Première partie — Révolutions anciennes. introduction
Chapitre XXII. Poésie à Athènes. - Anacréon. -Voltaire. - Simonide, Fontanes. - Sapho,
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Parny. -Alcée. - Esope, de Nivernois. - Solon, les deux Rousseau.
Pisistrate, en usurpant l'autorité souveraine, avait senti que, pour la conserver chez un peuple volage, il fallait l'amuser par des fêtes : on retient plus facilement les hommes avec des fleurs qu'avec des chaînes. Il remplit sa patrie des monuments du génie et des arts8. Ses fils, imitant son exemple, firent de leur cour le rendez-vous des beaux esprits de la Grèce9. La capitale de l'Attique retentissait, comme celle de la France, du bruit des vers et des orgies. Écoutons le chantre octogénaire de Téos, et le vieillard de Ferney, au milieu des cercles brillants de Paris et d'Athènes :
8 MEURS., in Pisistr., cap. IX. ↩
9 PLAT., in Hipparch. ↩
« Que m'importent les vains discours de la rhétorique ? Qu'ai-je besoin de tant de paroles inutiles? Apprenez-moi plutôt à boire du jus vermeil de Bacchus, à folâtrer avec l'amoureuse Vénus aux cheveux d'or. Garçon, couronne ma tête blanchie par les ans. Verse du vin pour assoupir mon âme. Bientôt tu me déposeras dans la tombe, et les morts n'ont plus de désirs 10. »
Si vous voulez que j'aime encore,
Rendez-moi l'âge des amours :
Au crépuscule de mes jours, Rejoignez s'il se peut l'aurore.
Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l'amour tient son empire,
Le temps, qui me prend par la main,
M'avertit que je me retire.
De son inflexible rigueur
Tirons du moins quelque avantage :
Qui n'a pas l'esprit de son âge, De son âge a tout le malheur.
Ainsi je déplorais la perte
Des plaisirs de mes premiers ans ;
Lorsque, du ciel daignant descendre,
L'amitié vint à mon secours.
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins belle que les amours.
Touché de sa grâce nouvelle, Et de sa lumière éclairé, Je la suivis ; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu'elle1.
1 VOLTAIRE, Mélanges de poésie; Stances sur la vieillesse. ↩
Si ces deux petits chefs-d'œuvre du goût et des grâces prouvent que la bonne compagnie est partout une et la même, et qu'on s'exprimait à la cour d'Hipparque comme à celle de Louis XV et de Louis XVI, ils montrent aussi qu'un peuple qui pense avec tant de délicatesse s'éloigne à grands pas de la simplicité primitive et, par conséquent, approche des temps de révolutionsa.
(a) C'est voir beaucoup de grandes choses dans deux petits poëmes, que j'ai d'ail - leurs raison d'appeler deux chefs-d'œuvre. (N. ED.) ↩
Auprès d'Anacréon on voyait briller Simonide, dont le cœur épanchait sans cesse la plus douce philosophie : il excellait à chanter les dieux. Mais lorsqu'il venait à toucher sur sa lyre les notes plaintives de l'élégie, la tristesse et la volupté de ses accents2 jetaient l'âme en un trouble inexprimable. Sa morale était vraie, quoiqu'elle tendît un peu à éteindre l'enthousiasme du grand. Il disait que la vertu habite des rochers escarpés, où l'homme ne saurait atteindre sans être entraîné dans l'abîme1; qu'il n'y a point de perfection2, qu'il faut plaindre, et non censurer nos faiblesses ; que nous ne vivons qu'un moment, mourons pour toujours, et que ce moment appartient aux plaisirs3.
2 QUINTIL., lib. X, cap. 1, p. 631. ↩
1 PLAT., in Protag. ↩
2 Id., ibid. ↩
3 STOB., Serm. XCVI. J'ai entre les mains quelques poésies de Simonide qui ne valent pas la peine d'être connues, ou n'ont aucun rapport à mon sujet. J'apprends à l'instant qu'une traduction française de ce poëte vient d'arriver en Angleterre. J'ignore ce qu'elle contient, et si le traducteur a trouvé de nouveaux fragments. ↩
Si quelque chose peut nous donner une idée de ce mélange ineffable de religion et de mélancolie, répandu dans les vers du poëte de Céos, ce sont les fragments qu'on va lire. M. de Fontanes peut être appelé avec justice le Simonide français. Tout mon regret est de ne pouvoir insérer le morceau dans son entier. Malheureusement le plan de cet Essai ne le permet pas.
