Étude première
Seconde partie de Dèce ou decius a Constantin. LA véritable histoire des Barbares s'ouvre avec le règne de Dèce. On les va maintenant mieux connoître; ils vont donner un autre mouve- (suite 2)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Études ou Discours historiques, Lefèvre, 1831 (édition originale), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Toutefois, l'heure finale n'étant pas sonnée, il y eut repos. Odénat vainquit Sapor et soulagea l'Asie ; Posthume contint les nations germaniques ; les autres ennemis furent repoussés tantôt par les tyrans, tantôt par les généraux des empereurs. Les tyrans eux-mêmes s'entredétruisirent, et lorsque Claude parvint au pouvoir il ne trouva plus à combattre que Tétricus dans les Gaules et Zénobie en Orient. Elle s'étoit déclarée indépendante après qu'Odénat eût été massacré dans un festin.
Auréole ayant pris la pourpre en Italie, le bruit de cette usurpation pénétra jusqu'au fond du palais de Gallien, qui s'en importuna; il quitte ses délices, et assiége Auréole dans Milan; une flèche, lancée en trahison, le tue lorsqu'à peine armé il couroit à cheval, l'épée à la main, pour repousser une sortie.
Marcien, qui venoit de battre les Goths en Illyrie, étoit le principal chef de cette conspiration.
Une innovation de Gallien resta : il interdit aux sénateurs le service militaire; soit que l'usurpation de Pison l'eût plus alarmé que les autres; soit que le sénat, en repoussant un parti de Barbares qui s'étoit avancé jusqu'à la vue de home, eût agi avec trop de vigueur. Alors s'établit la distinction d'homme de robe et d'homme d'épée. Les sénateurs formèrent un corps de magistrature, dont les membres , ignorés du soldat, perdirent toute influence sur l'armée. Ils murmurèrent d'abord, mais ensuite leur lâcheté regarda comme un honneur le droit qu'elle obtint de se cacher. L'édit de Gallien acheva de rendre militaire la constitution de l'empire, et prépara les grands changements de Dioclétien.
Claude II, désigné à la pourpre par Gallien, le remplaça. Les grandeurs avoient cessé d'imposer ; tout étoit jugé, apprécié, connu; on tuoit De J. C. 268-27 les princes comme d'autres hommes, et cependant chacun vouloit être souverain : jamais on ne fut aussi rampant, aussi prosterné aux pieds du pouvoir qu'au moment où l'on n'y croyoit plus. Le sénat confirma l'élection de Claude, et se porta aux dernières violences contre les amis et les parents de Gallien.
Il ne faut pas croire que ces décisions du sénat fussent le résultat de raisons graves, mûrement examinées; ce n'étoient que les acclamations d'un troupeau d'esclaves qui se hâtoient de reconnoître leur servitude, comme si, entre deux règnes, ils eussent craint d'avoir un moment de liberté. Assemblés en tumulte au temple d'Apollon (ils ne se purent réunir assez long-temps au Capitole, à cause d'une fête de Cybèle ), les sénateurs s'écrièrent1 : « Auguste Claude, que les dieux vous » conservent pour nous.» Cette acclamation fut répétée soixante fois. « Claude Auguste, c'est vous ou votre pareil que nous avions toujours souhaité ! (Quarante fois. ) Claude Auguste, la république vous désiroit! ( Quarante fois. ) Claude Auguste, vous êtes un père, un frère, un ami, un excellent sénateur, un empereur véritable! (Quatre-vingts fois.) Claude Auguste, i délivrez-nous d'Auréole! (Cinq fois.) Claude Auguste, délivrez-nous de Zénobie et de Victoria ! ( Sept fois.)
1 Hæc in Claudium dicta sunt : Auguste Claudi, dii te nobis præstent ( dictum sexagies) : Claudi, Auguste, principem aut qualis tu es semper optavimus (dictum quadragies) : Claudi Auguste, te respublica requirebat (dictum quadragies) : Claudi Auguste, tu frater, tu pater, tu amicus, tu bonus senator, tu verè princeps ( dictum octuagies) : Claudi Auguste, tu nos ab Auréole vindica ( dictum quinquies) : Claudi Auguste, tu nos à Zenobiâ et à Victoriâ libéra (dictum septies ) : Claudi Auguste, Tetricus nihil fecit ( dictum septies ). (Hist. Aug., in Vit. div. Claud., p. 541.) ↩
Et c'étoient là les héritiers d'un sénat de rois ! Claude1 extermina en Macédoine une armée de Goths, et coula à fond leur flotte, composée de deux mille barques. Parmi les prisonniers, il se trouva des rois et des reines. Les vaincus furent incorporés dans les légions, ou condamnés à cultiver la terre1.
