Étude première
Première partie. de Jules césar a Dèce ou decius (suite 2)
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Les sénateurs qui le condamnèrent à mort lui prouvèrent qu'un artiste ne vit pas partout, comme il avait coutume de le dire, en chantant sur le luth1!. Ces esclaves qui jugèrent leur maitre tombé, n'avoient pas osé l'attaquer debout : ils laissèrent vivre le tyran ; ils ne tuèrent que T'histrion.
1 Prædictum à mathematicis Neroni olim erat, fore ut quandoque destitueretur. Unde vox ejus celeberrima : To TEyvwy Tãga yaix ToEoa. (Suet. In vit. Neronis.) ↩
L'incendie de Rome dont on accusa les chrétiens que l'on confondoit avec les juifs, produisit la première persécution : les martyrs étoient attachés en croix comme leur Maître, ou revêtus de peaux de bêtes et dévorés par des chiens, ou enveloppés dans des tuniques imprégnées de poix, auxquelles on mettait le feu1 : la matière fondue couloit à terre avec le sang. Ces premiers flambeaux de la foi éclairoient une fête nocturne que Néron donnait dans ses jardins : à la lueur de ces flambeaux il conduisait des chars.
1 Pone Tigellinum, tædâ lucebis in illâ Quâ stantes ardent : qui fixo gutture fumant Et latum mediâ sulcum deducit arenâ : (Juv. Sat. 1. Vers 139.) Afflicti periculis christiani. (Suet. In vitâ Ncronis, pg. 251, cap. 16. ) Nero, quæsitissimis pænis adfecit, quos per flagitia invisos, vulgus christianos appellabat. Et pereuntibus addita ludibria, ut ferarum tergis contecti, laniatu canum interirent, aut crucibus affixi , aut flammandi, atque ubi defecisset dies, in usum noc turni luminis urerentur. (Tacit. Annal., lib. xv, édit. de Barbou.) ↩
Paul accusé devant Félix et devant Festus vient à Rome où il prêche l'Evangile avec Pierre2.
2 Cum autem venissemus Romam, permissum est Paulo manere sibimet cum custodiente se milite. (Act. Apost., cap. 28, vers 16.) Mansit autem biennio in suo conducto : et suscipiebat omnes qui ingrediebantur ad eum. Prædicans regnum Dei, et docens quæ sunt de domino Jesu-Christo, cum omni fiduciâ, sine prohiitione. ↩
Hérésie des nicolaïtes, laquelle avait pris son nom de Nicolas, un des premiers sept diacres. Saint Jacques, évêque de l'église juive, avoit souffert le martyre. La guerre de Judée, commençoit sous Sextus Gallus, et les chrétiens s'étoient retirés de Jérusalem.
Appollonius de Tyane, débarqué dans la capitale du monde pour voir, disoit-il, quel animal c'étoit qu'un tyran1, s'en fit chasser avec les autres philosophes. Pierre et Paul enfermés dans la prison Mamertine au pied du Capitole sont mis à mort : Paul a la tête tranchée, comme citoyen romain, auprès des eaux Salviennes, dans un lieu aujourd'hui désert où l'on voit trois fontaines, à quelque distance de la basilique appelée Saint-Paul-hors-des-murs , qu'un incendie a détruite au moment même de la mort de Pie VII. Pierre, réputé juif et de condition vile, fut crucifié la tête en bas, sur le mont Janicule, et enterré le long de la voie Aurélia, près du temple d'Apollon1 : là s'élève aujourd'hui le palais du Vatican et cette église de Saint-Pierre qui lutte de grandeur avec les plus imposantes ruines de Rome. Néron ne savait pas sans doute le nom des deux malfaiteurs de bas lieu, condamnés par les magistrats : et c'étoient, après J.-C., les fondateurs d'une religion nouvelle, d'une société nouvelle, d'une puissance qui devoit continuer l'éternité de la ville de Romulus.
