Étude quatrième
Première partie. d'Arcade et Honorius a Théodose Ier, et Valentinien III. THÉODOSE ne survécut que trois mois sa ARCADE, HORO victoire sur Eugène : il mourut à Milan; son SIRICIUS
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Anastase I
corps fut transporté à Constantinople. Il lais- INNOCENT I sa deux fils , Arcade et Honorius. Arcade De 3g à 4c avoit été déclaré auguste par son père, la cinquième année du règne de ce dernier. Honorius fut revêtu de la même dignité après la mort de Valentinien II, et lorsque Théodose se préparoit à marcher contre Eugène. Arcade hérita de l'empire d'Orient, Honorius de celui d'Occident; Arcade s'ensevelit dans le palais de Constantinople, Honorius dans les murs de Ravennes. Arcade étoit petit, mal fait, laid, noir et bête; il avoit les yeux à demi endormis, comme un serpent1; Honorius étoit fainéant et léger2. Rufin se chargea de tromper et d'avilir les deux empereurs; Stilicon de les trahir et de les défendre. Arcade subissoit le joug des eunuques et de sa femme; Honorius élevoit une poule appelée Rome, et Alaric prenoit la cité de Romulus.
1 Philost. , Hist. ecel., lib. xI, cap. 3 ; Procop. , de Bel. Persic. lib. 1, cap. 2. ↩
2 Procop., de Bel. Vandal., lib. 1, cap. 2 ; Phot. , cap. 80. ↩
Rufin fut le ministre d'Arcade, comme Stilicon le ministre d'Honorius. Originaire d'Eause, dans les Gaules, Rufin avoit obtenu sous Théodose, qui le favorisa trop, les charges de grand-maître du palais, de consul et de préfet du prétoire. Il est accusé d'ambition, de perfidie, de cruauté et surtout d'avarice par Claudien, Suidas, Zosime, Orose, saint Jérôme et Simmaque1, lequel louant tout le monde ne louait personne, ainsi qu'on l'a remarqué.
1 In Ruf. Suid., p. 690 ; Zosim., lib. v ; Oros., p. 221; Hier., epist. 3 ; Symm., lib. vI, epist. 15. ↩
Déclaré préfet d'Orient, aspirant secrètement à l'empire, Rufin avoit une fille qu'il prétendoit donner en mariage à Arcade. Eutrope l'eunuque, déjoua ce projet, et Arcade mit dans le lit impérial Eudoxie, fameuse par ses démêlés avec saint Jean Chrysostome; elle étoit fille de Bauton, vaillant chef frank devenu comte et général romain.
Stilicon gouvernoit l'Occident sous Honorius; c'étoit un grand capitaine de race vandale2. Il avoit épousé Serène, nièce de Théodose. Cette alliance enfloit le cœur du demi-barbare3.; il prétendoit que son oncle Théodose lui avoit laissé la tutelle de ses deux fils, et ne supportoit qu'avec impatience l'autorité dont Rufin jouissoit en Orient.
2 Oros. , lib. VII, cap. 38. ↩
3 Hier. , ep. 21. ↩
Celui-ci trompé dans ses projets par le mariage d'Eudoxie, craignant les entreprises de Stilicon qui levoit des soldats, déchaîna les Barbares sur l'empire; il invita les Huns à se précipiter sur l'Asie, et il livra l'Europe aux Goths1. Ces derniers étoient commandés par Alaric.
1 Hier., ep. 3, 30. 20, p. 783. ↩
Alaric étoit né dans l'île de Peucé, à l'embouchure du Danube, au sein même de la Barbarie. Claudien appelle poétiquement le Danube le dieu paternel d'Alaric. Cet homme, un des cinq ou six hommes millénaires ou fastiques, n'étoit pas de la famille des Amales, la première de la nation des Goths, mais de la seconde, la famille des Balthes. Son courage lui avoit fait donner parmi ses compatriotes le surnom de Balt, qui signifie le hardi ou le vaillant.
Tout jeune encore, Alaric avoit passé le Danube en 376 avec les Visigoths, lorsqu'ils fuyoient devant les Huns. Il s'étoit trouvé aux combats qui précédèrent et amenèrent la défaite et la mort de Valens2. Il fit sa paix avec Théodose, et le suivit en qualité d'allié dans l'expédition contre Eugène.
2 Claud., de Sext. Hon. consul., pag. 117; id., de Bell. Get., p. 170; Symm., lib. II ; Jornand., cap. 14, 29. ↩
Rufin alla déterrer, pour venger sa querelle domestique, l'homme que Dieu avoit destiné pour venger la querelle du monde. Afin que le Goth ne rencontrât aucun obstacle, le favori d'Arcade plaça deux traîtres , Antioque et Géronce, l'un à la garde des Thermopyles, l'autre è celle de l'isthme de Corinthe1 : ces deux portiers de la Grèce la devoient ouvrir aux Barbares.
1 Zos , p. 782. ↩
Alaric, feignant donc quelque mécontentement de la cour d'Arcade, marauda tout le pays, entre la mer Adriatique et le Pont-Euxin. Les Goths promenoient avec eux quelques troupes de Huns qui, l'hiver d'antan, avoient passé le Danube sur la glace. Les Barbares butinèrent jusque sous les murs de Constantinople d'où Rufin sortit en habit goth pour parlementer avec eux2.
2 Claud., in Ruf., p. 22. ↩
Stilicon, sous prétexte de secourir l'Orient , se mit en marche avec l'armée que Théodose avoit employée contre Eugène.
Alors arrive un ordre d'Arcade , qui redemande à Stilicon l'armée de Théodose, et lui défend de passer outre de sa personne : Stilicon obéit ; il remet le commandement de l'armée à Gaïnas, capitaine goth qui servoit sous lui, et le charge secrètement de tuer Rufin ; entreprise dans laquelle il ne manqua pas d'être assisté par l'eunuque Eutrope3.
