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L'Enchanteur 1768—1848
Études historiques Première partie. de Valentinien i°r., et Valens, a Gratien et a Théodose Ier

Étude troisième

Première partie. de Valentinien i°r., et Valens, a Gratien et a Théodose Ier

Études historiques · 26 min de lecture · p. 147–177 · chapitre 31 sur 92

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Études ou Discours historiques, Lefèvre, 1831 (édition originale), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

PoUB éviter la confusion des sujets, vous aime- VAVAIN,, rez mieux voir séparément ce qui se passoit aux emp.

Félix, damas

empires d'Orient et d'Occident, sans toutefois papes.

perdre de vue leur connexité et ce qu'il y avcit de commun dans les événenements, les mœurs et les lois des deux grandes divisions du monde romain.

L'Occident, dévolu à Valentinien, comprenoit l'Illyrie, l'Italie, les Gaules, la Grande-Bretagne, l'Espagne et l'Afrique; l'Orient, laissé à Valens, embrassoit l'Asie, l'Egypte, la Thrace et la Grèce.

La résidence particulière de Valentinien étoit à Milan; celle de Valens à Constantinople; mais les deux empereurs se transportoient là où leur présence étoit nécessaire.

Dans l'Occident Valentinien eut à combattre les Allamans qui se jetèrent sur la Gaule, et il fortifia de nouveau la ligne du Rhin. On voit paroître les Bourguignons issus des Vandales qui habitoient les bords de l'Elbe. Leur roi étoit connu sous le nom générique d'Hendinos, et leur grand-prêtre sous celui de Sinistus1. Ennemis des Allamans, les Bourguignons s'allièrent avec Valentinien, et s'engagèrent à lui fournir une armée de quatre-vingt milles hommes.

1 Apud hos generali nomine rex apellatur Hendinos... Sacerdos omnium maximus vocatur Sinistus, (Amm. Marcell., lib. xxvI, cap. 5, p. 539, 1671.) ↩

Les Saxons et les Franks reparurent sur les côtes de la Gaule et de la Grande-Bretagne; les Pictes et les Scots désolèrent cette dernière province. Théodose, général de Valentinien, les refoula au fond de la Calédonie.

Les peuples de la Gétulie, de la Numidie et de la Mauritanie ravagèrent l'Afrique: Théodose fut envoyé pour les repousser, et punir l'avidité de Romanus, commandant militaire de cette province : il réussit dans la première partie de sa mission.

Valens et Valentinien poursuivirent avec toute la rigueur des lois romaines leurs sujets accusés de magie. Les victimes furent nombreuses à Rome et à Antioche. Maxime, si fameux sous Julien, et d'autres philosophes succombèrent; Jamblique s'empoisonna; Libanius échappa avec peine à l'accusation1.

1 Primus ex nobilibus philosophis interfectus est Maximus , et post illum oriundus ex Phrygia Hilarius qui ambiguum quoddam oraculum clarius fuisset interpretatus. Secundùm hunc Simonides, et patricius Lydus et Andronicus è Cariâ. (Zosim., histor. , lib. Iv, p. 65, Basileæ. ) ↩

Valens étoit tyran par foiblesse, Valentinien par colère. Deux ourses, l'histoire en dit le nom, inoffensive et paillette dorée , avoient leurs loges auprès de la chambre à coucher de Valentinien ; il les nourrissoit de chair humaine. Inoffensive, bien méritante, fut rendue à ses forêts2.

2 Micam auream et Innocentiam : cultu ità curabat. ↩

L'empereur d'Occident gâtoit de grandes qualités par un tempérament cruel : il ordonnoit le feu pour les moindres fautes. Milan eut des victimes qui prirent de leur injuste condamnation le nom d'Innocents. Tout débiteur insolvable étoit mis à mort. Le prévenu récusoit-il un juge? c'étoit à ce juge qu'on le renvoyoit1.

1 Amm. Marcell., lib. xxvII, cap. 7 ; lib. xxIx, cap. 3; lib. xxx, cap. 8. ↩

Vous êtes frappés de cet arbitraire de supplices, qui soulte les annales de home ; le genre de peines à appliquer semble abandonné au caprice des magistrats et des particuliers : la loi criminelle, chez les Romains, étoit fort inférieure à la loi civile. Nous ne faisons pas assez d'attention aux améliorations évidemment apportées dans les lois, par la mansuétude du Christ. Accoutumés que nous sommes à lire des faits atroces, quand nous voyons des hommes déchirés avec des ongles de fer, exposés nus et frottés de miel à la piqûre des mouches, torturés comme les prisonniers de guerre des Iroquois par l'ordre d'un juge ou la

enixo, ut earum caveas propè cubiculum suum locaret... Innocentiam deniquè, post multas quas ejus laniatu cadaverum viderat sepulturas, ut bene meritam in sylvas abire dimisit. (Amm. Marcell., lib. xxix, cap. 3.) vengeance d'un simple créancier, nous ne nous demandons pas comment cela arrivoit chez les nations civilisées de l'ancien monde, et comment cela n'arrive plus chez les nations civilisées du monde moderne. Le progrès si lent de la société, ne suffit pas pour rendre compte de ces changements; il y faut reconnoître une cause plus prompte, plus efficace, plus générale : cette cause est l'esprit du christianisme.