1 Delevimus trecenta viginti millia Gothorum, duo millia navium mersimus : tecta sunt flumina scutis : spathis et lanceolis omnia littora operiuntur. Campi ossibus latent tecti, nullum iter purum est ; ingens carrago déserta est. Tantum mulierum copimus, ut binas et ternas mulieres victor sibi miles possit adjungere. (Ibid, p. 545.) ↩
1 Plerique capti reges ; captæ diversarum gentium no biles feminæ : impletæ barbaris servis senibusque cultoribus romana provinciæ ; factus miles barbarus et colonus ex Gotho. Nec ulla fuit regio quæ Gothum servum triumphali quodam servitio non haberet. (Ibid. ) Quotquot autem incolumes evasere vel in ordines romanos recepti sunt, vel terram colendam naneti totos agriculturæ se dediderunt. ( Zozimi, Hist., lib. 1, p. 13. Basileæ. ) ↩
Claude, surnommé le Gothique, ayant triomphé, mourut. Son frère Quintillius2 prit la pourpre en Italie, et se tua au bout de dix-sept Jours.
2 Quintillius indè Claudii frater dictus est imperator, qui ubi per paucos menses vixisset... necessarii ejus auctores fuerunt ut mortem sibi conscisceret, ac multo meliori verò sponte suâ de imperio cederet. Quod fecisse perhibetur, à medico quodam venâ sectâ continuatoque fluxu sanguinis donec exaruisset. (Zozim , ib.) Quintillius frater ejusdem delatum sibi omnium judicio suscepit imperium.... et septimâ decimâ die, quod se gravem et serium erga milites ostenderat... eo genere quo Galba, quo Pertinax intereniptus est. (Hist. Aug., p. 549.) ↩
Aurélien, autre soldat de fortune , reçut l'ern- AURÉLIEN , pire à la recommandation de Claude. Sa mère FÉux, EUTICHIER, étoit prêtresse du soleil dans un village de DeJ.-c. 270-275. l'Illyrie où son père étoit colon d'un sénateur romain. Passionné pour les armes, toujours a cheval, vif, ardent, cherchant querelle et aventure, ses camarades lui avoient donné le nom d'Aurélien l'épée a la main, pour le distinguer d'un autre Aurélien1. C'est le premier Romain, comme je vous l'ai dit, qui eut affaire aux Franks.
1 Manus ad ferrum. Hist. Aug. p. 211. ↩
Aurélien, devenu chef souverain, rencontra deux ennemis redoutables, deux femmes : Victoria la Gauloise, Zénobie la Dalmyrienne. Victoria mourut lorsque Aurélien passa dans les Gaules ; il ne trouva plus que son ouvrage, le tyran Tétricus, qui trahit ses soldats et se rendit à Aurélien.
Zénobie s'étoit emparée de l'Égypte; Aurélien marcha contre elle, la battit à Emèse, l'assiégea dans Palmyre, et la fit prisonnière lorsqu'elle fuyoit. Palmyre fut livrée au pillage et le philosophe Longin condamné à mort, pour le courage de ses conseils. Tous les tyrans détruits, l'Egypte soumise, la Gaule pacifiée, l'empereur voulut triompher à Rome. Avant de marcher en Orient, il avoit délivré l'Italie d'une espèce de ligue des Allamans, des Marcomans, des Juthongues et des Vandales.
Ce fut à l'occasion de ces courses de Barbares, qu'Aurélien fit relever ou plutôt bâtir les murailles de Rome, Jadis les sept collines, dans une circonférence de treize milles, avoient été fortifiées; mais Rome, se répandant au dehors avec sa puissance, ajouta, par d'immenses et magnifiques faubourgs, plusieurs villes à l'antique cité1. Zozime écrit2 que, du temps d'Aurélien, l'ancienne clôture étoit tombée : celle de cet empereur ne fut achevée que sous Probus3, et il paroît qu'on y travailloit encore sous Dioclétien4. On voit aujourd'hui mêlés aux constructions subséquentes, quelques restes des constructions d'Aurélien. Les murailles de Rome ont elles seules donné lieu une curieuse histoire5 où les infortunes de la ville éternelle sont comme tracées par son enceinte; Rome s'est, pour ainsi dire, remparée de ses calamités. Un siècle et demi devoit encore s'écouler avant qu'elle subit le joug des barbares, et déjà Aurélien élevoit les inutiles bastions qu'ils devoient franchir.