Le poëme est intitulé Jour des Morts, et retrace une fête del'Église romaine, qui se célèbre le second jour de novembre de chaque année.
Déjà du haut des cieux le cruel Sagittaire Avait tendu son arc et ravageait la terre ; Les coteaux, et les champs, et les prés défleuris, N'offraient de toutes parts que de vastes débris ; Novembre avait compté sa première journée.
Seul alors, et témoin du déclin de l'année, Heureux de mon repos, je vivais dans les champs.
Eh ! quel poëte épris de leurs tableaux touchants, Quel sensible mortel, des scènes de l'automne N'a chéri quelquefois la beauté monotone?
Oh ! comme avec plaisir la rêveuse douleur, Le soir, foule à pas lents ces vallons sans couleur, Cherche les bois jaunis, et se plaît au murmure Du vent qui fait tomber la dernière verdure !
Ce bruit sourd a pour moi je ne sais quel attrait.
Tout à coup si j'entends s'agiter la forêt, D'un ami qui n'est plus la voix longtemps chérie Me semble murmurer dans la feuille flétrie.
Aussi c'est dans ces temps où tout marche au cercueil, Que la religion prend un habit de deuil ; Elle en est plus auguste, et sa grandeur divine Croît encore à l'aspect de ce monde en ruine.
Ici se trouve la peinture du prêtre, pasteur vénérable, qui console le vieillard mourant et soulage le pauvre affligé. L'homme juste se rend ensuite au temple. Après un discours analogue à la cérémonie,
Il dit, et prépara l'auguste sacrifice.
Tantôt ses bras tendus montraient le ciel propice; Tantôt il adorait, humblement incliné.
O moment solennel ! Ce peuple prosterné, Ce temple dont la mousse a couvert les portiques,
Ses vieux murs, son jour sombre et ses vitraux gothiques,
Cette lampe d'airain qui, dans l'antiquité, Symbole du soleil et de l'éternité, Luit devant le Très-Haut, jour et nuit suspendue, La majesté d'un Dieu parmi nous descendue,
Les pleurs, les vœux, l'encens, qui montent vers l'autel,
Et de jeunes beautés qui, sous l'œil maternel, Adoucissent encor, par leur voix innocente, De la religion la pompe attendrissante; Cet orgue qui se tait, ce silence pieux, L'invisible union de la terre et des cieux, Tout enflamme, agrandit, émeut l'homme sensible; Il croit avoir franchi ce monde inaccessible Où sur des harpes d'or l'immortel Séraphin, Aux pieds de Jéhova, chante l'hymne sans fin.
C'est alors que sans peine un Dieu se fait entendre :
Il se cache au savant, se révèle au cœur tendre ; Il doit moins se prouver qu'il ne doit se sentir1.
1 Journal de Peltier, n° XxI, vol. III, p. 273. ↩
La foule, précédée de la croix, et mêlant ses chants sacrés au murmure lointain des tempêtes, marche vers l'asile des morts. Là, la veuve pleure un époux, la jeune fille un amant, la mère un fils à la mamelle. Trois fois l'assemblée fait le tour des tombes ; trois fois l'eau lustrale est jetée. Alors le peuple saint se sépare, les brouillards de l'automne s'entr'ouvrent, et le soleil reparaît dans les cieuxa.
(a) C'est un grand bonheur pour moi de retrouver jusque dans mon premier ouvrage la mémoire et le nom d'un homme qui devait me devenir si cher. (N. Eb.) ↩
Simonide eut une destinée à peu près semblable à celle des poëtes français de nos jours. Il vit les deux régimes à Athènes: la monarchie sous les Pisistratides, et la république après leur expulsion. Témoin des victoires des Grecs sur les Perses, il les célébra dans des hymnes triomphales. Comblé des faveurs d'Hipparque, il l'avait chanté; et il loua sans mesure les assassins de ce prince1. Les monarques tombés doivent s'attendre à plus d'ingratitude que les autres hommes, parce qu'ils ont conféré plus de bienfaits2.