Le sang des empereurs païens se retrouve dans les cruautés de Valentinien, le caractère des empereurs chrétiens dans les lois qui ordonnent des médecins pour les pauvres et qui défendent l'exposition des enfans1 : honneur à la bénignité évangélique à qui l'on doit l'abolition d'une coutume qu'autorisoient les législations les plus fameuses de l'antiquité!

1 Cod. Theod., tom. III, lib. VIII, p. 34. ↩

Parmi les lois de Valens et de Valentinien, je dois vous signaler encore l'institution des écoles, modèles de nos universités : l'éducation publique expira avec la liberté publique; les colléges modernes eurent leur origine lointaine dans les siècles de décadence et d'esclavage de l'empire romain.

Valentinien donna aux villes des défenseurs officieux1, sorte de magistrats élus par le peuple2; d'où il arriva que les églises, devenues des espèces de municipes, eurent à leur tour des défenseurs qui se transformèrent en champions dans le moyen âge. La liberté politique s'étoit changée en priviléges de bourgeoisie: on voit partout les empereurs adresser des lettres et des rescrits aux communes des diverses provinces de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie.

1 Cod. Theod., tom. IX, lib. 1, p. 197. ↩

2 Cod. Just., tom. LV, lib. I et II, p. 166. ↩

En suivant la série des institutions le Code à la main, on remarque, avec une admiration reconnoissante, que le travail des princes chrétiens tend surtout à l'adoucissement des inflictions criminelles et à la réforme des mœurs : les enfans des suppliciés retrouvent les biens paternels; des règlemens améliorent le sort des pauvres et des esclaves, multiplient les cas de liberté; les vices abominables chantés par les poëtes, et protégés des magistrats, sont punis. En un mot, c'est dans le recueil des lois romaines qu'il laut chercher la véritable histoire du christianisme, bien plus que dans les fastes. de l'empire.

Valentinien accorda le libre exercice du culte à ses sujets, et ne prit aucun parti dans les querelles religieuses1: il se crut d'autant plus autorisé à cette tolérance, qu'il s'était montré chrétien indépendant sous Julien. Cependant il défendit aux païens les sacrifices, et les assemblées aux Manichéens et aux Donatistes ; Il mit aussi des bornes à l'accroissement des richesses de l'Église et à la multiplication des ordres monastiques : il fut défendu au clergé d'admettre à la cléricature les propriétaires hommes du peuple, et les décurions des villes, à moins que ceux-ci n'abandonnassent leurs biens ou à la municipalité dont ils étoient membres, ou à quelques-uns de leurs parens2. Il fut également défendu au même clergé d'accepter des legs testamentaires. Déjà le pouvoir et la fortune avaient amené la corruption : Damase disputa le siége de Rome à Ursin ; on en vint aux mains3; cent trente-sept morts furent trouvés le matin dans la basilique de Sicinius, aujourd'hui Sainte-Marie-Majeure.

1 Bav., ann. 371 ; Symm., lib. x, epist. 54. ↩

2 Cod. Theod., tom. Ier., lib. LIX, p. 405. ↩

3 Damasius et Ursinus, suprà humananum modum ad rapiendam episcopatûs sedem ardentes, scissis studiis asperrimé conflictabantur, adusque mortis vulnerumque discrimina adjumentis utriusque processis.... Uno die centum triginta-septem reperta cadavera peremptorum. (Amm. Marcell., lib. xxvi, cap. 3, p. 481, Parisiis , ↩

Valentinien avoit eu de sa première femme, Sévéra, un fils nommé Gratien qu'il éleva à Amiens, le 24 août 367, au rang d'auguste, sans le créer d'abord césar, selon l'usage. On a cherché la raison de cette innovation : elle est évidente. Il y avoit maintenant deux empires; Gratien, âgé de huit ans, n'étoit plus un césar ou un général nommé pour défendre une partie de l'état, c'étoit un héritier qui devait succéder à la souveraineté de son père.

Valentinien répudia Sévéra, et épousa Justine, sicilienne d'origine ; elle auroit, selon Zosime, été mariée d'abord au tyran Magnence. Justine étoit arienne, mais elle ne déclara son hérésie qu'après la mort de Valentinien. Elle donna à l'empereur un fils qui fut Valentinien II, et trois filles, Justa, Grata et Galla; celle-ci devint la seconde femme de Théodose le Grand.

Les Quades et les Sarmates, justement irrités de la trahison des Romains qui, après avoir attiré leur roi Gabinus à une entrevue, l'avoient massacré, ravageoient l'Illyrie; Valentinien accourt avec les forces de la Gaule; il meurt subitement à Bergetion1, d'un accès de colère, dans une audience qu'il donnoit aux députés des Quades supplians.