1 Exspatiantia tecta multos addire urbes. ↩
2 Zos. lib. I. p. 665. ↩
3 Id., ibid. ↩
4 Boll. 20, jan. p. 278, in act. Saint-Sébast. an. 287. ↩
5 Nibbi. ↩
Aurélien, dans son triomphe, outre une multitude de prisonniers Goths, Alains, Allamans, Vandales, Roxalans, Sarmates, Suèves, Franks, traînoit après lui Tétricus, sénateur romain, revêtu de la pourpre impériale, et Zénobie, reine de Palmyre. Elle étoit si chargée de perles, qu'elle pouvoit à peine marcher ; Les grands de sa cour, captifs comme elle, la soulageoient du poids de ses chaînes d'or. Aurélien étoit monté sur un char traîné par quatre cerfs, autre espèce de dépouilles et de richesses d'un roi goth : ce char alloit attendre Alaric a1 Capitole¹.
1 Aur. Vopisc. in Hist. Aug., p. 220; Trig. Tyran. cap. 23-29. ↩
Aurélien donna à Tétricus le gouvernement de la Lucanie, en échange de l'empire : Tétricus n'avoit pas le génie de Victoria; il se contenta d'être heureux.
Quant à Zénobie, vous savez qu'elle étoit peut-. être juive de naissance; Longin fut son maître de lettres grecques et de philosophie : elle avoit composé à son usage une histoire abrégée de l'Orient. Elle inclinoit aux sentiments des Hébreux touchant la nature de J.-C. On l'accuse d'avoir fait mourir le fils qu'Odenat avoit eu d'une autre femme et peut-être Odenat lui-même. Elle eut trois filles et trois fils dont l'un, Vaballath, devint roi d'un canton inconnu en Asie1. Ses trois filles, captives avec elles, se marièrent, et saint Zénobe, évêque de Florence du temps de saint Ambroise, descendoit de la reine de Palmyre. Le courage de Zénobie se démentit avec la fortune ; elle demanda la vie, en pleurant. La belle élève du magnanime Longin, ne fut plus à Rome que la délatrice de quelques sénateurs entrés dans une conjuration vraie ou supposée contre Aurélien. Elle habitoit une maison de campagne à Tibur, non loin des jardins d'Adrien et de la retraite d'Horace, laissant, avec un nom célèbre, des ruines qu'on va voir au désert.
1 Le canton des Ucrimes. ↩
Aurélien étoit naturellement sévère ; la prospérité le rendit cruel. Il ne vouloit pas que le soldat prit une seule poule au laboureur; il disoit que les guerriers doivent faire couler le sang des ennemis et non les pleurs des citoyens2 : beau sentiment et noble maxime! Il eut à soutenir une singulière guerre au sein même de Rome, la guerre des monnoyeurs, qui lui tuèrent sept milles soldats dans un combat sur le mont Cœlius3. Les châtiments que l'empereur faisoit infliger étoient affreux. Il méditoit une persécution générale contre les chrétiens1, et lorsqu'il se rendit en Orient, dans le dessein de porter la guerre chez les Perses, il fut tué par les officiers de son armée, entre Héraclée et Byzance2.
2 Hist. Aug., p. 222. ↩
3 Suid. p. 494. ↩
1 Eus. Chron. ↩
2 Hist. Aug., p. 218. ↩
Le monde demeura sept mois sans maître : le sénat et l'armée se renvoyèrent le choix d'un empereur. L'un refusoit d'user de son droit, l'autre de sa force3. Les deux derniers souverains avoient tellement affermi l'état, que rien ne bougea, mais Rome ne reprit pas sa liberté : qu'en eût-elle fait?
3 Vopisc. Hist. Aug., p. 222. ↩
TACITE , Claudius Tacite, sénateur, âgé de soixante-BUTICHIEN, quinze ans, fut enfin proclamé par le sénat. Telle est la souveraineté naturelle du génie: il n'y a point d'homme qui ne préférât aujourd'hui avoir été Tacite l'historien, à Tacite l'empereur. Celui-ci sembla craindre la marque dont son aïeul avoit flétri les tyrans ; il vécut sur la pourpre, comme en présence et dans la frayeur du peintre de Tibère4.