3 Zos., p. 785; Philost., lib. II, cap. 3. ↩
Rufin se flattoit d'être proclamé empereur par les soldats qui lui apportoient une autre pourpre; il alla avec Arcade au-devant d'eux : Gainas le fit envelopper, et tout aussitôt massacrer aux pieds d'Arcade. Sa tête, détachée de son corps, fut portée à Constantinople au bout d'une pique et promenée par les rues ; sa main. droite coupée accompagnoit sa tête; on présentoit cette main de porte en porte1. Un caillou introduit dans la bouche du Mort la tenoit ouverte, et les lèvres entre-bâillées étaient censées demander l'aumône que la main2 attendoit ; satire populaire d'une effrayante énergie contre l'exaction et le pouvoir. On ne gagna rien au changement du ministre : Eutrope prit la place de Rufin.
1 Datâ à Gaine tesserà simul univers Rufinum circumdatum gladis feriunt. Et hic quidem ei dexteram adimebat, ille manum alteram procidebat. Alius à cervice revulso capite recedebat consuetos victoria Poanas accinens.... et manum ejus ubique per urbem circum gestarent et ab occurrentibus peterent insatiabili pecuniam darent. (Zos., Hist., lib. v, p. 89.) Rufinus quidem etiam imperatorium nomen ad se ipsum trahere omni arte studebat.... Milites, in loco qui Tribunal dicitur, ad ipsos imperatoris pedes gladiis contrucidarunt.... Eo ipso die quo ii qui militum delectum agebant, purpuram ipsi circumdaturi erant. (Philostorg., Hist. eccles., lib. Ix, p. 528.) ↩
2. Porro milites cum Rufino caput amputassent, lapidem ori ejus immiserunt : hastaque infixum circumferentes quaquà versum discurrere cœperunt. Dextram quoque ejusdem præcisam gestantes, per singulas officinas urbis circumtulerunt, hæc addentes : Date stipem insatiabili. Magnamque auri vim hujusmodi postulatione collegerunt. (Id., ibid. ) ↩
Alaric et ses Goths, n'ayant plus rien à piller ni à combattre, passèrent le défilé des Thermopyles, qui n'étoit défendu que par le tombeau de Léonidas. Des pâtres avoient enseigné aux Perses le sentier de la montagne; des Robes noires (ce qui, dans le langage d'Eunape, signifie des moines), le découvrirent aux Goths1. Quel prodigieux changement dans les temps! Quelle révolution parmi les hommes !
1 Eunap., cap. 6, p. 93, in vitâ Philosoph. ↩
Les murailles de Thèbes la protégèrent2 : les souvenirs de cette ville venoient d'OEdipe, passoient par Épaminondas et Alexandre. Alaric épargna Athènes qui n'étoit plus qu'une université, moins fameuse par sa philosophie que par son miel3. Il accepta un repas, et se baigna dans la cité de Périclès et d'Aspasie pour montrer qu'il n'étoit pas étranger à la civilisation1. Mais l'Attique fut livrée aux flammes. On voit encore aujourd'hui cette Athènes qui ressemble , comme elle ressembloit au temps des Goths, à la peau vide et sanglante d'une victime dont la chair avoit été offerte en sacrifice2. On affirmoit que Minerve avoit remué sa lance; que l'ombre d'Achille avoit effrayé Alaric3. Des esprits débilités par des fables sont bien petits dans les réalités des empires : la Grèce, conservée et comme embaumée dans ses fictions, opposoit puérilement les mensonges du passé aux terribles vérités du présent.
2 Zos., p. 783. ↩
3 Athenæ vero quondam civitas fuit, sapientûm domicilium, nunc cam mellatores celebrant : quibus pars illud sapientûm plutarcheorum adjice, qui non orationum suarum famâ juvenes in theatris congregant, sed mellis ex Hymeto amphoris. (Synes., epist. 135, ad fratrem, p. 274. ) ↩
1 Zos., p. 784. ↩
2 Nihil enim jam Athenæ splendidum habent : præter celeberrima locorum nomina. Ac velut ex hostia consumpta sola pellis superest animalis, quod olim aliquandò fuerat indicium. (Synes. , ad fratrem, ep. 135, p. 272.) ↩
3 Los., p. 784. ↩
Alaric continua sa marche vers le Péloponèse : Cérès périt à Éleusis avec ses mystères; plusieurs philosophes moururent de douleur, ou par l'épée des Barbares, entre autres Protère, Hilaire et Priscus si chéri de Julien4. Corinthe, Argos et Sparte virent leur gloire foulée aux pieds. Alors périt aussi peut-être ce Jupiter olympien qui n'avoit d'immortel que sa statue. Malheureusement il étoit d'or et d'ivoire; s'il eût été de marbre, quelque espoir resteroit de le retrouver sous les buissons de l'Élide, à moins que la pensée broyée de Phidias, ne fût devenue la chaux d'une cahutte ou d'un minaret.
4 Eunap., cap. y1, p. 93-94. ↩
Stilicon débarque avec une armée sur les côtes de la Grèce; il enferme Alaric dans le mont Pholoë, et le laisse ensuite échapper1. Sorti du Péloponèse, Alaric par un soudain changement de fortune , est déclaré maître général de l'Illyrie orientale, au nom de l'empereur Arcade. Ce prince prétendoit qu'Honorius n'avoit pas eu le droit de le secourir, parce que la Grèce étoit du ressort de l'empire d'Orient2 : Arcade ne vouloit rien perdre de la légitimité de sa coardise. Il crut gagner Alaric en l'investissant du commandement d'une province, et ne fit que le rendre plus redoutable. Une éternelle justice punit la lâcheté : Alaric venoit d'égorger les fils; on lui donna la puissance sur les pères : on ne règne point par de pareils moyens.
