Forojuliense miserat, valido cum regimine. (Tac. Ann. lib. Iv, chap. 5; Suet., Hist. rom., vol. 3, pag. 185.)

Apud Misenum ergo et Ravennam singulæ legiones cum classibus stabant, ne longiùs à tutelâ urbis abscederent : et cum ratio postulasset, sine mora, sine circuitu ad omnes mundi partes navigio pervenirent. (Eget., lib. Iv, chap. 31. Vesaliæ Clivorum, 1670, 8, pag. 133.)

1 Igitur digressus castellis Vannius, funditur prælio ; quamquam rebus adversis, landatus quod et pugnam manu capescit, et corpore adverso vulnera excepit. Ceterum ad classera in Danubio opperientem perfugit. • (Tac. Ann. liv. xii, chap. 30 ; Suet., Hist. rom., vol. 3, pag. 224.)

Nam per Rheni quidem ripam quinquaginta amplius castella direxit, Bonnam et Geconiam cum pontibus junxit, classibusque firmavit. (Hor. liv. Iv, chap. 12; Suet., Hist. rom., vol. 2, pag. 51.) recours aux levées extraordinaires, connues sous le nom de conjuration ou d'évocation, et exécutées par les conquisitores1. On arboroit dans ce cas du tumulte deux pavillons au Capitole : un rouge pour rassembler les fantassins, l'autre bleu pour réunir les cavaliers.

1 Qui rempublicam salvam esse vult, me sequatur, disait le consul. Tumultus quasi timor multus, vel à tumeo. (Cic. Phil.) ↩

Une ligne de postes fortifiés, surtout au bord du Rhin et du Danube; dans certains endroits des murailles; des manufactures d'armes placées à distance convenable, complétoient le système défensif des Romains. Ce système changea peu depuis le règne d'Auguste jusqu'à celui de Dèce. On ajouta seulement à la défense ce que l'expérience avait fait juger utile.

Sous Auguste s'alluma cette guerre de la Germanie, où Varus perdit ses légions.

Lorsque Auguste entroit dans son douzième consulat, et que Caïus César étoit déclaré prince de la jeunesse, que se passoit-il dans un petit coin de la Judée?

« Vers ce même temps, ou publia un édit de » César Auguste pour faire le dénombrement » des habitans de toute la terre.

» Joseph partit aussi de la ville de Nazareth, qui est en Galilée, et vint en Judée à la ville de David, appelée Bethléem, parce qu'il était de la maison et de la famille de David ;

» Pour se faire enregistrer avec Marie, son » épouse, qui étoit grosse.

» Pendant qu'ils étoient en ce lieu, il arriva que le temps auquel elle devoit accoucher s'accomplit.

» Et elle enfanta son fils premier ne; et, l'ayant emmaillote, elle le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avoit point de place pour eux dans l'hôtellerie.

» Or, il y avoit, aux environs, des bergers qui passoient la nuit dans les champs, veillant tour à tour à la garde de leur troupeau.

» Et tout d'un coup un ange du Seigneur se présenta à eux, et une lumière divine les environna, ce qui les remplit d'une extrême crainte.

» Alors l'ange leur dit : Ne craignez point, car je vous viens apporter une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie.

» C'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, » il vous est né un sauveur, qui est le CHRIST. »

Ces merveilles furent inconnues à la cour d'Auguste, où Virgile chantoit un autre enfant : les fictions de sa muse n'égaloient pas la pompe des réalités dont quelques bergers étoient témoins. Un enfant de condition servile, de race méprisée, né dans une étable à Bethléem, voilà un singulier maître du monde, et dont Rome eût été bien étonnée d'apprendre le nom! Et c'est néanmoins à partir de la nais-An. de J.-C. rer. sance de cet enfant qu'il faut changer la chronologie et dater la première année de l'ère moderne1.

1 La vraie chronologie doit placer la naissance de J.-C. au 25 décembre de l'an de Rome 751, la vingt-septième année du règne d'Auguste ; mais l'ère commune la compte, comme je l'ai remarqué, de l'an 754 de la fondation de Rome. ↩

Tibère, successeur d'Auguste, ne se donna pas comme lui la peine de séduire les Romains; il les opprima franchement, et les contraignit à le rassasier de servitude. En lui commença cette suite de monstres nés de la corruption romaine.