1 17 novembre 375. ↩

Mallobaud ou Mellobaud, chef d'une tribu de Franks, avoit obtenu un commandement sous Valentinien, et s'étoit distingué par ses gestes militaires : à la mort de l'empereur il entreprit, avec Equitius, comte d'Illyrie, de faire prévaloir les droits de Valentinien, fils de Justine, sur ceux de Gratien, fils de Sévéra. Valentinien II fut en effet proclamé empereur; mais Son frère Gratien, déjà auguste, au VALENS, GRATIEH, lieu de s'en offenser, reconnut l'élection. Valen- DAMAS , tinien eut dans son partage l'Italie, I'Illyrie et De J.-C. 376-398. l'Afrique; Gratien garda les Gaules, l'Espagne et l'Angleterre, peut-être même n'y eut-il pas de véritable partage. Ce qu'il y a de certain, c'est que Gratien gouverna seul l'Occident jusqu'à sa mort, Valentinien n'étant encore qu'un enfant sous la tutelle de sa mère.

Valens n'approuvoit pas ces arrangemens paisibles entre ses jeunes neveux ; mais les mouvements des Goths arrêtèrent son intervention dans des affaires d'une moindre importance.

Mis en possession de l'empire d'Orient par Valentinien 1°'., Valens avoit eu, dès les premiers jours de son règne, des épreuves subir. Procope, commandant de l'armée de Mésopotamie, prit la pourpre dans Constantinople même, par l'autorité de deux cohortes gauloises. Voulant légitimer son usurpation, il épousa Faustine, veuve de l'empereur Constance; elle avoit une fille âgée de cinq ans, dans laquelle les légions voyoient le dernier rejeton de la race de Constantin. La révolte de Procope dura peu; ses soldats l'abandonnèrent à la voix de leurs capitaines, qui gardèrent leur foi. Procope, trahi, fut traîné au camp de l'empereur d'Orient, et décapité.

Valens soutint foiblement contre Sapor les rois d'Arménie et d'Ibérie. On remarque dans cette guerre les aventures de Para, roi d'Arménie, monarque fugitif comme tant d'autres, protégé d'abord des Romains, ensuite égorgé par eux dans un repas.

Les Goths, restés fidèles à la famille de Constantin, s'étoient déclarés contre Valens en faveur de Procope, mari de la veuve de Constance. Valens remporta quelques avantages sur ces Barbares. Une paix fut le résultat de ces avantages, et six ans après les Huns précipitèrent les Goths sur l'empire.

L'arianisme étoit la religion de Valens : il ›persécuta les catholiques qu'il appeloit les athanasiens : saint Basile étoit devenu leur chef après la mort de saint Athanase. A ce grand homme de solitude et de charité, est due la fondation du premier de ces monuments élevés aux misères humaines; monuments qui font la gloire éternelle du christianisme. Les moines, presque tous catholiques, s'étoient accrus par l'esprit et le malheur de leur temps. Valens les fit enlever à main armée; on les força de s'enrôler dans les légions, et, quand ils résistèrent, on les massacra.

Nous arrivons au fameux événement qui hâta la chute de l'ancien monde.

Depuis leurs expéditions maritimes, les Goths, en paix avec les Romains, s'étoient multipliés dans les forêts : ils avoient assujetti autour d'eux les autres peuplades barbares. Hermanric, roi des Ostrogoths et de la noble race des Amali, devint conquérant à l'age de quatre-vingts ans; à cent dix ans il alloit encore au combat et restoit le seul contemporain de sa gloire1. Il conquit les Hérules, et les Venèdes. Sa puissance s'étendoit dans les bois et sur les hordes des bois, du Pont-Euxin à la Baltique, derrière les tribus saxonnes, alla mânes, frankes, bourguignonnes et lombardes, plus rapprochées des rives du Rhin: le Danube séparoit l'empire sauvage des Goths de l'empire civilisé des Romains. Les Visigoths, réunis aux Ostrogoths, leur avoient cédé la prééminence; leurs chefs, parmi lesquels se distinguoient Athanaric, Fritigern et Alavivus, avoient quitté le nom de . rois pour descendre ou pour monter à celui de juges1.

1 Jor., cap. xxII. ↩

1 Jorn., ibid. ↩

Telles étoient devenues les nations gothiques aux frontières de l'empire d'Orient, lorsque tout à coup un bruit se répand : on raconte qu'une race inconnue a traversé les Palus-Méotides. La présence des Huns fut annoncée par un tremblement de terre qui secoua presque tout le sol du monde romain, et fit pencher sur la tête d'Hermanric sa couronne séculaire. Les Huns étoient la dernière grande nation mandée à la destruction de Rome; les autres nations avoient fait une halte pour les attendre ; ils venoient de loin. A peine avoient-ils paru, qu'on entendit parler des Lombards, dernier flot de cet océan.

Un nouveau système historique fait descendre les Huns des peuples ouralo - finois. Dans ce système fondé sur une meilleure critique, une connoissance plus avancée des peuples et des langues de l'Asie et de l'Europe septentrionales, on suit cependant avec moins de facilité la marche et les progrès des soldats futurs d'Attila.