1 Zos., p. 784. ↩
2 Claud., de Bel. Get. ↩
Les Goths déclarent Alaric roi, sous le nom de roi des Visigoths : ils envahissent l'Italie, la première année même de ce cinquième siècle, fameux par la destruction de l'empire d'Occident et la fondation des royaumes barbares. Stilicon rassemble une armée ; Alaric se retire; Honorius va triompher à Rome. Je ne vous parle de ce ridicule triomphe qu'afin de rappeler le véritable triomphateur ; c'étoit un moine qui portoit un nom voué à l'immortalité: Télémaque, sorti tout exprès de sa solitude de l'Orient, étoit venu à Rome sans autre autorité que celle de son froc, pour accomplir ce que les lois de Constantin n'avoient pu faire. Il se jeté dans l'amphithéâtre au milieu des gladiateurs et s'efforce de les séparer avec ses mains pacifiques. Les spectateurs, enivrés de l'esprit du meurtre, le massacrèrent1 ; vrai martyr de l'humanité, il racheta de son sang le sang répandu au spectacle de la mort. De ce jour, les combats des gladiateurs furent définitivement abolis.
1 Telemachus, monastica vitæ deditus. Hic ab Orientis partibus profectus, ejusque rei causâ Romam ingressus.... Ipse quoque in amphitheatrum venit. Et in arenam descendens, gladiatores qui inter se pugnabant compescere conabatur. Sed cruentæ cædis spectatores eum ægrè ferentes, et dæmonis qui eo sanguine oblectabatur furorem animis suis concipientes, pacis autorem lapidibus obruerunt. (Theod. episcop., Gyri eccles. hist., lib. v, cap. XXVI, p 234. Parisiis, 1673.) ↩
Stilicon, dont honorius épousa successivement les deux filles, avoit traité avec les Franks aux bords du Rhin. Marcomir et Sunnon, frères , régnoient sur ces peuples. L'un fut banni en Toscane, l'autre tué par ses compatriotes. On veut que Marcomir ait été père de Pharamond1.
1 Adrian., Val. rer. Fr., lib. m. ↩
Saint Ambroise étoit mort dès l'année 397. Stilicon regarda sa mort comme la ruine de l'Italie2.
2 Ambr., vit. P., cap. 45. ↩
Guidon se révolta en Afrique et fut défait par son frère Marcezel. «L'incertitude des choses de ce siècle est si grande, écrivoit alors saint Augustin ; on voit si souvent tomber les princes de la terre, que ceux qui mettent en eux leurs espérances y trouvent leur ruine3. » Marcezel fut jeté dans une rivière près de Milan, par ordre de Stilicon jaloux.
3 Deus noster refugium et virtus; sunt quædam refugia quò quisque cum fugerit magis infirmatur quam confirmetur. Confugis, verbi gratiâ, ad aliquem in seculo magnum.... Tanta hujus seculi incerta sunt et ita potentum ruina quotidiana crebrescunt, ut cùm ad tale refugium perveneris, plus tibi timere incipias. (Aug., Enarrationes in Psalmos 45, v. 2, p. 299, 4.) ↩
Les Scots et les Pictes ravagèrent l'Angleterre. Alaric, sorti d'Italie, y rentra vers la fin de l'an 402. L'histoire confuse de cette époque ne laisse pas voir les causes de ces mouvements divers. Les partis s'accusent mutuellement : tantôt c'est Alaric représenté comme un chef sans foi, se jouant des serments qu'il prête tour à tour aux deux empereurs Arcade et Honorius ; tantôt c'est Stilicon soupçonné de vouloir faire tomber la couronne sur la tête d'Eucher son fils, et suscitant à dessein les Barbares : mais cette fièvre à redoublements n'étoit que l'effet de la décomposition du corps social dans sa maladie de mort. L'Italie fut consternée à la seconde irruption d'Alaric. Rome répara les murailles d'Aurélien ; Honorius, prêt à fuir, trembloit dans les marais de Ravennes. Stilicon attaque les Goths à Pollence sur les confins de la Ligurie, et remporte une victoire chèrement achetée1. Les Goths avoient d'abord refusé le combat à cause de la célébration des fêtes de Pâques (403 ). La femme et les enfans d'Alaric demeurèrent prisonniers entre les mains de Stilicon, et pour les délivrer Alaric consentit à évacuer ses conquêtes. Dieu avoit au milieu de l'empire romain deux armées de Goths investies de ses justices : l'une conduite par un Goth chrétien, Alaric, l'autre par un Goth païen, Radagaise, ou Rhodogaise selon la forme grecque. L'armée de celui-ci étoit composée de toute la race gothe trans-danubienne et transrhénane. Il menoit aux batailles deux cent mille soldats.
1 Claud., de Bell. Get., p. 173 ; Prud., in Sym., lib. u; Orose, lib. vu, cap. 37 ; Jorn., p. 653. Pollence est encore un petit village dans le Piémont, sur le Tanaro. ↩
Radagaise monta à son tour en Italie (405), comme une haute marée remplace celle qui est descendue. Stilicon rassemble des Alains, des Huns et d'autres Goths commandés par Sarus. Les ennemis pénètrent jusqu'à Florence. Saint Ambroise apparoît à un chrétien dont jadis il avoit été l'hôte dans cette ville, et lui promet une délivrance subite. Le lendemain Stilicon par force ou par famine contraint la multitude barbare à fuir ou à se rendre. Radagaise est pris, chargé de chaînes et enfin exécuté : ses compagnons parqués en troupeaux, sont vendus un écu pièce. Ils moururent presque tous à la fois : ce qu'on avoit épargné en les achetant, fut dépensé pour creuser leurs fosses.