1 Prætereà tantum qui peragraverim terrarum, quantum anteà mortalium nemo, belluasque viderim Arabicas, Indicasque varii generis; hæc tamen bellua quam tyrannum vulgo vocant, neque quot capita habeat novi, neque utrum curvis unguibus serratisque sit dentibus. ApabLa TE Rai IvOiLa TapTÓNda EidoU, To dE OnpioN TOUTO o nadoUvuxooTe xai zapzapódous ESTe. (Philost. in vit. Ap. Tyan. ) ↩
1 Paulum proindè Romæ eo régnante securi percussum , et Petrum etiam suffiixum cruci , historiarum monumentis proditum est : quin etiam insignis ac testata Petri ac Pauli inscriptio, qua in comiteriis Rome ad hoc usque tempus manet, hujus rei gestæ fidem facit : atque hæc ità se habere confirmât itidem vir ecclesiasticus, Caius nomine, qui Zephyrini pontificis romani temporibus vixit, inque disputatione scriptis prodita !.. Ego, inquit, apostolorum trophea perspicuè possum ostendere : nam, si lubet in Vaticanum proficisci, aut in viam quæ Ostiensis dicitur, te conferre, trophæa eorum qui istam ecclesiam suo sermone et virtute stabiliverunt, invenies. Porrò Dionysius, Corinthiorum episcopus, illos ambos martyrium eodem tempore pertulisse, sic ad Romanos scribens commémorât : Petrum et Paulum qui Romanos et Corinthios primum in ecclesiam Christi inseruerunt, prudenti quâdam admonitione impulsi, in unum locum conclusistis... Nam ambo... Eodem tempore pariter martyrium subierunt. (Eusebii Hist. ecclesiast. lib. II, pag. 49.) Petrus ad extremum cum Romæ versaretur, capite priùs esse venturos : Neronem in occidentali plagâ regibus subactis decem, imperaturum, persecutionem autem ab eo hactenùs exercendam , ut idola gentium coli cogat. (Sulpitii Severi, dialog. 2, pag. 306. Edit. ead.) ↩
Lin, dont il est question dans les épîtres de NERON,
emp.
saint Paul, succéda à saint Pierre; saint Clé- LIN , ment ou saint Glet, à saint Lin. De J.-C. 67 68.
Le peuple romain aima Néron, il espéra le retrouver après sa mort dans des imposteurs; De J.-c. 68-77- quelques chrétiens pensèrent que Néron étoit l'ante-christ, et qu'il reparaîtroit à la fin des temps ' : le monde païen l'attendoit pour ses délices, le monde chrétien pour ses épreuves.
deorsum statuto, sic enim perpeti cupiebat cruci suffixus est... Quid attinet de Paulo dicere... Nerone summam rerum administrante, martyrio occubuit. Ista ab Origine ad verbum tertio tomo commentariorum quos scripsit in Genesim reverà commemorata sunt. (Ib. lib. II, cap. 1, pag 51.).
Petrus ad terram capite verso cruci affixus est in Vaticano juxta Viam Triumphalem sepultus... Paulus vero gladio animadversus et Viâ Ostiensi sepultus. ( Baron. Martyr. pag. 289.)
1 Nero... Dignus exstitit qui persecutionem in christianos primus inciperet, nescio an postremus explerit : siquidem opinione multorum receptum sit, ipsum Ante-Christum venturum. (Sulpitii Severi sacrae hist. lib. n, pag. 95. Edit. Elzeviriana. Lugd. Batavor. , an. 1643.)
Cæterum cùm ab eo de fine sæculi quæreremus, ait nobis (Sanct-Martinus), Neronem et Ante-Christum
Ce fut encore sous le règne de Néron que saint Marc fonda l'église d'Alexandrie qui commença surtout parmi les Thérapeutes, secte juive, livrée à la vie contemplative1, et qui servit de premier modèle aux ordres monastiques chrétiens. Les Thérapeutes différoient des Esseniens, qui ne se voyoient qu'en Palestine, et qui vivoient en commnn du travail de leurs mains. L'école philosophique d'Alexandrie mêla aussi ses doctrines à celles du christianisme, subtilisa la simplicité évangélique, et produisit des hérésies fameuses.