Dans l'ancien système que Gibbon a adopté, il est plus aisé de se reconnoître. En rejetant de la primitive monarchie des Huns la partie confuse et romanesque, laissant de côté ce qu'ont pu faire ou ne pas faire les Huns au nord de la muraille de la Chine, 1210 ans avant l'ère vulgaire, négligeant leur invasion de la Chine, leur défaite par l'empereur Voulé de la dynastie des Hans, on trouve qu'au temps de la mission du Christ deux divisions des Huns s'avancèrent dans l'occident, l'une vers l'Oxus, l'autre vers le Volga : celle-ci se fixa au bord oriental de la mer Caspienne, et fut connue sous le nom des Huns blancs ; ils eurent de fréquens démêlés avec les Perses.

L'autre division des Huns pénétra avec difficulté au Volga, conserva ses mœurs en augmentant sa force par des alliances volontaires, des adjonctions de peuples conquis, et par l'habitude des combats : cette division subjugua les Alains : la plus grande partie des vaincus entra dans les rangs des vainqueurs, tandis qu'une colonie indépendante des premiers alla se mêler aux races germaniques et s'associer à leur guerre contre l'empire1.

1 Deguines, Gibbon, Jornandès, Ammien Marcellin, etc. ↩

Les Huns parurent effroyables aux Barbares eux-mêmes : quand ils eurent franchi les Palus-Méotides, ils se trouvèrent en présence des tributaires de la puissance 'Hermanric. Les deux monarchies des Huns et des Goths , l'une com- . posée de sauvages à cheval, l'autre de sauvages à pied, c'est-à-dire les deux races scythe et tartare, se heurtèrent. Les Goths étoient divisés ; Hermanric, abusant du pouvoir, avoit fait écarteler la femme d'un chef Roxolan qui s'étoit retiré de lui2. Les frères de cette femme la vengèrent en poignardant Hermanric vainement cuirassé d'un siècle, et qui cent dix années avoient encore laissé du sang dans le cœur : il ne resta pas sous le coup. Balamir, roi des Huns, profita de cet événement : il attaqua les Ostrogoths qui furent abandonnés des Visigoths; Hermanric , impatient de la douleur que lui causait sa blessure, et encore plus tourmenté de la rune de son empire, mit fin à des jours que la mort avoit oubliés1. Withimer, chargé après lui du gouvernement, en vint avec les Huns et les Alains à une bataille dans laquelle il fut tué2. Saphrax et Alathœus sauvèrent le jeune roi des Ostrogoths, Witheric, et conduisirent les débris indépendants de leurs compatriotes sur les bords du Nister.

2 Dum enim quamdam mulierem Sanielh nomine pro mariti frandulento dicessu, rex furore commotus, equis ferocibus illigatam , incitatisque cursibus per diversa divelli præcepisset : fratres ejus Sarus et Ammius, germant obitum vindicantes, Ermanarici latus ferro petierunt. (Jornand., de reb. Geticis, cap. 24, p. 70-71, Lugduni Batavorum. ) ↩

1 Inter hæc Ermanaricus tam vulneris dolorem, quam etiam incursiones Hunnorum non ferens, grandævus et plenus dierum, centesimo decimo anno vitæ sux defunctus est. (Jorn., cap. 24.) ↩

2 Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. 3. ↩

Cependant les Visigoths , séparés des Ostrogoths, s'étaient retirés chez les Gépides leurs alliés ; ils y furent poursuivis par les Huns. Un corps de cavalerie tartare passa le Nister à gué pendant la nuit, au clair de la lune : Athanaric, juge des Visigoths, qui défendoit les bords de la rivière, parvint à gagner des hauteurs avec son armée; il s'y vouloit fortifier, mais les Visigoths se précipitent vers le Danube, envoient des ambassadeurs à Valens et le conjurent de leur accorder la Mœsie inférieure pour asile : ils offraient d'embrasser la religion chrétienne. « Valens, dit Jornandès, » dépêcha des évêques hérésiarques aux Visigoths, et fit de ces suppliants des sectateurs i d'Arius au lieu de disciples de Jésus-Christ. Les Visigoths communiquèrent le venin aux Gépides leurs hôtes, aux Ostrogoths leurs frères; ils se répandirent dans la Dacie, la Thrace, la Mœsie supérieure, et tous les Goths se trouvèrent ariens1.