Un an après la défaite de Radagaise ( 406) les Alains, les Vandales et les Suèves envahirent les Gaules, toujours, supposoit-on, excités par Stilicon qui renversoit les Barbares par ses batailles et les relevoit par ses intrigues.
Les Bourguignons et les Franks suivirent les Alains, les Vandales et les Suèves dans les Gaules, en 407, et n'en sortirent plus.
Les légions de la Grande-Bretagne élurent cette même année pour empereur Marcus qu'ils massacrèrent, et ensuite un soldat, nommé Constantin. Celui-ci passa dans le continent, battit ce qu'il rencontra, et s'établit à Arles. Il fut reconnu ou toléré par Honorius qui faisoit paisiblement des lois assez bonnes pour des sujets qu'il n'avoit plus. Il proscrivit les Priscillianistes et les Donatistes.
Constant, fils de ce Constantin empereur d'Arles, d'abord moine, ensuite césar et auguste , se rendit maître de l'Espagne. Il en ouvrit la porte aux Barbares, en retirant la garde des Pyrénées aux fidèles et braves paysans chargés de les défendre1.
1 Orose, p. 223. ↩
Honorius épouse en 408 Thermancie, seconde fille de Stilicon. Alaric traite avec Stilicon par députés; il obtient la qualité de général des armées d'Honorius dans l'Illyrie occidentale. Atius, donné en otage à Alaric, passa trois ans auprès de lui.
Alaric, non encore satisfait, s'avança vers l'Italie et demanda quatre mille livres pesant d'or que Stilicon lui fit accorder.
Honorius commençoit à se défier de Stilicon à la fois son oncle et son beau-père, et accusé de songer à la pourpre pour Eucher, son fils, ouvertement attaché au paganisme.
Un camp réuni à Pavie, secrètement travaillé par Olympe, favori d'Honorius, donna le signal de la révolte. Stilicon apprend cette révolte à Bologne, en devine la cause, et se retire à Ravennes. Deux ordres d'Honorius arrivent l'un pour arrêter, l'autre pour tuer le sauveur de l'empire, déclaré ennemi public : il eut la tête tranchée le 23 d'août 408; c'étoit Rome qui portoit sa tête sur l'échafaud. Héraclien exécuta Stilicon de sa propre main, et fut fait comte d'Afrique: par une vertu d'extraction, le sang d'un grand homme anoblissoit son bourreau. Eucher qui vouloit les temples, et qui chercha à Rome un abri dans une église, fut tué ; Thermancie, femme d'Honorius, eut le même sort. Olympe hérita de la faveur dont avoit joui Stilicon.
Durant ces troubles de l'Occident, l'Orient avoit été gouverné par Arcade successivement gouverné lui-même par Rufin et par Eutrope; l'un, mauvais favori qui se croyait haï à cause de sa fortune et ne l'étoit que pour sa personne ; l'autre hideux eunuque devenu consul, d'esclave d'un palfrenier qu'il avoit été, avide publicain qui prenoit tout, même des femmes, qui vendoit tout par habitude, se souvenant d'avoir été vendu1. Vous avez vu la mort de Rufin.
1 Claud., in Eutrop. eun., lib. 1, p. 94 et seq. ↩
Eutrope, pour défendre sa bassesse, inventa des lois qui restent dans le code comme un monument de la honte humaine2 : ces lois appliquent le crime de lèse - majesté à ceux qui conspirent contre les personnes dévouées à l'empereur ; elles punissent la pensée, et s'appesantissent jusque sur les enfants des coupables de lèse-favoris. Ces lois, qui ne mirent pas même leur auteur à l'abri, firent trembler des esclaves et n'arrêtèrent pas des Goths. Tribigilde, chef d'une colonie d'Ostrogoths établie par Théodose dans la Phrygie, se révolta à l'instigation de Gaïnas, cet autre Goth meurtrier de Rufin. Tribigilde, opprimé tant qu'il fut ami, fut respecté quand il devint ennemi; on reconnut qu'il avoit été fidèle lorsqu'il cessa de l'être. L'eunuque régnant accusé de ces désordres les paya de sa chute. Il avoit osé insulter l'impératrice Eudoxie. Saint Chrysostome, qui devoit le siége épiscopal de Constantinople à Eutrope, eut le courage de défendre son bienfaiteur; sil ne le put sauver du glaive de la loi, il l'arracha du moins aux fureurs populaires ; il le peignit trop vil pour être égorgé, et réclama en sa faveur l'inviolabilité du mépris. Eutrope tout tremblant, la tête couverte de poussière, s'étoit réfugié dans l'église à laquelle il avoit retiré le droit d'asile. « Elle lui ouvrit son sein, dit Chrysostome, elle l'admit au pied de l'autel; elle le cacha des mêmes voiles qui couvroient le lieu sacré; elle ne permit pas qu'on l'arrachât du sanctuaire dont il embrassoit les colonnes1. »
2 Cod. Th., loi du 4 septembre 397. ↩
1 Homelia 4, p. 60. ↩
Eutrope fut banni dans l'île de Chypre, ramené à Pantique et décapité. Cet homme qui avoit possédé plus de terre qu'on n'en pouvoit mesurer, obtint à peine le peu qu'il en falloit pour couvrir son cadavre2.
2 Ac tantùm telluris possedit quantum nec facile nominare qui nunc exiguà conditur humo, et quantulèm ei non nemo miseratione motus imperties. (Chrys., tom. IV, p. 484, a, d.) ↩
Saint Chrysostome sauva la vie à Aurélien et à Saturnin que Gaïnas accusoit d'être les auteurs des troubles de l'Orient. Gaïnas, trompé dans ses projets de vengeance, conspira ouvertement. Les Goths qu'il commandoit et à l'aide desquels il vouloit surprendre Constantinople furent massacrés, et lui-même, après avoir été défait par Fravitas, trouva la mort chez les Huns, de l'autre côté du Danube, dans l'ancienne patrie des Goths.