1 Aiunt Marcum primum in Ægyptum trajecisse... Atque tanta hominum et mulierum fidem christianam amplexantium ex primâ aggressione et conatu, pergrave in primis, sanctum et severum ejus vivendi exemplum ibi cogebatur multitudo, ut Philo ipse corum studia , excercitationes, mores , frequentes congressus, communem inter ipsos victûs rationem, suis scriptis persequi, operæ pretium existimaret... Apud nos arTaL, id est monachi... appellati sunt... Ab Hebrais, ut videtur, ducebant originem. Proptereà permulta vetera instituta, propius ad Judæorum consuetudinem accedentia observabant. (Euseb., Hist. eccl., lib. I, pag. 29.) ↩
La mort de Néron causa une révolution dans l'état. L'élection passa aux légions, et la constitution devint militaire. Jusque-là, la dignité impériale s'étoit maintenue dans la famille d'Auguste par une espèce de droit de succession : le sénat, il est vrai, et les prétoriens avoient plus ou moins ajouté de la force à ce droit, mais enfin l'élection étoit restée attachée à la ville éternelle et au sang du premier des Césars. Usurpée par les legions, elle amena des choses considérables : elle multiplia les guerres civiles, et partant les causes de destruction ; l'armée nommant son maître, et ne le recevant plus de la volonté des sénateurs et des dieux, méprisa bientôt son ouvrage. Les Barbares introduits dans l'armée s'accoutumèrent à faire des empereurs : quand ils furent las de donner le monde, ils le gardèrent.
Dans le despotisme héréditaire il y a des chances de repos pour les hommes; il perd de son âpreté en vieillissant. Dans le despotisme électif, chaque chef surgit à la souveraineté avec la force du premier né de sa race, et se porte à l'oppression de toute l'ardeur d'un parvenu à la puissance : on a toujours le tyran dans sa vigueur élective, tandis que la nation qui ne se renouvelle pas reste dans sa servitude héréditaire. Et comme l'empire romain occupoit le monde connu; comme l'empereur pouvoit être choisi partout, de là cette diversité de tyrannies, selon que le maître venoit de l'Afrique, de l'Europe ou de l'Asie. Toutes les variétés d'oppression répandues aujourd'hui dans les divers climats s'asseyoient par l'élection sur la pourpre où chaque candidat arrivoit avec son caractère propre et les mœurs de son pays.
Séjan qui, profitant de la jalouse vieillesse de Tibère, avoit empoisonné Drusus, amené la disgrâce, et par suite la mort d'Agrippine et de ses deux fils aînés, n'atteignit point le troisième fils de Germanicus. Celui-ci fut Caïus Caligula : Claude, son oncle, frère de Germanicus, proclamé empereur par les prétoriens et surtout par les Germains de la garde, eut de Messaline l'infortuné Britannicus. Agrippine, sœur de Caligula et fille de la première Agrippine femme de Germanicus, épousa en secondes noces son oncle Claude et lui fit adopter Néron, qu'elle avoit eu de son premier mariage avec Domitius Ahénobarbus. Néron parvenu à l'empire, après s'être défait de Britannicus, fut contraint de se tuer. En lui s'éteignit la famille d'Auguste. Malgré les vices et les crimes qui l'ont rendue exécrable, cette famille eut dans ses manières quelque chose d'élevé et de délicat que donne l'exercice du pouvoir, l'habitude des richesses, les souvenirs d'une lignée historique. La maison de Jules prétendoit remonter d'un côté à Énée par les rois d'Albe, de l'autre à Clausus, le Sabin, et à tous les Claudius, ses fiers descendants.
Galba qui prit un moment la place de Néron étoit encore de race aristocratique; mais après lui commence une nouvelle sorte de princes. Toutes les fois qu'un grand changement dans la constitution d'un état s'opère, les anciennes familles disparoissent ; soit qu'elles s'épuisent et s'éteignent réellement; soit qu'obéissant ou résistant au nouveau pouvoir, elles disparoissent dans le mépris qui s'attache à leur soumission, ou dans l'oubli qui suit leur fierté. Le despotisme étoit aristocratique par l'élection du sénat; il devint démocratique par l'élection de l'armée.
Remarquons sous la première année du règne de Néron, la naissance de Tacite : il parut derrière les tyrans pour les punir, comme le remords à la suite du crime. Tite-Live étoit mort sous Tibère. Tite-Live et Tacite se partagèrent le tableau des vertus et des vices des Romains; les exemples rappelés par le premier furent aussi inutiles, que les leçons données par le second.