1 Et ut fides uberior illis haberetur, promittunt, se, si doctores linguæ suæ donaverit, fieri christianos. . . • Sic quoque Vesegothæ à Valente imperatore ariani potiùs quam christiani effecti. De cætero, tam Ostrogothis quàm Gepidis parentibus suis, per affectionis gratiam evangelizantes, hujus perfidiæ cultui'am edocentes, omnem ubique linguæ hujus nationem ad culturam hujus sectæ invitavêre. Ipsi quoque (ut dictum est) Danubium transmeantes Daciam Ripensem Mæsiam , Thraciasque permissu principis insedere. (Jorn., c. 25.) ↩

L'historien se trompe : tous les Goths sans doute n'étoient pas encore chrétiens en 376, mais ils avoient déjà reçu les semences de la foi. Théophile, au concile de Nicée, est appelé l'évêque des Goths2; ceux-ci avoient un petit sanctuaire catholique à Constantinople. Vers l'an 325, Audius, chef d'un schisme, fut banni par Constantin en Scythie; il pénétra chez les Goths, y prêcha l'Évangile et établit dans leurs pays des vierges, des ascètes et des monastères1. Les Goths mêmes avoient exercé de grandes cruautés dans la persécution arienne de 372, et ce fut le célèbre évêque Ulphilas, que ce peuple fugitif députa, en 376, à Constantinople2.

2 Socr., lib. II, cap. 41. ↩

1 Sulp. Sev., lib. xvI, n. 42; Epiph., hær. 70, n. 9, 14. ↩

2 Sozo., lib. vI, cap. 37. ↩

Freitigern et Alavivus commandoient les Visigoths qui tendoient les mains à Valens : Athanaric, suivi de quelques compagnons, ne voulut point paroître sur les terres de l'empire en qualité de parjure ou de suppliant, et se retira dans les forêts de la Transilvanie.

Valens, bigot sectaire, se croyoit un profond politique; il acquiesça à la demande des Visigoths; il se félicitoit de cantonner sur les frontières de ses états des guerriers qui promettoient de le défendre et de se faire ariens. Il les voulut tous, même ceux qui pouvoient être attaqués d'une maladie mortelle3; mais il attacha deux conditions à son bienfait : les Visigoths eurent ordre de livrer leurs enfans et leurs armes ; leurs enfans, comme otages, leurs armes comme vaincus. Et Valens prétendoit que ces bras désarmés se lèveroient pour protéger sa tête! Les Visigoths se soumirent.

3 Et navabatur opéra diligens, ne qui romanam rem eversurus derelinqueretur vel quassatus morbo letali. (Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. 4.) ↩

Le Danube étoit enflé par des pluies. On assembla une multitude de barques, de radeaux, de troncs d'arbres creuses, et l'on vit, par la permission de Dieu, les Romains occupés nuit et jour à transporter dans l'empire les destructeurs de l'empire. Des commissaires désignés à cet effet, essayèrent de compter les Barbares à leur passage d'une rive du Danube à l'autre, mais ils furent obligés de renoncer au dénombrement1. Ammien Marcellin, citant deux vers de Virgile, prétend qu'on auroit plutôt compté les sables que le vent du midi soulève sur les rivages de la Libye. Une évaluation moins poétique porte l'émigration des Visigoths à un million d'individus.

1 Proindè permissu imperatoris transeundi Danubium copiam colendique adepti Thracia partes, transfretabantur in dies et noctes, navibus ratibusque et cavatis arborum alveis agminatìm impositi. . . . . . . . . . Ità turbido instantium studio orbis romani pernicies ducebatur. Illud sanè neque obscurum est neque incertum , infaustos transvehendi barbaram plebem ministros numerum ejus comprehendere calculo sæpè tentantes, conquievisse frustratos. (Id., ibid. ) ↩

Les enfans mâles des familles les plus distinguées furent séparés de leurs pères; on les distribua dans différentes provinces : les habitans de ces provinces étoient étonnés des brillantes parures et de la beauté martiale des jeunes exilés.

Quant aux armes elles ne furent point livrées ; les Visigoths arrivoient avec les tributs qu'ils avoient jadis reçus, et les anciennes richesses qu'ils avoient enlevées aux Romains ; on les crut opulens parce qu'ils étoient chargés de dépouilles ; pour garder du fer ils soûlèrent la cupidité des officiers de Valens avec des tapis, des tissus précieux, des esclaves et des troupeaux. A ceux qui préférèrent un autre lucre, ils prostituèrent leurs filles1 ; ils vendirent leur honneur pour acheter un empire, sûrs qu'avec leurs épées ils feroient bientôt passer les filles des Césars dans le lit des Goths.

1 Zosim. ↩

Les Ostrogoths conduits par Saphrax et Alatheus qui avoient sauvé Witheric, se présentèrent à leur tour sur la rive septentrionale du Danube, et sollicitèrent inutilement la faveur obtenue par leurs compatriotes: la peur commençoit chez les Romains.

Les Visigoths s'avancèrent dans les Thraces. On s'étoit chargé de les nourrir ; on ne les nourrit point : on leur fournit de la chair infecte de chien, et d'autres animaux morts de maladie; un pain coûtoit un esclave, un agneau six livres d'argent. Après leurs esclaves ils n'eurent plus à livrer que le reste de leurs enfans '. On fit ( parce qu'enfin Rome devoit périr ) d'un million d'alliés un million d'opprimés : la reconnoissance finit où l'injustice commence.