Le premier dans l'ordre des temps, il fut aussi le plus habile; tout dégénère, même la tyrannie: des tyrans actifs on arrive aux tyrans fainéants.

Tibère étendit le crime de lèse-majesté qu'avoit inventé Auguste. Ce crime devint une loi de finances, d'où naquit la race des délateurs; nouvelle espèce de magistrature que Domitien déclara sacrée sous la justice des bourreaux1.

1 Legem majestatis reduxerat : cui nomen apud veteris idem, sed alia in judicium veniebant. Si quis proditione exercitum aut plebem seditionibus denique, male gestâ republica, majestatem populi romani minuisset. Facta arguebantur, dicta impunè erant. Primus Augustus cognitionem de famosis libellis specie legis ejus tractavit , commotus Cassii Severi libidine, quâ viros feminasque illustres, procacibus scriptis diffamaverat. Mox Tiberius, consultante Pompeio Macro prætore : an judicia majestatis redderentur? Exercendas leges esse, respondit. (Tac. Ann. lib. 1, chap. 72, pag. 128 et 129. Edit. 1715 à Christ. Hauffio. Leipsick. - Cod. lib. Ix, tit. vu. Ad legem Juliam majestatis. - Digest. eodem. ) ↩

Tibère sacrifia les droits du peuple aux sénateurs et les personnes des sénateurs au peuple, parce que le peuple, pauvre et ignorant, n'avoit de force que dans ses droits, et que les sénateurs, riches et instruits, ne tiroient leur puissance que de leur valeur personnelle.

Tibère mêloit à ses autres défauts celui des petites âmes, la haine pour les services qu'on lui avoit rendus et la jalousie du mérite : le talent inquiète la tyrannie; foible, elle le redoute comme une puissance; forte, elle le hait comme une liberté.

Les mœurs de Tibère étoient dignes du reste de sa vie; mais on se taisoit sur ses mœurs, car il appeloit ses crimes au secours de ses vices : la terreur lui faisoit raison du mépris.

La guerre des Germains continua sous ce prince; elle servit aux victoires de Germanicus , et celles-ci préparèrent le poison qui les de voit expier. Les triomphes de Germanicus lui ôtèrent la vie : il mourut de sa gloire, si j'ose parler ainsi.

L'année où sa veuve , la première Agrippine, après de longues souffrances, alla le rejoindre dans la tombe, le Fils de l'Homme achevoit sa mission: il rapportoit aux peuples la religion, la morale et la liberté au moment où elles expiroient sur la terre.

« Cependant la mère de Jésus, et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine se tenoient auprès de sa croix.

» Jésus ayant donc vu sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimoit, dit à sa mère : Femme, voilà votre fils.

» Puis il dit au disciple : Voilà votre mère. Et depuis cette heure là, ce disciple la prit chez lui.

» A près Jésus sachant que toutes choses étoient accomplies; afin qu'une parole de l'Ecriture s'accomplît encore, il dit: j'ai soif.

» Et comme il avoit là un vase plein de vinaigre, les soldats en emplirent une éponge, et l'environnant d'hyssope, la lui présentèrent à la bouche.

» Jésus ayant donc pris le vinaigre, dit : Tout est accompli. Et laissant la tête, il rendit l'esprit. »

A cette narration, on ne sent plus le langage TIBERE et les idées des historiens des grecs et romains; on entre dans des régions inconnues. Deux mondes étrangement divers, se présentent ici à la fois : Jésus-Christ sur la croix, Tibère Caprée.

La publication de l'Évangile commença le jour de la Pentecôte de cette même année. L'église de Jérusalem prit naissance : les sept diacres Etienne, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parmenas, et Nicolas furent élus1. Le premier martyre eut lieu dans la personne de saint Etienne2; la première hérésie se déclara par Simon le magicien3, et fut suivie de celle d'Apollonius de Thyane. Saül, de persécuteur qu'il étoit, devint l'apôtre des gentils sous le grand nom de Paul. Pilate envoya à Rome les actes du procès du fils de Marie; Tibère proposa au sénat de mettre J.-C. au nombre des dieux1. Et l'histoire romaine a ignoré ces faits.