Pendant le règne de Néron la Grande-Bretagne se souleva et fut écrasée; les Parthes remuèrent et furent contenus par Corbulon; les Germains restèrent tranquilles, hors les Frisons et les Ansibares, qui voulurent occuper le long du Rhin le pays que les Romains laissoient inculte. Le vieux chef des Ansibares, repoussé par le général romain : s'écria « Terre ne peut nous » manquer pour y vivre ou pour y mourir1. » Nous devons compter les Ansibares au nombre de nos ancêtres; ils firent dans la suite partie de GAN, OTON, la ligue des Franks. Galba, Othon et Vitellius CLET, CLÉMENT, Passèrent vite; ils eurent à peine le temps de se cacher sous le manteau impérial. Galba avoit dit à Pison, dans le beau discours que lui prête Tacite, que l'élection remplaceroit pour le peuple romain la liberté : cette liberté ne fut que la décision de la force.
1 Déesse nobis terra in quâ vivamus, in quâ moriamur non potest. (Tacit. Annal. lib. xII, pag. 236. Apud Barbou, Parisiis, 1779.) ↩
Quelques mots de Galba sont dignes de l'anciennne Rome dont il conservoit le sang. Des légionnaires sollicitaient une gratification nouvelle: « Je choisis des soldats, répondit-il, et ne les achète pas2 ».
2 Légère se militem, non emere consuesse. (Suet., in vit. Galb. ) ↩
Othon venait de soulever les prétoriens ; un soldat se présente à Galba l'épée nue, affirmant avoir tué Othon : «Qui te l'a ordonné, » dit le vieil empereur3?
3 Quo auctore ? (Id. , ibid. ) ↩
Galba fut massacré sur la place publique. Entouré par les séditieux qu'avoit soulevés Othon , il tendit la gorge aux meurtriers, en leur disant « Frappez si cela est utile au peuple Romain. s Sa tête tomba; elle étoit chauve; un soldat, pour la porter, fut obligé de l'envelopper dans une étoffe1. Cette tête auroit dû mieux conseiller un vieillard de soixante-treize ans : étoit-ce la peine de mettre une couronne sur un front dépouillé?
1 Suétone ajoute quelques circonstances à ce récit. Jugulatus est ad lacum Curtii, ac relictus ita uti erat, donec gregarius miles, à frumentatione rediens abjecto onere caput ei amputavit : et quoniam capillo præ calvitie arripere non poterat, in gremium abdidit mox inserto per os pollice ad Othonem detulit. (Suet. In vit. Galbas, pag. 298 et 299.). ↩
Othon avoit voulu l'empire; il l'avoit voulu tout de suite, non comme un pouvoir, mais comme un plaisir. Trop voluptueux pour régner, trop faible pour vivre, il se trouva assez fort pour mourir. Ses soldats ayant été battus par les légions de Vitellius, il se couche, dort bien, se perce à son réveil de son poignard2? et s'en va à petit bruit, sans avoir lu le dialogue de Platon sur l'immortalité de l'âme, sans se déchirer les entrailles. Mais Caton expira avec la liberté; Othon ne quittoit que la puissance.
2 Posthæc, sedatà siti gelid. aquæ potione, arripuit duos pugiones, et exploratâ utriusque acie, cum alterum pulvino subdidisset, foribus adopertis, arctissimo somno quievit : et circa lucem demum expergefactus, uno se trajicit ictu infra lævam papillam. (Suet. In vitâ Othonis, pag. 308.) ↩
Vitellius qui n'est guère connu que par ses excès de table et dont le premier monument était un plat1, Vitellius successeur d'Othon cassa les prétoriens qui s'étoient déclarés contre lui. Bientôt il est attaqué par Primus, vainqueur au nom de Vespasien : on se bat dans Rome; des Illyriens, des Gaulois, des Germains légionnaires, s'égorgent au milieu des festins, des danses et des prostitutions.