Les Ostrogoths, cessant de prier, passèrent le Danube, et se trouvèrent ennemis et indépendants sur le territoire romain. Fritigern, chef des Visigoths, forma des liaisons secrètes avec les nouveaux émigrants, et s'efforça de réunir les Goths dans le même intérêt.

Maxime et Lupicinus, généraux de Valens, avoient alors le commandement dans les Thraces: ils étoient, par leur avarice et leur foiblesse, la première cause de tous ces malheurs. La discorde éclate à Marcianopolis, capitale de la Basse-Mœsie, à soixante-dix milles du Danube : Lupicinus avoit invité les chefs des Goths à un repas, dans le dessein de les faire assassiner; les gardes de ces chefs, restés aux portes de la ville, se prirent de querelle avec les soldats romains; leurs clameurs pénétrèrent jusqu'à la salle du festin. Fritigern et ses amis tirent leurs épées, s'ouvrent un passage à travers la foule, sortent de la ville et ont le bonheur1 d'échapper. « Ce jour-là, dit Jornandès, ôta la faim aux Goths et la sûreté aux Romains : les premiers ne se regardèrent plus comme des vagabonds et des étrangers, mais comme des citoyens et comme les seigneurs de l'empire2. »

1 Cœperunt duces (avaritiâ compellente) non solum ovium, boumque carnes, verum etiam canum , et immundorum animalium, morticina eis pro magno contradere : adeo, ut quodlibet mancipium in unum panem aut decem libras in unam carnem mercarentur. (Jorn., cap. 26. ) ↩

2 Illa namque dies Gothorum famem, Romanorumque securitatem ademit : cœperuntque Gothi jam non ut advenae et peregrini, sed ut cives et domini possessoribus imperare. (Jorn., cap. 26.) ↩

Lupicinus, se fiant à la discipline des légions et à la supériorité de leurs armes, attaqua les Goths : ceux-ci, déployant leur bannière, firent entendre le lamentable son de cette corne, célèbre dans le récit de leurs combats, et à la ronflée de laquelle devoit s'écrouler le Capitole3; les Romains furent vaincus.

3 Rauca cornua. (Claudian., in Ruf.) Auditisque triste sonantibus. (Amm. Marcell., lib. xxxi.) ↩

! Amm. Marcell., lib. xxxI ; Jorn., cap. 26.

Une troupe de Goths, avant la migration générale de ces peuples, étoit entrée au service de Valens, sous la conduite de Suerid et de Colias ; attaquée par les habitans mutinés d'Andrinople, elle les repoussa et alla rejoindre le grand corps de ses compatriotes. Fritigern franchit l'Hémus, et mit le siége devant Andrinople qu'il ne put prendre. Les ouvriers employés aux mines du Rhodope se révoltent, se réfugient chez les Barbares, et leur servent ensuite de guides aux réduits les plus secrets des Romains. Les Goths délivrent leurs enfants captifs1 qui leur racontent ce qu'ils ont eu à souffrir de la lubricité et de la cruauté de leurs maîtres. Une partie des Huns et des Alains font alliance avec les Goths.

1 Eo maxime adjumento præter genuinam erecti fiduciam, quod confluebat ad eos in dies ex eâdem gente multitude, dudum à mercatoribus venumdati, adjectis plurimis quos primo transgressa necati inedia, vino exili vel panis frustis mutavêre vilissimis. (Amm. Marcell., lib. XXXI, cap. 6.) ↩

Alors Valens songe à porter remède au mal qu'il avoit fait ; il retire les légions d'Arménie, et demande des secours au jeune empereur Gratien qui venoit de succéder à Valentinien, son père: Richomer, comte des domestiques, est dépêché à Valens avec les légions gauloises. Une première armée romaine, sous les ordres de Trajan et Profuturus, s'approcha des Visigoths campés vers l'embouchure méridionale du Danube, à soixante milles au nord de Tôme, exil d'un poëte : Fritigern fait élever des feux pour rappeler ses bandes répandues dans le plat pays. Les Visigoths se lient d'un serment terrible, et entonnent les chants à la gloire de leurs aïeux ; les Romains y répondirent par le barritus, cri militaire commencé presqu'à voix basse, allant toujours grossissant, et finissant par une explosion effroyable1. La bataille de Salices, qui a pris son nom des arbres paisibles sous lesquels elle fut donnée, dura la journée entière, et la victoire resta indécise. Les Visigoths rentrèrent dans leur camp. Les Romains n'osèrent renouveler le combat et résolurent d'enfermer les Barbares dans ce coin de terre entre le Danube, la mer Noire et le mont Hémus. Les Ostrogoths et le parti des Huns et des Alains, avec lequel Fritigern s'étoit ménagé une alliance, le dégagèrent.

1 Et Romani quidem voci undique martia concinentes, à minore solita ad majorem protolli, quam gentilitate appellant barritum, vires validas erigebant. (Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. 7.) ↩

Valens, suspendant sa guerre contre les moines, partit enfin d'Antioche avec une seconde armée. Arrivé à Constantinople, il maltraita le général Trajan, ami de saint Basile. Au bout de quelques jours, il sortit de la capitale de l'Orient, chassé par le mépris populaire et les clameurs de la foule qui le pressoit de marcher à d'autres ennemis1.