1 Et elegerunt Stephanum, virum plénum fide et spiritu sancto, et Philippum et Prochorum, et Nicanorem et Timonem et Parmenam et Nicolaum advenam Antiochenum. (Act. Apost. V. S. P. 289. Lyon, 1684.) ↩

2 Et lapidabant Stephanum invocantem et dicentem : « Domine Jesu, suscipe spiritum meum. » ↩

3 Simon nimirùm quidam Samaritanus, in vico cui Gitthon nomen est, natus sub Claudio Cæsare... propter magicas quas exhibuit virtutes deus habitus, et statua apud vos veluti deus honoratur : quæ statua in amne Tiberi, inter duos pontes est erecta, latinam hanc habens inscriptionem : Simoni deo sancto : ac Samaritani prope omnes, ex aliis nationibus etiam perpauci, illum quasi primum deum esse confitentes, adorent quoque. (Juff. Mart. Apol. , t 2, p. 69.) ↩

1 Pilato de christianorum dogmate ad Tiberium referente, Tiberius retulit ad senatum, ut inter cætera sacra reciperetur. Verum, cum ex consultu patrum christianos eliminari urbe placuisset, Tiberius post edictum, accusatoribus christianorum comminatus est mortem , scribit Tertullianus in Apologetico. (Euseb., Cæs., Chron. An dom. 38. - Bale.) ↩

Après Tibère, un fou et un imbécile, Caligula et Claude, furent suscités pour gouverner l'empire lequel alloit alors tout seul et de lui-même, comme leur prédécesseur l'avoit monté, avec la servitude et la tyrannie.

Il faut rendre justice à Claude; il ne vouloit pas la puissance : caché derrière une porte pendant le tumulte qui suivit l'assassinat de Caïus, un soldat le découvrit, et le salua empereur1. Claude, consterné, ne demandoit que la vie; on y ajoutoit l'empire, et il pleuroit du présent.

1 Neque multo post, rumore cædis exterritus, processit ad solarium proximum, interque prætenta foribus vela se abdidit : latentem discurrens forte gregarius miles, animadversis pedibus, è studio sciscitandi quisnam esset , agnovit, extractumque, et præ metu ad genua sibi acci - dentem, imperatorem salutavit. (Vita Claudii, cap. 11, p. 202; édit. de 1761, par Ophelot de la Pause. Paris. ) ↩

Sous Claude commença la conquête de la Grande-Bretagne : né à Lyon, l'empereur introduisit les Gaulois dans le sénat.

Les juifs persécutés à Alexandrie députèrent Philon à Caligula. Hérode Antipas2 et Pilate furent relégués dans les Gaules. Corneille est le premier soldat romain qui reçut la foi.

2 Anno Domini 38 - régnante Caligula , - Herodes Lugdunum Galliæ mittitur in exilium. ( Joseph. 18-14.) Intereà Tiberius duobus et viginti circiter annis sui principatûs exactis, vivendi finem fecit : postquàm Caius imperium suscepit : et continua Judæorum principatum tradidit. Agrippæ simul et Philippi ac Lysianæ tetrachias, cum quibus et paulò post Herodis eidem pariter contulit. Ipsum verò Herodem qui vel in Johannis nece autor extiterat, vel in passione Domini interfuerat : multis excruciatum modis, æterno damnât exilio . sicut Josephus in his quæ suprà inseruimus scribit. ( Eusebii Cæs. Historiæ, lib. II, pag. 482 ; édit. 1559, Basilex, per Henricum Pétri in-4°.) Voici le passage qu'Eusèbe, d'après Nicéphore et Joseph (antiq. jud.) rapporte dans l'endroit indiqué : In tantas et tam graves calamitates ut fertur, incurrit, ut necessitate adductus, sibi propria manu mortem conscisceret, suorumque ipse scelerum vindex existeret. ( Euseb. Hist. Ecclesiast., lib. u, cap. 7.) ↩