Eudoxie proclamée Augusta ordonna d'honorer ses images. Une statue d'argent élevée à cette femme ambitieuse, assez près de l'église de Sainte-Sophie, excita le zèle de saint Chrysostome et devint la principale cause de l'exil de ce grand prélat. Il sortit de Constantinople le 20 de juin 404. Eudoxie succomba le sixième d'octobre: une fausse couche termina sa vie, son règne, sa fierté, son animosité et tous ses crimes1.
1 Tillemont, Hist. des Emp., t. 5, p. 472. ↩
HONORIUS, Arcade mourut le 1°. mai de l'année 408,
Théodose II
emp. quelques mois avant la fin tragique de Stilicon; INOCENT ler., LOZIME, il laissa un fils unique, Théodose II. Anthemius,
Boniface Ier
CÉLESTIN ler., préfet d'Orient, fut son tuteur. Les Huns et les papes.
De 409 à 423. Squières envahirent la Thrace.
Pulchérie, sœur aînée de Théodose, devint dès l'âge de quinze ans l'institutrice de son frère. Le palais se changea en monastère : Théodose se levoit de grand matin avec ses sœurs, pour chanter à deux chœurs les louanges de Dieu. Jamais ce prince ne vengea une injure; il laissa rarement exécuter un criminel à mort. Il disoit : il est aisé de faire mourir un homme, mais Dieu seul lui peut rendre la vie. Un jour le peuple demandoit un athlète pour combattre les bêtes féroces ; Théodose qui étoit présent, répondit : « Ne savez-vous pas qu'il n'y a rien de cruel et d'inhumain dans les combats où nous avons accoutumé d'assister1?
1 Populus vociferari cœpit : cum ferâ bestiâ audax quidam bestiarius pugnet ! Quibus ille ita respondit : Nescitis nos cum humanitate et clementià spectaculis interesse solitos ? (Socr., p. 362.) ↩
Ce prince doux avoit inventé une lampe perpétuelle, afin que ses domestiques ne fussent pas obligés de se lever la nuit pour la rallumer2. Instruit3, aimant les arts jusqu'à peindre et à modeler de sa propre main, il écrivoit si bien qu'on lui avoit donné le surnom de calligraphe. Du reste il manquoit de grandeur d'âme, avoit peu de cœur, n'aimoit point la guerre, achetoit la paix des Barbares et particulièrement d'Attila. Il mettoit son seing au bas de tous les papiers qu'on lui présentoit sans les lire, tant il avoit l'aversion des affaires1. Il signa de la sorte l'acte de l'esclavage de l'impératrice2; ce fut Pulchérie qui essaya de le corriger par cette innocente leçon. Saint Augustin remarque que cet empereur auroit été un saint dans la solitude3.
2 Sozo., Prolegom., p. 396. ↩
3 Semper lectitandis libris occupatus. (Constantini Manassis compendium, p 55. ) ↩
1 Si quis ei chartam ofFerret, rubris et in eâ litteris nomen imperatorium subscribebat, non inspectis priùs eis quæ essent in eâ prescriptis. (Id., ibid.) ↩
2 Quamobrem divinis exornata dotibus Pulcheria fratrem ab hoc vitio revocare studens, singulari diligentiâ imperatorem monebat.... Litteras fingit, in quibus perscriptum foret, imperatorem Pulcheriæ sorori conjugem suam veluti mancipium donasse. Hanc chartam fratri offert, rogat hanc scripturam litteris imperatoriis munire ac subsignare velit. Imperator precibus sororis annuit, mox calamum prehendit manu et exaratis purpurei coloris litteris, chartam confirmât. (Id., ibid.) ↩
3 Epist. ↩
Théodose étoit livré aux eunuques qui débauchoient la virilité du prince : Antioque, grand chambellan du palais, conduisoit tout. Théodose se mêla trop des affaires ecclésiastiques : il favorisa l'hérésie d'Eutichès et appuya les violences de Dioscore.
Je dois vous faire remarquer sous Théodose quelques lois caractéristiques du temps : lois contre les hérésiarques de toutes les sortes : Manichéens, Pepuzeniens, Phrygiens, Priscillianistes, Ariens, Macédoniens, Tunoniens, Novatiens, Sabastiens ; lois pour les professeurs des lettres à Constantinople; dix professeurs latins pour les humanités, dix grecs, trois latins pour la rhétorique, cinq grecs appelés sophistes; un pour les secrets de la philosophie; deux pour le droit. C'étoit le sénat qui choisissoit les professeurs publics ; ils subissoient un examen : lois pour défendre d'enseigner (419) aux Barbares la construction des vaisseaux et qui prononcent la peine de mort contre les délinquants : lois qui accordent à chacun le droit de fortifier ses terres et ses propriétés1. Ce droit est tout le moyen âge.
1 Cod. Th. ↩
En 421 Théodose épouse Eudocie, fille d'Héraclide, philosophe d'Athènes ou de Léonce, sophiste; elle s'appeloit Athénaïde avant d'être baptisée. Athènes, qui n'avoit pas fourni un tyran à l'empire romain, lui donnoit pour reine une muse : Eudocie étoit poëte : elle mit en vers cinq livres de Moïse, Josué, les Juges et la touchante églogue de Ruth.
Il ne faut pas confondre Eudocie avec Eudoxie, nom de sa belle-mère et nom aussi de la fille qu'elle eut de Théodose et qui fut mariée à Valentinien III, l'an 437.