1 Venit Constantinopolim, ubi moratus paucissimos dies , seditione popularium pulsatus, etc. (Amm. , lib. XXXI, p. 639, Parisiis, 1677.) ↩

Le moine Isaac sort de sa cellule voisine des chemins où passoit l'empereur; il s'avance au-devant de lui et lui crie : « Où vas-tu? Tu as fait la guerre à Dieu, il n'est plus pour toi. Cesse ton impiété, ou ni toi ni ton armée ne reviendront. » L'empereur dit : « Qu'on le mette en prison. Faux prophète, je reviendrai et je te ferai mourir. » Isaac répondit : « Fais-moi mourir si tu me trouves en mensonge. » Le moine2 chrétien remplaçoit le philosophe cynique : il n'en différoit que par les mœurs.

2 Quò pergis imperator qui Deo bellum intulisti nec eum habes adjutorem. Desine ergo bellum inferre ei... Ham neque reverteris et exercitum prætereà amittes. Ad hæc imperator ira percitus : Revertar, inquit, teque interficiam et falsi vaticinii ponas à te exigam. Tum ille minas neutiquam reformidans, interfice, inquit, si in verbis meis mendacium fuerit deprehensum. (Theodor. episcop.; Cyr., eccles. hist., lib. Iv, p. 195, Parisiis , 1673.) ↩

Les Goths, après avoir encore une fois saccagé la Thrace et franchi l'Hémus, inondoient les environs d'Andrinople. Frigerid, général de Gratien, avoit défait quelques alliés des Goths, entre autres les Taïfales, barbares débauchés dont les prisonniers furent transportés sur les terres abandonnées de Parme et de Modène1. Sébastien, maître général de l'infanterie de Valens, s'étoit occupé à rétablir la discipline dans un corps particulier ; ce corps avoit eu l'avantage sur un nombreux parti d'ennemis. Enivré de ces succès, Valens s'apprête à triompher des peuples gothiques, et s'établit dans un camp fortifié sous les murs d'Andrinople.

1 Cum.... trucidasset omnes ad unum.... vivos omnes circa Mutinam Regiumque et Parmam, italica oppida, rura cultures exterminavit. (Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. 9.) ↩

Richomer, accouru de l'Occident, vient annoncer à Valens que son neveu, vainqueur des Allamans, s'avance pour le soutenir.

En même temps un évêque envoyé par Fritigern, politique aussi rusé que général habile, se présente chargé d'humbles paroles et de soumissions. Il proteste publiquement de la fidélité des Goths qui, selon lui, ne demandent qu'à paître leurs troupeaux dans la Thrace déserte; mais, par des lettres secrètes, Fritigern presse l'empereur de marcher1, l'assurant que la seule terreur de son nom obligera des Goths à se soumettre. Valens, jaloux de la renommée de Gratien, ne veut point attendre un jeune prince qui pourroit ravir ou partager l'honneur de la victoire : il lève son • camp le 9°. d'août l'an 378. Le trésor militaire et les ornements impériaux furent lissés dans Andrinople.

1 Amm. Marcell., lib. xxxI, cap. 12. ↩

A huit milles de cette ville on découvrit rangés en cercle les chariots des Barbares. Les Romains firent tristement leurs dispositions militaires, aux lugubres clameurs des Goths2 : les Goths, pareillement étonnés du bruit des armes et du retentissement des boucliers que frappoient les légionnaires, envoyèrent proposer la paix ; leur cavalerie, sous la conduite d'Alathéus et de Saphrax, n'étoit point encore arrivée. Valens s'obstine à ne vouloir entendre que des négociateurs d'un rang élevé : le soldat romain s'épuise sous la chaleur du jour qu'augmentoit un vaste embrasement : le feu avoit été mis aux herbes et aux bois desséchés des campagnes1. Fritigern demande à son tour pour traiter un homme de distinction ; Richomer s'offre, et part du consentement de Valens à qui le cœur commençoit à faillir. A peine approchoit-il des retranchements ennemis, que les sagittaires et les scutaires engagent le combat. La cavalerie des Goths revenoit alors renforcée d'un corps d'Alains : sans laisser le temps à Richomer de remplir sa mission, elle se précipite sur les troupes impériales.

2 Atque ut mos est ululante Barbares plebe forum et triste, Romani duces aciem struxêre. (Amm. Marcell., lib. xxxI, cap. 14.) - ↩

1 Miles fervore calefactus æstivo , siccis faucibus commarceret relucente amplitudine camporum incendiis, quos lignis nutrimentisque aridis subditis, ut hoc fieret, iidem hostes urebant. (Amm. Marcell., lib. xxxi, c. 12.) ↩

Les deux armées se choquèrent ainsi que des proues de vaisseaux , dit Ammien2. L'aile gauche des légions poussa jusqu'aux chariots; mais, abandonnée de sa cavalerie, elle fut accablée sous le nombre des Barbares qui tombèrent sur elle comme un énorme éboulement de terre3. Les soldats romains s'arrêtent ; serrés les uns contre les autres ils manquent d'espace pour tirer l'épée: jamais plus grand danger ne menaça leurs têtes sous un ciel où la splendeur du jour étoit éteinte1.