1 ALLIAN., Var. Hist., lib. VIII, cap. II. ↩
2 Je déplorais avec un bien bon ami, homme de toute sorte de mérite, cette malheureuse flexibilité d'opinion qui a quelquefois obscurci les plus grandes qualités. Il me fit cette réflexion, qui prouve autant sa sensibilité que l'excellence de sa raison. « Ceux qui s'occupent de littérature, me dit-il, sont jugés trop rigoureusement du reste de la société. Nés avec une âme plus tendre, ils doivent être plus vivement affectés. De là le rapide changement de leurs idées, de leurs amours, de leurs haines, si surtout l'objet nouveau a quelque apparence de grandeur. D'ailleurs la plupart sont pauvres, et la première loi est de vivre. » Encore une fois, j'ai professé mon respect pour les gens de lettres. Si j'avais eu l'intention de faire quelque application particulière (ce qui est bien loin de ma pensée), je n'eusse pas choisi l'article de M. de Fontanes, qui, dans les courts instants où j'ai eu le bonheur de le connaitre, m'a paru avoir un caractère aussi pur que ses talents. ↩
Cependant Anacréon et Simonide n'étaient pas les seuls poëtes qui eussent acquis l'immortalité. Toute la Grèce répétait alors les vers de cette Sapho, si célèbre par ses vices et son génie. Il était encore donné à notre siècle de nous rappeler l'immoralité des goûts de la dixième Muse. Je veux croire que ces mœurs ne se rencontraient pas parmi nous dans les rangs élevés, où la calomnie qui s'attache au malheur s'est plu à les peindre. Sapho eut encore une influence plus directe sur son siècle, en inspirant aux Lesbiennes l'amour des lettres3. C'est ce qui fit naître les soupçons, que l'ode suivante n'est pas propre à dissiper.
3 SuiD., in Sappho. ↩
A son amie
Heureux qui, près de toi, pour toi seule soupire, Qui jouit du plaisir de t'entendre parler, Qui te voit quelquefois doucement lui sourire !
Les dieux, dans son bonheur, peuvent-ils l'égaler ?
Je sens de veine en veine une subtile flamme Courir par tout mon corps, si tôt que je te vois ; Et, dans les doux transports où s'égare mon âme, Je ne saurais trouver de langue ni de voix.
Un nuage confus se répand sur ma vue,
Je n'entends plus, je tombe en de douces langueurs ;
Et pâle, sans haleine, interdite, éperdue, Un frisson me saisit, je tremble, je me meurs4.
4 DESPR., traduct. de Longin. ↩
Opposons à ce fragment de la muse de Mitylène, un passage du seul poëte élégiaque que la France ait encore produit1. Les mœurs des peuples se peignent souvent aussi bien dans des sonnets d'amour que dans des livres de philosophie.
1 Je ne parle ni du chevalier de Bertin, ni de M. Lebrun, les élégies de ce dernier poëte n'étant pas encore publiées lorsque je quittai la France*. Je ne sais si elles l'ont ↩
* Lebrun est mort, et ses Élégies ont été publiées par M. Ginguené. ↩
Délire
Il est passé ce moment des plaisirs Dont la vitesse a trompé mes désirs :
Il est passé ! Ma jeune et tendre amie, Ta jouissance a doublé mon bonheur.
Ouvre tes yeux noyés dans la langueur, Et qu'un baiser te rappelle à la vie.
Eléonore, amante fortunée,
Reste à jamais dans mes bras enchaînée.
Pardonne tout, et ne refuse rien, Eléonore, amour est mon complice.
Mon corps frissonne en s'approchant du tien.
Plus près encor, je sens avec délice Ton sein brûlant palpiter sous le mien.
Ah ! laisse-moi, dans mes transports avides,
Boire l'amour sur tes lèvres humides.
Oui, ton haleine a coulé dans mon cœur,
Des voluptés elle y porte la flamme; Objet charmant de ma tendre fureur, Dans ce baiser reçois toute mon âme2.