4 Dix copies des Annales et des Histoires devoient être placées annuellement, par ordre de Claudius l'Tacite, aans les bibliothèques publiques : si cet ordre avoit été exécuté, il est probable que nous posséderions entiers les chefs-d'œuvre que la main du temps a mutilés. Claudius Tacite étoit de la famille de Cornélius Tacite, mais il n'est pas certain qu'il descendît en ligne directe de Phistorien. (Hist. Aug. Vit. Tacit.) Id., ibid. ↩
L'empereur rendit au sénat quelques-unes de ses prérogatives, et le sénat, dans sa décrépitude corrompue, crut voir renaître la chaste enfance de la république¹. Tacite allant se mettre à la tête de l'armée en Thrace, pour repousser une attaque des Alains à qui les Romains avoient manqué de foi, mourut de fatigue ou fut tué à Tharse, ou à Tyanes, ou dans le Pont, selon les versions différentes des historiens2. Peu de temps avant sa mort, la tombe de son père s'étoit ouverte, et il avoit vu l'ombre de sa mère : le tombeau de nos pères s'ouvre toujours pour nous, mais il y a ici quelques souvenirs confus du sépulcre d'Agrippine : le génie de l'historien dominoit l'imagination de l'empereur.
2 Victor. jun. ; Aurel. Victor. ; Euseb. Chron. ↩
Florien, frère de Tacite, se fit déclarer auguste en Asie, Probus en Orient. Une guerre civile de deux ou trois mois termina la lutte en De J.-c. 276 283. faveur du dernier. La défaite des Franks, des Bourguignons, des Vandales, des Logions ou Lyges, qui s'étoient emparés des Gaules, signala le commencement du règne de Probus. Il tua quatre cent mille Barbares, délivra et rétablit soixante-dix villes, transporta dans la Grande-Bretagne des colonies de prisonniers, soumit une partie de l'Allemagne, obligea les peuples vaincus de se retirer au delà du Necker et de l'Elbe, de payer aux Romains un tribut annuel en blé, vaches, brebis, et de prendre les armes pour la défense de l'empire contre des nations plus éloignées1 ; enfin il bâtit un mur de deux cent milles de longueur, depuis le Rhin jusqu'au Danube2 : Probus conçut le plan régulier de défendre l'Empire contre les Barbares avec des Barbares. Quand la république réunissoit des peuples à ses domaines, elle leur apportoit la vertu, en échange de la force qu'elle recevoit d'eux. Que pouvoient les Romains du siècle de Probus pour les Barbares ?
1 Prob. vit. Hist. Aug., p. 238 et sequent.; Zos. lib. 1; Bucharii, Hist. Belg. lib. uI, cap. 1; Hier. Chron. ↩
2 Limes inter Rhenum atque Danubium ab Hadriano imperatore ligneo muro munitus à Germanis sub Aurelio eversus, à Probo restauratus et muro lapideo fuit firmatus. (Danielis Schopflini Alsat. Illust. t. 1, p. 223. ) ↩
Une poignée de Franks auxiliaires, que Probus avoit relégués sur les rivages du Pont-Euxin, s'ennuyèrent : ils s'emparèrent de quelques barques, franchirent le Bosphore, désolèrent les côtes de la Grèce, de l'Asie et de l'Afrique, prirent et pillèrent Syracuse, entrèrent dans l'Océan, et, après avoir côtoyé les Espagnes et les Gaules, vinrent débarquer dans leur patrie aux embouchures du Rhin1, laissant le monde étonné d'une audace qui annoncoit un grand peuple.