Revenons aux affaires de l'Italie.
Honorius s'étant privé du secours de Stilicon auroit pu donner le commandement des troupes romaines à Sarus le Goth, homme de guerre, mais il le rejeta parce que Sarus étoit païen. Alaric proposoit la paix à des conditions acceptables; on les refusa : il vint mettre le siége devant Rome1. Serène, veuve de Stilicon, étoit dans cette ville, le sénat la crut d'intelligence avec Alaric, et la fit étouffer par le conseil de Placidie, sœur d'Honorius.
1 An. 408. ↩
Alaric ferma le Tibre : la famine et la peste désolèrent les assiégés2. Alaric consentit à s'éloigner moyennant une somme immense3. On dépouilla les statues des richesses dont elles étaient ornées, entre autres celles du courage et de la vertu4.
2 Portas undique concluserat, et occupato Tiberi flumine, sub ministrationem commeatus è porta impediebat.... Famem pestis comitabatur. (Zosim., Hist., lib. v, p. 105. Basilid.) ↩
3 Omne aurum quod in urbe foret et argentum. (1d., p. 106.) ↩
4 Non ornamenta dumtaxat sua simulachris ademerunt, verum etiam nonnulla et auro et argento facta Quod sane corrupto quidquid fortitudinis atque virtutis apud Romanos superabat extinctum fuit. (Zosim., Hist., lib. v, p. 107. Basileæ.) ↩
Honorius renfermé dans Ravennes ne ratifioit point le traité conclu. Le sénat lui députa Attale, intendant des largesses, Cécilien et Maximien : ils n'obtinrent rien de l'empereur dominé par Olympe.
Alaric se rapprocha de Rome, et battit Valens qui la venoit secourir.
Olympe disgracié, puis rétabli, puis disgracié encore, eut les oreilles coupées, et on l'assomma. Jove succéda à Olympe; il avoit connu Alaric en Epire; il étoit païen et versé dans les lettres grecques et latines. La nécessité des temps avoit amené une tolérance momentanée; une loi d'Honorius, de 409, accorde la liberté de religion aux païens et aux hérétiques.
Alaric assiége de nouveau la ville éternelle; l'habile et dédaigneux Barbare, voulant trancher les difficultés qu'il avoit avec l'empereur, change le chef de l'empire; il oblige les Romains à recevoir pour auguste Attale, devenu préfet de Rome. Attale plaisoit aux Goths parce qu'il avoit été baptisé par leur évêque.
Attale nomme Alaric général de ses armées.
conflârunt : quorum erat in numero Fortitudinis quoque simulachrum quam Romani Virtutem vocant.
Il va coucher une nuit au palais , et prononce un discours pompeux devant le sénat.
Il marche ensuite contre Honorius, son digne rival. Honorius envoie des députés à Attale, et lui offre la moitié de l'empire d'Occident. Attale propose la vie à Honorius et une île pour lieu d'exil. Jove trahit à la fois Honorius et Attale. Alaric, qui tient Ravennes bloquée et qui commence à se dégoûter d'Attale, lui soumet néanmoins toutes les villes de l'Italie, Bologne excepté1. Ces scènes étranges se passent en 409.
1 Zos., p. 829 et seq. ↩
En Espagne Géronce se soulève contre Constantin, l'usurpateur qui régnoit à Arles, et communique la pourpre à Maxime.
L'Angleterre, que Rome ne défend plus, se met en liberté. Dans les Gaules les provinces armoricaines se forment en républiques fédératives2. Les Alains, les Vandales et les Suèves entrent en Espagne (409, 28 septembre). Les Vandales avoient pour roi Gonderie, et les Suèves, Ermeric. Les provinces ibériennes sont tirées au sort : la Galice échoit aux Suèves et aux Vandales de Gonderic, la Lusitanie et la province de Carthagène sont adjugées aux Alains, la Botique tombe en partage à d'autres Vandales, dont elle prit le nom de Wandalousie. Quelques peuples de la Galice se maintinrent libres dans les montagnes1.
2 Id., ibid. ↩
1 Aug., ep. 122 ; Pros. Chr. Soz., p. 814; Idal. ch., p. 10. ↩
En 410, sur des négociations entamées avec Honorius, Alaric dégrade Attale; il le dépouille publiquement des ornemens impériaux à la porte de Rimini2. Attale et son fils Ampèle restent sur les chariots de leur maître. Alaric gardoit aussi dans ses bagages Placidie, sœur d'Honorius, demi-reine, demi-esclave. Il essaie de conclure la paix avec le frère de cette princesse, auquel il envoie le manteau d'Attale. Honorius hésite; Alaric reprend son empereur parmi ses valets, remet la pourpre sur le dos d'Attale et marche à Rome. L'heure fatale sonna le vingt-quatrième jour d'août, l'an 410 de Jésus-Christ.
2 Soz., p. 830. ↩
Rome est forcée ou trahie : les Goths, élevant leurs enseignes au haut du Capitole, annoncent à la terre le changement des races3.
3 Les détails se trouveront à l'article des mœurs des Barbares. ↩
Après six jours de pillage, les Goths sortent de Rome comme effrayés; ils s'enfoncent dans l'Italie méridionale; Alaric meurt : Ataulphe, son beau-frère, lui succède.
Dans les années 411 et 412 il n'y eut plus de consuls, comme il n'y avoit plus de monde romain, du moins on ne retrouve pas leurs fastes dans ces deux années. Il s'éleva pourtant alors un général de race latine. Constance étoit de Naisse, patrie de Constantin ; il s'étoit fait connoître du temps de Théodose; il avoit le titre de comte lorsqu'Honorius songea à l'employer. Si l'on ne connoissoit l'orgueil humain, on ne comprendroit pas qu'Honorius pardonnât moins à un chétif compétiteur qui lui disputoit le diadème, qu'aux Barbares qui le lui arrachoient : Constance eut ordre d'aller attaquer Constantin, tyran des Gaules.