2 OEuvres du chevalier de Purny, t. I, Poésies érotiq., liv. III, p. S6. ↩
Je laisse à décider au lecteur, qui, du Tibulle de la France, ou de l'amante de Phaon, a peint la passion avec plus d'ivresse. Les deux poëtes semblent avoir fait couler dans leurs vers la flamme de ces soleils sous lesquels ils prirent naissance3.
3 M. de Parny est né à l'ile de Bourbon. ↩
Il eût été curieux de voir comment Alcée, chassé de Mitylène par une révolution, chantait les malheurs de l'exil et de la tyrannie4. Malheureusement il ne nous reste rien de ce poëte.
4 HORAT., lib. II, Od. XII. ↩
Le fabuliste Ésope fleurissait aussi dans cet âge célèbre. Passant un jour à Athènes et trouvant les citoyens impatients sous le joug de Pisistrate, il leur dit :
«Les grenouilles, s'ennuyant de leur liberté, demandèrent un roi à Jupiter. Celui-ci se moqua de leur folle prière. Elles redoublèrent d'importunité, et le maître de l'Olympe se vit contraint de céder à leurs clameurs. Il leur jeta donc une poutre qui fit trembler tout le marais dans sa chute. Les grenouilles, muettes de terreur, gardèrent d'abord un profond silence; ensuite elles osèrent saluer le nouveau prince et s'approcher de lui toutes tremblantes. Bientôt elles passèrent de la crainte à la plus indécente familiarité. Elles sautèrent sur le monarque, insultant à son peu d'esprit et à sa vertu tranquille. Nouvelles demandes à Jupiter. Cette fois-ci il leur envoya une cigogne, qui, se promenant dans ses domaines, se mit à croquer tous ceux de ses sujets qui se présentèrent. Alors ce furent les plaintes les plus lamentables. Le souverain des dieux refusa de les entendre :... il voulut que les grenouilles gémissent sous un tyran, puisqu'elles n'avaient pu souffrir un bon roi1. »
1 ESOP., Fab. XIX. ↩
Oh ! comme toute la vérité de cette fable tombe sur le cœur d'un Français ! comme c'est là notre histoire!
Outre son immortel fabuliste, la France en compte un autre, qui a vu de près les malheurs de la révolution. M. de Nivernois n'a ni la simplicité d'Ésope ni la naïveté de La Fontaine; mais son style est plein de raison et d'élégance; on y retrouve le vieillard et l'homme de bonne compagnie.
Le papillon et l'amour. fable
Le papillon se plaignait à l'Amour :
Voyez, lui disait-il un jour, Voyez quel caprice est le vôtre !
Si jamais le destin a fait
Deux êtres vraiment l'un pour l'autre,
C'est vous et moi : le rapport est complet
Entre nous deux ; même allure est la nôtre,
Convenez-en de bonne foi.
Qui devrait donc, si ce n'est moi, Guider de votre char la course vagabonde?
Mais vous prenez pour cet emploi Le seul oiseau constant qui soit au monde.
Laissez le pigeon roucouler Avec l'hymen, et daignez m'atteler A votre char; et qu'au gré du caprice,
On nous voie ensemble voler, Car ainsi le veut la justice.
Ami, répond l'Amour, tu raisonnes fort bien ;
Je t'aime, et, je le sais, notre humeur se ressemble ;
Mais gardons-nous de nous montrer ensemble ;
Alors nous ne ferions plus rien.
Le vrai bonheur n'est que dans la constance;
Et mes pigeons l'annoncent aux mortels :
Je les séduis par l'apparence ;
Si je ne les trompais, je n'aurais plus d'autels1a.
1 Journal de Pelt., n° LXXIII. ↩
(a) Ces vers ont une sorte d'élégance, mais ils ne valaient pas la peine d'être rappelés. Et à propos de quoi toutes ces citations de poëtes élégiaques, ce cours de littérature anacréontique ? A propos de la révolution française ! (N. « D ) ↩
Il est temps de donner au lecteur une relique précieuse de littérature. Comme législateur, Solon2 est connu du monde entier; comme poëte, il ne l'est que d'un petit nombre de gens de lettres. Il nous reste plusieurs fragments de ses élégies. Je vais les traduire ou les extraire, selon leur mérite ou leur médiocrité.