1 Hanc (cænam fratris) quoque superavit dedicatione patriæ, quam ob immensam magnitudinem, Clypeum Minerve divida rodovzov dictitabat. (Suet. In vita. Aul., Vitell., pag. 317.) Hanc patinam, cum fictilis esse non posset propter magnitudinem, argenteam fecit : eaque diù permansit, veluti res diis consecrata, quousque Adrianus eamdem conspicatus, conflari jussit. (Dion. Hist. rom. de Vitel., lib. L.xv, pag. 735.) - ↩
Vitellius fuit avec son cuisinier et son boulanger; rentré dans son palais, il le trouve désert ; saisi de terreur il court se cacher dans la loge d'un portier, près de laquelle étoient des chiens qui le mordirent2 . Il bouche la porte de cette loge avec le lit et le matelas du portier ; les soldats arrivent, découvrent l'empereur, l'arrachent de son asile. Les mains liées derrière le dos, la corde au cou, les vêtemens déchirés, les cheveux rebroussés, Vitellius demi-nu est traîné le long de la Voie Sacrée. Son visage rouge de vin, son gros ventre, sa démarche chancelante comme celle d'un Silène1, sont des sujets d'insultes et de risées. On l'appelle incendiaire, gourmand, ivrogne; on lui jette des ordures; on lui attache une épée sur la poitrine, la pointe sous le menton pour le contraindre à lever la tête qu'il baissoit de honte; on l'oblige de regarder ses statues renversées, et dont les inscriptions portoient qu'il étoit né pour le bonheur et la concorde des Romains1. Enfin, après l'avoir accablé d'outrages et de blessures, on l'achève; son corps est jeté dans le Tibre, sa tête plantée au bout d'une pique. Vitellius s'assit à l'empire qu'il avoit pris pour un banquet: ses convives le forcèrent d'achever le festin aux Gémonies.
2 Confugitque in cellulam janitoris, religato pro foribus cane. (Suet., In vit. Aul. Vitel., pag. 321.) Vitellius, sordido attritoque sagulo amictus , se abdit in obscurum locum ubi canes alebantur : sed investigatus inventusque, pannis obsitus et sanguine perfusus, quod eum canes læserant, deprehenditur. (Dion. Hist. rom., lib. LX VI. ) ↩
1 Religatis post terga manibus, injecto cervicibus laqueo, veste discissâ, seminudus in Forum tractus est , inter magna rerum verborumque ludibria, per totum viæ Sacræ spatium , reducto coma capite, ceu noxii solent, atque etiam mento mucrone gladii subjecto ut visendam præberet faciem , neve submitteret ; quibusdam stercore et cœno incessentibus, aliis incendiarium et patinarium, vociferantibus, parte vulgi etiam corporis vitia exprobrante : erat enim in eo enormis proceritas, facies rubida plerumque ex vinolentiâ, venter obesus, alterum fémur subdebile. ( Suet. In vit. Aul. Vitell., pag. 322. ) ↩
1 Vitellius infestis mucronibus coactum, modo erigere os et offerre contumeliis, nunc cadentes statuas suas, plerumque rostra, aut Galbæ occisi locum contueri. ( Tacit. Histor., lib. Iv, paz. 476. Édit. de Barbou. ) Statux équestres cum plurifariam ei ponerentur... laureâ religiosissime circumdederat. ( Suet. In vit. Vitell.) Solutum à latere pugionem, consuli primum, deinde, illo récusante, magistratibus ac mox singulis senatoribus porrigens, nullo recipiente quasi in æde C'oncordia positurus abcessit : sed quibusdam acclamantibus ipsum esse concordiam, rediit : nec solum se retinere ferrum affirmavit, verum etiam Concordice recipere cognomen. ( Suet. Ib. ) ↩
Les Sarmates Rhoxolans furent battus pendant le court règne d'Othon. Tandis que Vespasien attaquoit Vitellius, les Daces attaquèrent la Mosie, et furent repoussés par Mucien. Civilis fit révolter les Bataves, et les Germains, alliés de Civilis, insultèrent les frontières romaines.
La mort de Vitellius suspendit le cours de ces ignominieuses adversités. Quatre-vingts années de bonheur, interrompues seulement par le règne de Domitien, commencèrent à l'élévation de Vespasien. On a regardé cette période comme celle où le genre humain a été le plus heureux ; vrai est-il, si la dignité et l'indépendance des nations n'entrent pour rien dans leurs félicités.
Les premiers tyrans de Rome se distinguèrent chacun par un vice particulier, afin qu'on jugeât ce que la société peut supporter sans se dissoudre; les bons princes qui succédèrent à ces tyrans brillèrent chacun par une vertu différente, afin qu'on sentît l'insuffisance des qualités personnelles pour l'existence des peuples, quand ces qualités sont séparées des institutions.