Géronce, qui avoit proclamé Maxime auguste en Espagne, tenoit Constantin assiégé dans Arles : il fut abandonné de son armée aussitôt que Constance parut. Maxime tomba avec Géronce et vécut parmi les Barbares dans la misère.
Constantin, délivré de Géronce, se remit lui et son fils Julien entre les mains du général d'Honorius : il s'étoit fait ordonner prêtre avant de se rendre1, par Héros, évêque d'Arles; précaution qui ne le sauva pas : il fut envoyé avec son fils en Italie; on les décapita à douze lieues de Ravenne.
1 Post hanc victoriam..... Constantinus cognità Edonici cæde, purpuram et reliqua imperii insignia deposuit. Cumque ad ecclesiam venisset, illic presbyter ordinatus est. (Soz., cap. 15, lib. Ix, p. 816, d.) ↩
Édobic ou Édobine, chef frank et général de Constantin, avoit essayé de le secourir. Constance et Ulphilas, capitaine goth qui commandoit sa cavalerie, défirent Edobie sur les bords du Rhône. Edobie se réfugia chez Ecdice, seigneur gaulois auquel il avoit jadis rendu des services1. Ecdice coupa la tête à son hôte et la porta à Constance2. «L'empire, dit Constance en recevant le présent, remercie Ulphilas de l'action d'Ecdice3. Et Constance chassa de son camp comme y pouvant attirer la colère du ciel, ce traître à l'amitié et au malheur4.
1 Profugit ad Ecdicium qui multis olim beneficiis ab Edobico affectus, amicus illi esse putabatur. (Soz., lib. Ix, cap. 14, p. 816.) ↩
2 Verum Ecdicius caput Edoibci amputatum ad Honorii duces detulit. (1d., ibid.) ↩
3 Constantius vero caput quidem accepi jussit, dicens rempublicam gratias agere Ulfilæ ob facinus Edicii. (1d., ibid.) ↩
4 Sed cum Ecdicius apud eum manere vellet abcedere eum jussit, nec sibi, nec exercitui commodam fore ratus consuetudinem hujus viri, qui tam mâle hospites suos exciperet. (Id., ibid. ) ↩
Jovin prit la pourpre à Mayence dans l'année 412.
Les Goths, après avoir évacué l'Italie, étoient descendus dans la Provence. Ataulphe s'allie avec Jovin, lequel avoit nommé auguste Sébastien son frère : il se brouille bientôt avec eux et les extermine1. Les généraux d'Honorius s'étoient joints aux Goths dans cette expédition.
1 Oros., p. 224 ; Idat., Chr. ↩
L'an 413 Héraclien se révolte en Afrique. Il aborde en Italie, est repoussé, s'enfuit à Carthage, et va mourir inconnu dans le temple de Mnémosine.
Honorius avoit une qualité singulière : c'étoit de n'entendre à aucun arrangement; il opposoit son ignominieuse lâcheté tout, comme une vertu. Lui offroit-on la paix lorsqu'il n'avoit aucun moyen de se défendre? il chicanoit sur les conditions, les éludoit et finissoit par s'y refuser. Sa patience usoit l'impatience des Barbares; ils se fatiguoient de le frapper, sans pouvoir l'amener à se reconnoître vaincu. Mais admirez l'illusion de cette grandeur romaine qui imposoit encore, même après la prise de Rome!
Ataulphe désiroit ardemment épouser Placidie, toujours captive; il la demandoit toujours en mariage à son frère qui la refusoit toujours. Pendant ces négocations cent fois interrompues et renouées, le successeur d'Alaric s'empara de Narbonne et peut-être de Toulouse; il échoua devant Marseille; il y fut repoussé et blessé par le comte Boniface: Bordeaux lui ouvrit ses portes.
Les Francks, dans l'année 413, brûlèrent Trèves. Les Burgondes, ou Bourguignons1, s'établirent définitivement dans la partie des Gaules a laquelle ils donnèrent leur nom.
1 Il y a aussi les Burugondes qu'il ne faut pas confondre avec les Burgondes ou Bourguignons. ↩
Las des refus d'Honorins, Ataulphe résolut de prendre à femme celle dont il eût pu faire sa concubine par droit de victoire. Le mariage avoit peut-être eu lieu à Forli2, en Italie ; il fut solemnisé à Narbonne, au mois de janvier l'an 414. Ataulphe étoit vêtu de l'habit romain, et cédoit la première place à la grande épousée : on la voyoit assise sur un lit orné de toute la pompe d'une impératrice. Cinquante beaux jeunes hommes vêtus de robes de soie, eux-mêmes partie de l'offrande, déposèrent aux pieds de Placidie cinquante bassins remplis d'or et cinquante remplis de pierreries3. Attale, qui d'empereur étoit devenu on ne sait quelle chose à la suite des Goths, entonna le premier épithalame1. Ainsi un roi goth, venu de la Scythie, épousoit à Narbonne Placidie son esclave, fille de Théodose et sœur d'Honorius, et lui donnoit en présent de noces les dépouilles de Rome: à ces noces dansoit et chantoit un autre Romain que les Barbares faisoient histrion, comme ils l'avoient fait empereur, comme ils le firent ambassadeur auprès d'un aspirant à l'empire, comme il leur plut de lui jeter de nouveau la pourpre.