2 J'aurais dû avertir plus tôt que l'ordre des dates n'a pas été strictement suivi dans ce chapitre. La succession naturelle des poëtes était : Alcée, Sapho, Ésope, Solon, Anacréon, Simonide. Des convenances de style m'ont obligé à faire ce léger changement qui, au reste, doit être indifférent au lecteur. ↩
« Illustres filles de Mnémosyne et de Jupiter Olympien ! Muses habitantes du mont Piérus ! écoutez ma prière. Faites que les dieux immortels m'envoient le bonheur ; que je possède l'estime de l'honnête homme. Pour mes amis toujours aimable et enjoué, que pour mes ennemis mon caractère soit triste et sévère : qu'aux uns je paraisse respectable ; aux autres, terrible.
« Un peu d'or satisferait mes désirs ; mais je ne voudrais pas qu'il fût le prix de l'injustice : tôt ou tard elle est punie. Les richesses que les dieux dispensent sont durables ; celles que les hommes amassent... les suivent, pour ainsi dire, à regret, et se perdent bientôt dans les malheurs... Le triomphe du crime s'évanouit : Dieu est la fin de tout.
« Semblable au vent qui trouble, jusque dans les profondeurs de l'abîme, les vastes ondes de la mer ; au vent qui, après avoir ravagé les campagnes, s'élève tout à coup dans les cieux, séjour des immortels, et y fait renaître une sérénité inattendue : le soleil, dans sa mâle beauté, sourit amoureusement à la terre virginale, et les nuages brisés se dissipent : telle est la vengeance de Jupiter...
« Toi qui caches le crime dans ton cœur, ne crois pas demeurer toujours inconnu. Immédiat ou suspendu, le châtiment marche à ta suite. Si la justice céleste ne peut t'atteindre, un jour viendra que tes enfants innocents porteront la peine des forfaits de leur père coupable. Hélas ! tous tant que nous sommes, vertueux ou méchants, notre propre opinion nous semble toujours la meilleure, jusqu'à ce qu'elle nous soit fatale. Alors nous nous plaignons des dieux parce que nous avions nourri de folles espérances ! »
Le poëte continue à peindre l'imbécillité humaine : le malade incurable croit guérir, le pauvre attend des richesses; les uns s'exposent sur les flots, d'autres déchirent le sein de la terre, etc.
« La destinée dispense et les biens et les maux ; nous ne pouvons nous soustraire à ce qu'elle nous réserve. Il y a du danger dans les meilleures actions. Souvent les projets du sage échouent, et ceux de l'insensé réussissent. »
Le passage suivant est extrêmement intéressant, en ce qu'il peint l'état moral d'Athènes, au moment de sa révolution.
« La ville de Minerve ne périra jamais par l'ordre des destinées ; mais elle sera renversée par ses propres citoyens. Peuple et chefs insensés, qui ne pouvez ni rassasier vos désirs ni jouir en paix de vos richesses, méritez vos malheurs à force de crimes !... Sans respect pour le droit sacré des propriétés, ou pour les trésors publics, chacun s'empresse de spolier le bien de l'État, insouciant des saintes lois de la justice. Celle-ci, cependant, dans le silence, compte les événements passés, observe le présent, et arrive à l'heure marquée pour la punition du crime. Voilà la première cause des maux de l'État : c'est là ce qui le fait tomber dans l'esclavage; ce qui allume le feu de la sédition et réveille la guerre qui dévore la jeunesse. Hélas ! la chère patrie est soudain accablée d'ennemis; des batailles, sources de pleurs, se livrent et sont perdues ; le peuple indigent est vendu dans la terre de l'étranger, et indignement chargé de fers. »
Solon finit par exhorter ses concitoyens à changer de mœurs, et recommande surtout la justice : « Cette mère des bonnes actions, qui tempère les choses violentes, prévient l'exaltation, corrige les lois, réprime l'enthousiasme, et retient le torrent de la sédition dans des bornes1 »
1 Poet. Minor. Græc., p. 427. ↩
Ces élégies politiques (qu'on me passe l'expression) sont accompagnées de quelques autres pièces de poésie d'une teinte différente. Le morceau sur l'homme, rapproché des stances de Jean-Baptiste Rousseau, offrira une comparaison piquante.