1 Itidem cum Franci ad imperatorem accessissent et ab eo sedes obtinuissent, pars corum quædam defectionem molita, magnamque navium copiam nancta, totam Græciam conturbavit. In Siciliam quoque delata, et urbem Syracusanam adorta, magnam in ea cædem edidit. Tandem cùm et in Africain adpulisset, ac refecta fuisset, adductis Carthagine copiis, nihilò minus domum redire nullum passa detrimentum potuit. (Zosim. , lib. 1, pag. 20, édit. Basileæ. ) ↩
Probus passa en Egypte, défit dans la Thébaïde les Blemmyes, sauvages d'Éthiopie, dont on ne sait presque rien; de là, il marcha contre les Perses. Assis à terre sur l'herbe au haut d'une montagne d'Arménie, mangeant dans un pot quelques pois chiches, habillé d'une simple casaque de laine teinte en pourpre, la tête couverte d'un chapeau parce qu'il étcit chauve, sans se lever, sans discontinuer son repas, Probus reçut les ambassadeurs étonnés du grand roi. Il leur dit qu'il étoit l'empereur; que si leur maître refusait justice aux Romains, il rendroit la Perse aussi nue d'arbres et d'épis que sa tête l'étoit de cheveux, et il ôta son couvre-chef. « Avez-vous faim? » ajouta ce Popilius de l'empire, « partagez mon repas ; sinon, retirez-vous1. »
1 Quo in habitu deprehensum à legatis Carinum aiunt. Purpurea vestis humi per herbam jacebat, cibus autem erat pridianum ex ipsis elixis pulmentum, in bisque frusta quædam et inveterata porcinarum carnium salsamenta. Eos ergo ( Parthorum legatos) cum vidisset, neque surrexisse neque quidquam mutasse fertur, sed è vestigio vocatis dixisse : se quidem illos scire ad sese venire, se enim Garinum esse, juvenique regi in eâdem die renuntiarent jubere, ni saperet omnem ipsorum saltum, campumque omnem intrà lunare spatium Carini capite fore mudiorem, simulque dicentem detracto pileo caput ostendisse nihilo galeâ adjacente villosius : ac si quidem esurirent, ut manum unà in ollam immitterent permissurum, sin minus, jubere se eâdem horâ r'ecedere. Synesii episcopi Cyrenes de regno ad Arcadium imperat. , terprete Dionysio Petavio Jesu presbytero. (pag. 18. Lutetiæ, 1633.) - On sait qu'il y a erreur dans le texte de Synésius, et qu'il faut rapporter à Probus ce qu'il attribue à Carin. ↩
Probus donna des terres en Thrace à cent mille Bastarnes (nation scythe ou gothique), qui s'attachèrent au sol. Il en avoit partagé d'autres aux Gépides, aux Juthongues, aux Vandales, aux Francs ; tous ceux-ci se soulevèrent à divers intervalles.
On peut fixer au règne de Probus la fin de la première grande invasion des Barbares, bien que les mouvements s'en fissent encore sentir sous Carus, Carin, Numérien, et qu'ils se prolongeassent sous Dioclétien jusqu'à l'avénement de Constantin à l'empire.
Probus, délivré des guerres étrangères, étouffa les révoltes de Saturnin, de Proculus et de Bonose. Dans le retour d'une si grande paix, il affirmoit qu'on n'auroit bientôt plus besoin d'armée. Il occupa les troupes oisives à planter des vignes dans la Pannonie, la Mosie et les Gaules; et, selon Vopiscus, jusque dans la Grande-Bretagne : on croit que la Bourgogne lui est redevable de ses premières richesses. Probus, guerrier si digne du sceptre, n'en fut pas moins tué par ses soldats dans une guérite de fer, d'où il surveilloit les légions employées au desséchement des marais de Sivmich, sa patrie1.
1 Vict., Ep., Eut. ↩
Carus, qui vint après Probus, étoit né à Nar- GARUS ,
emp. et ses deux fils
bonne, selon les deux Victor. Il se disoit originaire de Rome, et il n'est pas sûr qu'il vit jamais pape. cette capitale du monde dont il étoit souverain. Il fut foudroyé après des victoires remportés sur les Perses, non loin de Ctésiphon qu'il avoit pris2. Quand la terre fatiguée discontinuoit le meurtre de ses princes, le ciel s'en chargeoit.
2 Ctesiphontem usque pervenit... ut alii dicunt morbo, Balteus en gemmis, en illita porticus auro Certatìm radiant. Nec non ubi finis arenæ, Proxima marmoreo peragit spectacula muro : Sternitur adjunctis ebur mirabile truncis, Et coit in rotulam, tereti quâ lubricus axis Impositos subità vertigine falleret ungues, Excuteretque feras. Auro quoque tota refulgent Retia, qua tortis in arenam dentibus extant a vu vieillir, je suis ébloui .... .... L'or resplendit au portique, et les pierreries au pourtour. Au bas du mur de marbre qui environnoit l'arène, étoit une roue formée de morceaux d'ivoire rapportés avec art, qui par son axe arrondi et par sa surface glissante fuyoit subitement sous les ongles de bêtes féroces et empêchoit leur approche. Des filets dorés étoient enlacés sur l'arène à des dents d'éléphant toutes égales..... J'ai vu toutes sortes d'animaux, des lièvres blancs, des sangliers armés de cornes, une menticore (un phoque), des taureaux, des veaux marins, combattant contre des ours. Ah ! combien de fois n'ai-je pas été saisi de frayeur, lorsque l'arène s'entrouvrant, des bêtes sauvages sortoient du gouffre ! souvent aussi du brillant abyme poussoient des arbousiers aux tiges safranées. ↩
Les fils de Carus, Carin et Numérien, reconnus empereurs, célébrèrent à Rome les jeux romains', que Calpurnius ou Calphurnius, poëte oublié comme ces jeux, a chantés 2.