2 Deindè collisæ in modum rostrorum navium acies. (Id., cap. 13.) ↩

3 Sicut ruina aggeris magni oppressum atque dejectum est. (Id. , ibid. ) ↩

1 Diremit hæc numquam pensabilia damna ( quæ magno rebus stetere Romanis) nullo splendeur lunari nox fulgens. (Id., ibid. ) ↩

Dans ce chaos, Valens, saisi de frayeur, saute par-dessus des monceaux de morts et se réfugie dans les rangs des lanciers et des matiaires qui se défendoient encore. Les généraux Trajan et Victor cherchent vainement la réserve formée des soldats bataves : les chemins étoient obstrués des cadavres des chevaux et des hommes. L'empereur à l'approche de la nuit, fut tué d'une flèche; d'autres disent qu'il fut porté blessé avec quelques eunuques dans la maison d'un paysan. Les Goths survinrent ; trouvant cette maison barricadée, et ignorant qui elle renfermoit, ils l'incendièrent2. Valens périt au milieu des flammes. « Il fut brûlé avec une pompe royale, dit Jornandès, par ceux qui lui avoient demandé la vraie foi, et qu'il avoit trompés, leur donnant le feu de la gehenne au lieu du feu de la charité1. »

2 Unde quidam de candidatis per fenestram lapsus, captusque à Barbaris prodidit factum, et cos morore afflixit, magnâ gloria defraudatos quod Romana rei rectorem non cepêre superstitem. (Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. 13.) ↩

1 Cum regali pompâ crematus est, haud secùs quam Dei prorsùs judicio, ut ab ipsis igne combureretur, quos ipse veram fidem petentes in perfidiam declinasset et ignem charitatis ad gehennæ ignem detorsisset. (Jorn., cap. 26.) ↩

Les deux généraux Trajan et Sébastien; Valérien, grand-écuyer; Equitius, maire du palais; Potentius, tribun des Promus; trente-cinq autres tribuns et les deux tiers de l'armée romaine restèrent sur la place. Selon l'auteur déjà cité, l'histoire n'offre point de bataille où le carnage ait été aussi grand, excepté celle de Cannes2.

2 Amm. Marcell., ib. ↩

Les Goths livrèrent l'assaut à Andrinople qu'ils manquèrent: descendus jusqu'à Constantinople, ils admirèrent les édifices pyramidant au-dessus des murailles qui mettoient la ville à l'abri : leur destin fut de voir Constantinople et de prendre Rome; entre ces deux bornes le monde civilisé étoit la lice ouverte à leurs courses. Épouvantés de l'action d'un Sarrazin3, ils rebroussèrent vers l'Hémus, forcèrent le pas de Suques et se répandirent sur un pays fertile jusqu'au pied des Alpes Juliennes. Les lieux d'où s'étoit écoulé cette multitude n'offrirent plus que l'aspect d'une grève déserte et ravagée, quand le flux, qui avoit apporté des tempêtes et des vaisseaux, s'est retiré.

3 J'en parlerai ailleurs. ↩

Libanius composa l'oraison funèbre de Valens et de son armée : « Les pluies du ciel ont effacé le sang de nos soldats, mais leurs ossements blanchis sont restés, témoins plus durables de . leur courage. L'empereur lui-même tombe ' la tête des Romains. N'imputons pas la victoire aux Barbares ; la colère des dieux est la seule cause de nos malheurs. » Libanius se souvenoit de Julien.

Ammien, qui termine son ouvrage à la mort de Valens, cherche à rassurer les Romains sur les succès des Goths : il rappelle les différentes invasions des Barbares depuis celle des Cimbres , afin de prouver qu'elles n'ont jamais réussi : cette digression de l'historien montie mieux que tout ce que je vous pourrois dire la frayeur des peuples, et les pressentiments de l'avenir.

Ce même Ammien raconte ( et ce sont presque les dernières lignes de ce soldat grec de la ville d'Antioche, qui écrivoit en latin ses souvenirs dans la ville de Rome), ce même Ammien raconte que le duc Julien, commandant au-delà du Taurus, ordonna, par lettres secrètes, de massacrer à jour fixe et heure marquée les Goths dispersés dans les provinces de l'Asie. « Par ce prudent « artifice ,l'Orient fut délivré sans bruit et sans combat d'un grand danger 1. » La leçon venoit de Mithridate : elle ne profita ni au royaume de Pont, ni à l'empire romain. Gratien vengea mieux Valens, en élevant à la pourpre Théodose.

1 Quo consilio prudenti sine strepitu vel mora completo, orientales provinciæ discriminibus erepta: sunt magnis. (Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. 16.)

Tome n

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Discours historiques