Tout ce qu'on peut imaginer de mérites divers, parut à la tête de l'empire : ceux qui possédèrent ces mérites pouvoient tout entreprendre : ils n'étoient gênés par aucune entrave; héritiers de la puissance absolue, ils étoient maîtres d'employer pour le bien l'arbitraire dont on avoit usé pour le mal. Que produisit ce despotisme de la vertu ? rétablit-il la liberté? préserva-t-il l'empire de sa chute? non. Le genre humain ne fut ni amélioré, ni changé. La fermeté régna avec Vespasien, la douceur avec Titus, la générosité avec Nerva, la grandeur avec Trajan, les arts avec Adrien, la piété avec Antonin, enfin la philosophie monta sur le trône avec Marc-Aurèle, et l'accomplissement de ce rêve des sages n'amena aucun bien solide. C'est qu'il n'y a rien de durable, ni même de possible, quand tout vient des volontés et non des lois; c'est que le paganisme survivant à l'âge poétique, n'ayant plus pour lui la jeunesse et l'austérité républicaines, transformoit les hommes en un troupeau de vieux enfans, sans raison et sans innocence.
Il y avoit dans l'empire des chrétiens obscurs, persécutés même par Marc-Aurèle, et ils faisoient avec une religion méprisée ce que ne pouvoit accomplir la philosophie ornée du sceptre : ils corrigeoient les mœurs, et fondoient une société qui dure encore.
ESPASIEN , TITUS , Vespasien mit fin ' la guerre de Civilis, et CLÉMENT , à la révolte d'où sortit la touchante aventure pape.
De J.-C. 6g-81. d'Eponine. Cette gauloise doit être nommée dans une histoire des Français.
Du petit nombre de ces hommes que la prospérité rend meilleurs, Titus ne fut point obligé de soutenir au dehors l'honneur de l'empire; il n'eut à combattre que ses passions : il les vainquit pour devenir les délices du genre humain. On a voulu douter de sa constance dans la vertu, au cas que sa vie se fût prolongée1 : pourquoi calomnier le néant d'un avenir si vain qu'il n'a pas même été ?
1 Dion., pag. 754. ↩
On appliqua à Titus et Vespasien les prophéties qui annonçoient des conquérants venus de la Judée2. Le Messie devoit être un prince de paix : en conséquence Vespasien fit bâtir à Rome, et consacrer à la Paix Éternelle un temple qui vit toujours la guerre, et dont les fondements mis à nu aujourd'hui, out à peine résisté aux assauts du temps. Le véritable Prince de paix étoit le roi de ce nouveau peuple qui croissoit et multiplioit dans les catacombes, sous les pieds du vieux monde passant au-dessus de lui.
2 Pluribus persuasio inerat, antiquis sacerdotum litteris contineri, eo ipso tempore fore ut valesceret Oriens, profectique Judæa rerum potirentur : qua ambages Vespasianum ac Titum prædixerant. (Tacit. Hist., lib. v, cap. 13.) ↩
St. Clément écrivit aux Corinthiens, pour les inviter à la concorde. Il raconte que saint Pierre avoit souffert plusieurs fois, que saint Paul battu de verges et lapidé avoit été jeté dans les fers1 à sept reprises différentes. Il indique l'ordre dans le ministère ecclésiastique, les oblations, les offices, les solennités : Dieu a envoyé J.-C., J.-C. les apôtres, les apôtres ont établi les évêques et les diacres.
1 Petrus non unum aut alterum, sed plures labores sustulit... Paulus propter æmulationem in vincula septies conjectus, verberibus cæsus, lapidatus, patientiæ præmium reportavit. (Clementis ad Corinth. Epist. , pag. 8. ) ↩
La religion accrut sa force sous les règnes de Vespasien et de Titus, par la consommation d'un des oracles écrits aux livres saints : Jérusalem périt.
La guerre de Judée avoit commencé sous 1Néron. La multitude des juifs qui se trouva à Jérusalem l'an 66 de J.-C. pour la fête des azymes, fut comptée par le nombre des victimes pascales : il se trouva qu'on en avoit immolé deux cent cinquante six mille, cinq cents2. Dix et quelquefois vingt convives s'assembloient pour manger un agneau, ce qui donnoit, pour dix seulement, deux millions cinq cent cinquante - six mille assistants purifiés.