ut plures fulmine interemptus est. Negari non potest eo tempore quo periit, tantum fuisse subito tonitruum ut multi terrore ipso exanimati esse dicantur : cum igitur ægrotaret atque in tentorio jaceret, ingenti exorta tempestate, immani coruscatione, immaniori ut diximus tonitru exanimatus est. ( Carus, Hist. Aug., pag. 666.)
1 September habet dies, 30.-27.-Ludi romaniani. Ægidüi Bucherii.
2 Venimus ad sedes, ubi puUâ sordida veste ,
Inter fæmineas spectabat turba cathedras.
Nam quæcumque patent sub aperto libera cælo Aut eques aut nivei loca densaverê tribuni.
Stabam defixus.....
Tum mihi senior..... quid Ad tantas miraris opes? Qui nescius auri Sordida tecta, casas et sola mapalia nosti En ego ..... et ista Factus in urbe senex, stupeo tamen..
Numérien, revenant de la Perse, fut tué par Aper, préfet du prétoire, dont il avoit épousé la
Dentibus æquatis.....
Vidi genus omne ferarum
Hic niveos lepores , et non sine cornibus apros Monticoram..... , Vidimus et tauros .....
Æquoveos ego cum certantibus ursis Spectavi vitulos .....
Ah ! trepidi quoties .. arenæ Vidimus in partes, ruptâque voragine terræ, Emersisse feras : et eisdem sæpe latebris Aurea cum croceo creverunt arbuta libro.
CALPURNII ægloga septima.
J'ai pris place sur des bancs, au milieu des siéges des femmes, d'où la populace, dans les sales habits de sa misère , regardoit les jeux : car toute l'enceinte qui se trouve en plein air, est occupée par les tribuns aux toges blanches ou par les chevaliers.
J'admirois..... Alors un vieillard :
« Pourquoi t'étonner de tant de richesses, toi qui ne connois pas l'or et n'as jamais habité que sous un toit au hameau, puisque moi-même, que cette ville fille. Montesquieu remarque que les préfets du prétoire étoient à cette époque, auprès des empereurs, ce que sont les visirs auprès des sultans1. Le jeune prince avoit versé tant de larmes sur la mort de son père, que sa vue en étoit affoiblie; on le portoit dans une litière au milieu des légions. Aper, qui convoitoit la pourpre, s'étoit trop hâté; son forfait avoit devancé ses brigues ; le cadavre de Numérien, assassiné dans la litière fermée, tomba en pouriture avant que le meurtrier eût pu s'assurer du suffrage des soldats : la présence du crime et le néant des grandeurs humaines furent dénoncés par l'odeur qui s'en élevoit2.
1 Grand. et décad. des Romains. ↩
2 Pâtre mortuo cum nimio fletu oculos dolere ce pisset... dum lecticâ portaretur , factione Arrii Apri soceri sui, qui invadere conabatur imperium, occisus est. Sed cum per plurimos dies de imperatoris salute quæreretur à milite, concionareturque Aper idcirco illum videri non posse, quod oculos invalides a vento et sole subtraheret ; fætore tamen cadaveris res esset prodita : omnes invaserunt Aprum , eumque ante signa et principia protraxere. (Flav, Vopisc., Numerianus. Hist. Aug., pag. 669.) ↩
L'armée tint un conseil à Calcédoine, afin d'élire le chef de l'état. Dioclétien qui commandoit les officiers militaires du Palais , fut choisi1. Tout aussitôt, descendant de son tribunal, il perce Aper de son épée, et s'écrie : «J'ai tué le sanglier fatal. » Une druidesse de Tongres lui avoit promis l'empire quand il auroit tué un sanglier, en latin, aper2. A cette élection, du 17 septembre 284, commence l'ère fameuse dans l'Église, connue sous le nom de l'ère de Dioclétien ou des Martyrs3.