Le nombre des disciples de l'Evangile s'accroît, les sept églises de l'Asie-Mineure se fondent. C'est dans Antioche que les disciples de l'Évangile reçoivent pour la première fois le nom de chrétiens1. Pierre, emprisonné à Jérusalem par Hérode Agrippa, est délivré miraculeusement. Ce prince d'une espèce nouvelle, dont les successeurs étoient appelés à monter sur le trône des Gesars, entra dans Rome, ½ le bâton pastoral à la main, la seconde année du règne de Claude. Avant de se disperser pour annoncer le Messie, les apôtres conposèrent à Jérusalem le symbole de la foi. Cette charte des chrétiens qui devoit devenir la loi du monde, ne fut point écrite : J.-C. n'écrivit rien ; sept de ses apôtres n'ont laissé que leurs œuvres; il y en a d'autres, dont on ne sait pas même le nom. Et la doctrine de ces inconnus a parcouru la terre. Jean enseigna dans l'Asie-Mineure, et retira chez lui Marie que le Sauveur lui avoit léguée du haut de la croix; Philippe alla dans la haute Asie, André chez les Scythes, Thomas chez les Parthes, et jusqu'aux Indes où Barthélemi porta l'Evangile de saint Matthieu, écrit le premier de tous les Évangiles. Simon prêcha en Perse , Matthias en Éthiopie, Paul dans la Grèce; Marc, disciple de Pierre, rédigea son Evangile à Rome, et Pierre envoya des missionnaires en Sicile, en Italie, dans les Gaules, et sur les côtes de l'Afrique. Saint Paul arrivoit à Ephèse lorsque Claude mourut, et il catéchisa lui-même dans la Provence et dans les Espagnes.

1 Et annum totum conversati sunt ibi in ecclesia : et docuerunt turbam multam, ita ut cognominarentur primum Antiochiæ discipuli christiani. (Act. Apostolor., cap. 11, vers. 26, pag. 295. Lugduni, 1684.) ↩

2 Continua namque in ipsis Claudii temporibus, clementia divina Providentia probatissimum omnium apostolorum et maximum fidei, magnificentiæ et virtutis merito primorum principem Petrum, ad urbem Romam, velut adversum humani generis communem perniciem repugnaturum deducit, ducem quemdam et magistrum militiæ suæ, scientem divina prælia gerere, et virtutum castraductare, iste adveniens ex orientis partibus, ut cælestis quidam negotiator, mercimonia divini luminis, si quis sit comparare paratus, advexit, et salutaris prædicationis verbo primus in urbe Româ evangelii sui clavibus januam regni colestis aperuit. (Euseb. Cæs. Eccles-Hist., lib. I, pag. 487 ; edit. Basilex per Henric. Petri, 1559, in-4°.) Petrus Apostolus, natione Galilæus, christianorum pontifex, cum primum antiochenam ecclesiam fondasset Romam proficiscitur, ubi evangelium prædicans viginti quinque annis ejus urbis episcopus persévérât. ( Eusebii Cæsaris Chronicon., D. Hieronymo interprète. Anno Dom. 44, pag. 77 ; edit. Basilea, per Henricum Pétri,

Nous apprenons par les épîtres de cet apôtre que les premiers chrétiens et les premières chrétiennes à Rome furent Epenitas, Marie, Andronic, Junia, Ampliat, Urbain, Stachys, Appellès. Paul salua encore les fidèles de la maison d'Aristobule et ceux de la maison de Narcisse3, le fameux favori de Claude. Ces noms sont bien obscurs et ne se trouvèrent point dans les documens fournis à Tacite; mais il est assez merveilleux, sans doute, de voir du point où nous sommes parvenus, le monde chrétien commencer inconnu dans la maison d'un affranchi que l'histoire a cru devoir inscrire dans ses fastes.

3 Salutate cos qui sunt ex Narcissi domo, qui sunt in Domino. (Ep. 16, B. Pauli ad Romanos, vers. 11.) ↩

NERON, De même que tous les conquérants sont devenus des Alexandre, tous les tyrans ont hérité du

nom de Néron. On ne sait trop pourquoi ce prince a joui de cet insigne honneur, car il ne fut ni plus cruel que Tibère, ni plus insensé que Caligula, ni plus débauché qu'Élagabale : c'est peut-être parce qu'il tua sa mère et qu'il fut le premier persécuteur des chrétiens. Peut-être en• core son enthousiasme pour les arts, donna-t-il à sa tyrannie un caractère ridicule qui a servi à la faire remarquer. Le beau ciel de Baïa et des fêtes étaient les tableaux où Néron aimait à placer ses crimes.