2 Hostiarum quidem ducenta et quinquaginta sex millia et quingentas numeravêre. ( Joseph. Bell. Jud. , lib. vii, cap. 17, pag. 960. ) ↩
Des prodiges annoncèrent la destruction du temple : une voix avoit été entendue qui disoit : Sortons d'ici. Jésus, fils d'Ananus, courant autour des murailles de la ville assiégée, s'était écrié : « Malheur! malheur sur la ville! malheur sur le temple ! malheur sur le peuple! malheur sur moi!1 » Famine, peste et guerre civile au dedans de la cité; au dehors les soldats romains crucifioient tout ce qui vouloit s'échapper : les croix manquèrent et la place pour dresser les croix. On éventroit les fugitifs pour fouiller dans leurs entrailles l'or qu'ils avoient avalé. Six cent mille cadavres de pauvres furent jetés dans les fossés, par-dessus les murailles. On changeoit les maisons en sépulcres, et quand elles étoient pleines on en fermoit les portes. Titus, après avoir pris la forteresse Antonia, attaqua le temple le 17 juillet 70 de Jésus-Christ, jour où le sacrifice perpétuel avait cessé, faute de mains consacrées pour l'offrir. Marie, fille d'Eléazar, rôtit son enfant, et le mangea1 dans la ville où une autre Marie avait enseveli son fils. Jésus-Christ avait dit aux femmes de Jérusalem après le prophète : « Un jour viendra où l'on dira : heureuses les entrailles stériles et les mamelles qui n'ont point allaité! »
1 Vocem audiêre, quæ diceret : Migremus hinc. Suprà murum enim circumiens iterum : «Væ! væ ! civitati, ac fano , ac populo, » voce maximâ clamitabat : cum autem ad extremum addidit : væ etiam mihi! lapis tormento missus eum statim peremit, animamque adhuc omnia illa gementem dimisit. ( Joseph, de Bello Jud., lib. vII, pag. 96.) ↩
1 Mulier quædam... Maria nomine de vico Vetezobra... vi animi de necessitate compulsa... raptoque fiUo quem lactentem habebat... occidit coctumque médium comedit, adopertumque reliquum servavit. ( Joseph., lib. vu, cap. 8, pag. 954 et 955.) ↩
Le temple fut brûlé le 8 d'août de cette année 7o, ensuite la ville basse incendiée, et la ville haute emportée d'assaut. Titus fit abattre ce qui restait du temple et de la ville, excepté trois tours; on promena la charrue sur les ruines. Telle fut la grandeur du butin, que le prix de l'or baissa de moitié en Syrie. Onze cent mille Juifs moururent pendant le siége, quatre-vingt-dix-sept mille furent vendus2; à peine trouvait-on des acheteurs pour ce vil troupeau. A la fête de la naissance de Domitien, à celle de l'anniversaire de l'avénement de Vespasien à l'empire (24 octobre 70 et 1°. juillet 71) plusieurs milliers de Juifs périrent par le feu et les bêtes, ou par la main les uns des autres, comme gladiateurs. A Rome, Titus et son père triomphèrent de la Judée: Jean et Simon, chefs des Juifs de Jérusalem, marchoient enchaînés derrière le char. Des médailles frappées en mémoire de cet événement représentent une femme enveloppée d'un manteau, assise au pied d'un palmier, la tête appuyée sur sa main, avec cettte inscription : la Judée captive.
2 Et captivorum quidem omnium qui toto bello comprehensi sunt, nonaginta et septem millia comprehensus est numerus, mortuorum verò per omne tempus obsidionis undecies centum millia. ! Jos., de B. Jud., lib. vIt, cap. 17.) ↩
Les Chrétiens trouvoient dans cette catastrophe d'autres sujets d'étonnement que la multitude païenne: il n'y avoit pas trois années que Saint-Pierre étoit enseveli au Vatican; Saint-Jean, qui avoit vu pleurer Jésus-Christ sur Jérusalem, vivoit encore ; peut-être même, selon quelques traditions, la mère du Fils de l'Homme étoit encore sur la terre; elle n'avoit point encore accompli son assomption en laissant dans sa tombe, au lieu de ses cendres, sa robe virginale ou une manne céleste1.