1 Domesticus regens. Car. Aug. Vit., p. 250. ↩
2 Id., ibid., p. 252. Avant le meurtre d'Aper il avoit coutume de dire qu'il tuoit toujours des sangliers, mais qu'un autre les mangeoit : utitur pulpamento. ↩
3 Elle servit long-temps au comput de la fête de Pâques et elle est encore employée par les Cophtes et les Abyssins. ↩
Dioclétien livra divers combats à Carin dont les mœurs rappeloient celles des princes déréglés, prédécesseurs des empereurs militaires. Carin triompha, mais ses soldats victorieux lui ôtèrent la vie à l'instigation d'un tribun dont il avoit déshonoré la couche : ils se soumirent à Dioclétien.
Vous aurez à considérer plusieurs choses sous le règne des derniers empereurs, Gallus, Emilien, Valérien, Gallien, Claude, Aurélien, Tacite, Probus, Carus et ses fils, par rapport aux chrétiens.
Bien que tous les évêques portassent le nom de pape, l'unité de l'église s'établissoit : un traité de saint Cyprien la recommande1.
1 De unitate ecclesia catholica, vulgò de simplicitate prælatorum. (Opera Cyp , p. 206.) ↩
Gallus et Valérien excitèrent des persécutions ; outre ces persécutions générales, il y en avoit de particulières. Les empereurs ayant publié des édits contradictoires au sujet de la religion nouvelle, et ces édits ne s'abrogeant pas mutuellement, il arrivoit que les délégués du pouvoir, selon leurs caractères, leurs principes et leurs préjugés, usoient de la tolérance ou de l'intolérance de la loi2.
2 Pagian, 252 ; Catalog. Bûcher. ↩
Les papes Corneille, Etienne, Sixte II succombèrent : celui-ci avoit transporté les corps de saint Pierre et de saint Paul dans les catacombes qui servoient de temple et de tombeau aux chrétiens. En parlant des mœurs des fidèles, je vous raconterai quelque chose du martyre de saint Laurent.
Cyprien eut la tête tranchée à Carthage ; trois cents chrétiens sans noms égalèrent à Utique la fermeté de Caton : ils furent précipités dans une fosse de chaux vive1. Théogène, évêque, souffrit à Hyppone, Fructueux à Taragone, Paturin à Toulouse, Denis à Lutèce2; première illustration de cette bourgade inconnue : comme un arbre dans le clos des morts, le christianisme poussoit vigoureusement dans le champ des martyrs. Grégoire le Thaumaturge, près d'expirer, demande s'il reste encore quelques idolâtres dans sa ville épiscopale ; on lui répond qu'il en reste dix-sept. « Je laisse donc à mon successeur autant d'infidèles que je trouvai de chrétiens è Néocésarée3. »
1 Prudent. Peristeph., 12. ↩
2 Martyr. 14 mai. ↩
3 Greg. Nyss., p. 1006. D. ↩
Les Barbares, en entrant dans l'empire, étoient venus chercher des missionnaires : les envoyés de la miséricorde de Dieu allèrent au-devant des envoyés de sa colère, pour la désarmer. Des évêques, la chaîne au cou, guérissoient les malades, en prêchant la sainte parole. Les maîtres prenoient ‚confiance dans ces esclaves médecins; ils șe figuroient obtenir par eux la victoire, et demandoient le baptême. Les prisonniers se changoient en pasteurs ; des églises nomades commençoient au milieu des hordes guerrières rentrées dans leurs forêts comme sous leurs tentes. Ces diverses nations se combattoient les unes les autres, se formoient en confédérations dissoutes et recomposées selon les succès et les revers; gens féroces qui brisoient tous les jougs, et se soumettoient au frein de quelques prêtres captifs.
De tous les corps de l'état l'armée romaine étoit celui où le christianisme faisoit le moins de progrès. Les chrétiens répugnoient à l'enrôlement, parce qu'ils regardoient les festins, la mesure et la marque comme mêlées de paganisme. Maximilien, appelé au service, disoit au proconsul Dion, à Tebeste en Numidie: « Je ne recevrai point la marque, j'ai déjà reçu celle de J.-C.1 » D'une autre part le légionnaire, attaché à ses aigles, renonçoit difficilement à l'idolâtrie de la gloire.