2 Jornand., cap. 31. ↩
3 Inter alia nuptiarum dona, donatur Adulphus etiam quinquaginta formosis pueris, sericà veste indutis, ferentibus singulis utraque manu ingentes discos binos . quorum alter auri plenus, alter lapillis pretiosis, vel pretii inestimabilis, quæ ex romanæ urbis direptione Gothi deprædati fuerant. (Idat., [Chron., an. 414. Voyez aussi Olymp. apud Photium. ) ↩
1 Idat., Chron., an. 414 ; Olymp., ap. Phot. ↩
Finissons-en avec Attale. Après le mariage de Placidie, ce maître du monde qui n'avoit ni terre, ni argent, ni soldats, nomme intendant de son domaine le poëte Paulin, petit-fils du poëte Ausone2. Abandonné par les Barbares, Attale, qui avoit suivi les Goths en Espagne, s'embarque pour aller on ne sait où : il est pris sur mer et conduit enchaîné à Ravenne. A la nouvelle de cette capture, Constantinople se répandit en actions de grâces3, et s'épuisa en réjouissances publiques. Honorius, dans une espèce de triomphe à Rome, en 417, fit marcher devant son char le formidable vaincu, le contraignit ensuite de monter sur le second degré de son trône afin que Rome, déshonorée par Alaric, pût contempler et admirer l'illustre victoire du grand César de Ravenne. Le prisonnier eut la main droite coupée, ou tous les doigts, ou seulement un doigt de cette main1 : on ne craignoit pas qu'elle portât l'épée, mais qu'elle signât des ordres; apparemment qu'il y avoit encore quelque chose au-dessous d'Attale pour lui obéir. Il acheva ses jours dans l'ile de Lipari qu'il avoit jadis proposée à Honorius, et comme il étoit possédé de la fureur de vivre, il est probable qu'il fut heureux. On avoit vu un autre Attale, chef d'un autre empire : c'étoit ce martyr de Lyon à qui l'on fit faire le tour de l'amphithéâtre, précédé d'un écriteau portant ces mots : Le chrétien Attale.
2 Paulin., Ponit. Euchar. poem., p. 287. ↩
3 Chron. Alex., p. 205. ↩
1 Oros., p. 224; Philost., lib. xII, cap. v; 40s., lib. vı. ↩
Honorius avoit conclu la paix avec Ataulphe, son beau-frère; celui-ci s'engageoit à évacuer les Gaules et à passer en Espagne. Placidie accoucha d'un fils qu'on nomma Théodose et qui vécut peu. Retiré au delà des Pyrénées, Ataulphe est tué d'un coup de poignard par un de ses domestiques, à Barcelone (415). Les six enfants qu'il avoit eus d'une première femme sont tués après lui.
Les Visigoths mettent sur le trône Sigéric, frère de Sarus; Sigéric est massacré le septième jour de son élection. Son successeur fut Vallia : Vallia traite avec Honorius et lui renvoie Placidie redevenue esclave, pour une rançon de six cent mille mesures de blé1.
1 Pros. chron. Phot. ; Soz., lib. Ix, cap. 9; Philost.,. lib. xII, cap. 4, p. 534; Oros., p. 224. ↩
Constance, général des armées d'Occident, épousa la veuve d'Ataulphe malgré elle : elle lui donna une fille, Justa Grata Honoria, et un fils, Valentinien ÎII.
L'année qui précéda l'éclipse de 418, marque le commencement du règne de Pharamond2.
2 Valerii, Re. Franc., lib. II, p. 118. ↩
En 418, Vallia extermina les Silinges et les Alains en Espagne. Les Goths revinrent dans les Gaules où Honorius leur céda la seconde Aquitaine, tout le pays depuis Toulouse jusqu'à l'Océan3.
3 Valerii, Re. Franc., lib. ur, p. 115. ↩
Le royaume des Visigoths prenoit la forme chrétienne sous les évêques ariens. Théodoric porta la couronne après Vallia. Vallia laissa une fille mariée à un Suève, dont elle eut ce Ricimer1 qui devoit achever la ruine de l'empire d'Occident. Une constitution d'Honorius et de Théodose, adressée l'an 418 à Agricola, préfet des Gaules, lui enjoint d'assembler les états généraux des trois provinces d'Aquitaine, et de quatre provinces de la Narbonnoise. Les empereurs décident que, selon un usage déjà ancien, les états se tiendront tous les ans dans la ville d'Arles des Ides d'Août aux Ides de septembre ( du 15 août au 13 septembre). Cette constitution est un très-grand fait historique qui annonce le passage à une nouvelle espèce de liberté.
4 Sid. Ap., carm. 2, p. 300.
1 Dom. Bouq., Re. Gal. et Franc. script. ; Sid. Ap. ↩
Constance, père d'Honoria et de Valentinien III, est fait auguste et meurt.
Honorius oblige sa sœur Placidie, qu'il aimoit trop peut-être2, à se retirer à Constantinople avec sa fille Honoria et son fils Valentinien. Au bout d'un règne de vingt-huit ans, qui n'a d'exemple pour le fracas de la terre que les trente dernières années où j'écris, Honorius expire à Ravenne, douze ans et demi après le sac de Rome, attachant son petit nom à la traîne du grand nom d'Alaric.
2 Phot., cap. 80, p. 197, voce Olymp. ↩
Cette époque compte quelques historiens; elle eut aussi des poëtes. Ceux-ci se montrent particulièrement au commencement et la fin des sociétés : ils viennent avec les images; il leur faut des tableaux d'innocence ou de malheurs; ils chantent autour du berceau ou de la tombe, et les villes s'élèvent et s'écroulent au son de la lyre. Une partie des ouvrages d'Olympiodore, de Frigerid, de Claudien, de Rutilius, de Macrobe, sont restés.
Honorius publia (414) une loi par laquelle il étoit permis à tout individu de tuer des lions en Afrique, chose anciennement prohibée. « II faut, dit le rescrit d'Honorius, que l'intérêt de nos peuples soit préféré à notre plaisir. n
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