1 Plurimi asseverant quià in sepulchro ejus, non nisi manna invenitur quod scaturire cernitur. ( De Assomp. B. Mariæ sermo , tributus divo Hieronymo , t. 9, p. 67.) ↩
Les Juifs furent dispersés : témoins vivants de la parole vivante, ils subsistèrent, miracle perpétuel au milieu des nations. Etrangers partout, esclaves dans leur propre pays, ils virent tomber ce temple dont il ne reste pas pierre sur pierre, comme mes yeux ont pu s'en convaincre. Une partie de leur population enchaînée vint élever à Rome cet autre monument où devoient mourir les Chrétiens. Le ciseau sculpta sur un arc de triomphe qu'on admire encore les ornements qui brilloient aux pompes de Salomon, et dont, sans ce hasard, nous ignorerions la forme : l'orgueil d'un prince romain et le talent d'un artiste grec ne se doutoient guère qu'ils fournissoient une preuve de plus de la grandeur de la nation vaincue et de ses mystérieuses destinées. Tout devait servir, gloire et ruine, à rendre éternelle la mémoire du peuple que Moïse forma, et qui vit naître Jésus-Christ.
Le Capitole, incendié dans les désordres qui signalèrent la fin de Vitellius, étoit la proie des flammes presque au moment où le temple de Jérusalem brûloit. Domitien fit dans la suite la dédicace du nouveau Capitole : l'autel de la servitude y remplaça celui de la liberté; on eut encore le malheur de n'y pouvoir rétablir l'image fameuse du chien, dont les gardiens répondoient sur leur vie. Soixante millions furent employés à la seule dorure de cet édifice. Jupiter, en vendant tout l'Olympe, disoit Martial1, n'auroit pu payer le vingtième de cette somme. Le dieu des Juifs avoit prononcé la destruction de son temple, et Julien essaya vainement de le relever.
1 Quantum jam superis, Cæsar, colo que dedisti, Si répétas et creditor esse velis. Grandis in æthereo, licet auctio fiât Olympo Coganturque dei vendere quidquid habent; Conturbabit Atlas, et non erit uncia tota, Decidat tecum quâ pater ipse deum. Pro capitolinis, quid enim cedere templis, Quid pro Tarpeio frondis honore potero? Quid pro culminibus geminis matrona tonantis? Pallida prætereo ; res agit illa tuas. Quid loquar Alcidem, Phobumque, piosque Laconas . Addita quid Latio flavia templa polo? Expectes, sustineas, Auguste, necesse est : Nam tibi quod solvat non habet arca Jovis. (Mart., lib. Ix, épigr. 4.) ↩
La grande peste et l'éruption du Vésuve qui fit périr Pline, le naturaliste, sont de cette époque1.
1 Plin. , lib. xxxIV, cap. 7. ↩
Ebion, Cérinthe, Ménandre, disciple de Simon, alloient prêchant leurs hérésies. Les philosophes furent de nouveau exclus de Rome. C'étoient Euphrate, Tyrien, d'abord ami et ensuite adversaire d'Apollonius de Tyane, Démétrius le Cynique, Artémidore, Damis le pythagoricien, Épictète le stoïcien, Lucien l'épicurien , Diogène le jeune cynique, Héros et Dion de Pruse ; Musonius seul trouva grâce auprès de Vespasien.
Le pape Clément acheva de gouverner l'Eglise la soixante-dix-septième année de Jésus-Christ; il céda sa chaire à saint Anaclet ou Clet, pour éviter un schisme2. On attribue à saint Clément les ouvrages les plus anciens après les livres canoniques.
2 Accepit impositionem manuum episcopatüs, et eo recusato remoratus est ; (dicit enim in unâ epistolâ suâ, secedo, abeo, erigatur populus Dei...) Cletus constituitur. (Epiphanius contra hæreses, cap. 6.) ↩
Jamais frère ne ressembla moins à son frère que Domitien à Titus. Sous Domitien, les peuplades du nord, pressées peut-être par le grand ARACLE, EVARISTE, corps des Goths qui s'approchoit, remuèrent aux frontières de l'empire. Domitien fut battu par les Quades et les Marcomans en Germanie; il acheta la paix de Décébale, chef des Daces, en lui payant une espèce de redevance annuelle. Ce premier exemple de foiblesse profita aux barbares : selon les temps et les circonstances, ils continuèrent à vendre aux empereurs une paix dont le prix leur servoit ensuite à recommencer la guerre.
Domitien vaincu ne s'en décerna pas moins les honneurs du triomphe : il prit avec raison le surnom de Dacique. Il donna des jeux, se consacra des statues, et se traîna dans la gloire où d'autres empereurs s'étoient précipités.