1 Milita et accipe signaculum. - Non accipio signaculum. Jam habeo signum Christi dei mei. (Acta sincera Ruinartii, p. 310.) ↩
Les hérésiarques et les philosophes continuèrent leur succession : Manès avec sa doctrine des deux principes, Plotin et Porphyre, beaux génies, ennemis associa Maximien au pouvoir suprême, et nomma deux césars, Galère et Constance :
Caïus et marcelin
l'Orient et l'Italie tomboient dans le département des augustes; les césars eurent la garde DeJ.C. 284-305. du Danube et du Rhin, en deçà desquels se plaçoient les provinces de l'Occident. La possession romaine se trouva divisée en quatre despotats, ce qui prépara la séparation finale des deux empires d'Orient et d'Occident.
L'armée, obéissant à quatres maîtres, n'eut plus assez de force pour les créer ; il n'y eut plus assez de trésors, dans l'une des quatre divisions territoriales, pour fournir à un usurpateur le moyen d'acheter l'élection. Dioclétien diminua le nombre des prétoriens et leur opposa deux nouvelles cohortes, les joviens et les herculiens.
Mais ce qui fit la sûreté du prince causa la ruine de l'état : ces légions qui choisissoient les empereurs, repoussoient en même temps les Barbares ; c'étoit une république militaire qui se donnoit des maîtres nationaux et n'en vouloit point d'étrangers. Lorsque Dioclétien eut opéré ses changemens; lorsque Constantin, continuant la même politique, eut cassé les prétoriens; lorsque, au lieu de deux préfets du prétoire, il en eut nommé quatre; lorsqu'il eut rappelé les légions qui gardoient les frontières pour les mettre en garnison dans le cœur de l'empire, le règne des légions expira : le pouvoir domestique prit naissance. Le droit d'élection fut partagé entre les soldats et les eunuques1 : la liberté romaine qui avoit commencé dans le sénat, passé au forum, traversé l'armée, alla s'enfermer dans le palais avec des esclaves à part de la race humaine; geôliers de la liberté qui n'avoient pas même la puissance de perpétuer dans leur famille la servitude héréditaire.
1 Adrien de Valois remarque qu'autre chose étoit milites chez les Romains et autre chose exercitus ; à l'appui de sa remarque il cite ce passage d'Idace : Apud Constantinopolis Marcianus a MILITIBUS et ab EXERCITU, instante etiam sorore Theodosis Pulcheria Regina, efficitur Imperator. Le savant historien entend par exercitu la cour et les officiers du palais : il a raison. Grégoire de Tours et d'autres auteurs emploient la même distinction : la suite des faits démontre que l'élection étoit devenue double, c'est-à-dire qu'elle s'opéroit par le concours des officiers du palais et de ceux de l'armée. Valesiana, pag. 79- ↩
Le sénat partagea l'abaissement des légions. Rome ne vit presque plus ses empereurs : ils résidèrent à Trèves, à Milan, à Nicomédie , et bientôt à Constantinople. Dioclétien modela sa cour sur celle du grand roi : il se donna le surnom de Jupiter; au lieu de la couronne de laurier, il ceignit le diadème, et ajouta au manteau de pourpre la robe d'or et de soie. Des officiers du palais de diverses sortes, et partagés en diverses écoles, furent constitués : les eunuques avoient la garde intérieure des appartements. Quiconque étoit introduit devant l'empereur se prosternoit et adoroit. Les successeurs de Dioclétien, et peut-être lui-même, se firent appeler votre Eternité, et ils vécurent un jour1. Sachez néanmoins que les empereurs s'arrogèrent ce titre par une espèce de droit d'héritage. Rome se surnommoit la ville éternelle ; le peuple Romain avoit vu dans l'immutabilité du dieu Terme le présage de la durée de sa puissance : en usurpant les pouvoirs politiques, les despotes usurpèrent aussi les forces religieuses. Toutefois cette transmission du sort de l'espèce au destin de l'individu n'étoit qu'une fausseté impie : les nations qui changent de mœurs, de lois, de nom, de sang, ne meurent point, il est vrai; mais est-il rien de plus vite et de plus mortel que l'hommes!
1 Aur. Vict. , pag. 323. Eutrop., pag. 586. Greg. Naz., or. 3. Ath. apolog. cont. Arian. Ammian. Marcel., lib. xv. ↩