« Jupiter donne les dents à l'homme dans les sept premières années de sa vie. Avant qu'il ait parcouru sept autres années il annonce sa virilité. Durant la période suivante ses membres se développent et un duvet changeant ombrage son menton. La quatrième époque le voit dans toute sa vigueur et fait éclater son courage. La cinquième l'engage à solenniser la pompe nuptiale et à se créer une postérité. Dans la sixième, son génie se plie à tout et ne se refuse qu'aux ouvrages grossiers du manœuvre. Dans la septième, il acquiert le plus haut degré de sagesse et d'éloquence. La huitième y ajoute la pratique des hommes. A la neuvième commence son déclin. Que si quelqu'un parcourt les sept derniers ans de sa carrière, qu'il reçoive la mort sans l'accuser de l'avoir surpris2. »
2 Ihid., p. 431. ↩
Ode sur l'homme
Que l'homme est bien pendant sa vie
Un parfait miroir de douleurs !
Dès qu'il respire, il pleure, il crie,
Et semble prévoir ses malheurs.
Dans l'enfance, toujours des pleurs :
Un pédant, porteur de tristesse,
Des livres de toutes couleurs, Des châtiments de toute espèce.
L'ardente et fougueuse jeunesse
Le met encore en pire état :
Des créanciers, une maîtresse,
Le tourmentent comme un forçat.
Dans l'âge mûr, autre combat :
L'ambition le sollicite; Richesses, honneurs, faux éclat, Soin de famille, tout l'agite.
Vieux, on le méprise, on l'évite; Mauvaise humeur, infirmité,
Toux, gravelle, goutte et pituite,
Assiégent sa caducité.
Pour comble de calamité,
Un directeur s'en rend le maître.
Il meurt enfin peu regretté.
C'était bien la peine de naître1!
1 J. B. RoUSSEAU, Od., t. 1,1.I. Si je cite quelquefois des morceaux qui semblent trop connus, on doit se rappeler qu'il s'agit moins de poésies nouvelles que de saisir ce qui peut mener à la comparaison des temps, et jeter du jour sur la révolution : que, par ailleurs, j'écris dans ↩
Solon et Jean-Baptiste n'ont pas dû représenter le même homme : ils se servaient de différents modèles. L'un travaillait sur le beau antique; l'autre, d'après les formes gothiques de son siècle. Leurs pinceaux se sont remplis de leurs souvenirs.
Il me reste une chose pénible à dire. Le sévère auteur des lois contre les mauvaises mœurs, le restaurateur de la vertu dans sa patrie, Solon enfin, avait pollué la sainteté du législateur, par la licence de sa muse. Le temps a dévoré ces écrits, mais la mémoire s'en est conservée avec soin. Quelques lignes, qui, bien qu'innocentes, décèlent le goût des plaisirs, ont été avidement recueillies.
« Pour toi, commande longtemps dans ces lieux.
Mais que Vénus, au sein parfumé de violettes, me fasse monter sur un vaisseau léger et me renvoie de cette île célèbre. Qu'en faveur du culte que je lui ai rendu elle m'accorde un prompt retour dans ma patrie.
« Les présents de Vénus et de Bacchus me sont chers, de même que ceux des Muses qui inspirent d'aimables folies 2a. »
(a) Ces fragments des poésies de Solon, bien qu'ils soient assurément très-étrangers à la matière, ont un certain intérêt. Cette imbécile opinion moderne, née de l'envie pour consoler la médiocrité, que les talents littéraires sont séparés des talents politiques, se trouve encore repoussée par l'exemple de Solon. Le poëte n'a rien ôté au grand législateur, pas plus qu'il n'a ôté à Xénophon la science politique, à Cicéron l'éloquence, à César la vertu guerrière. Qui fut plus homme de lettres que le cardinal de Richelieu ? L'auteur de l'Esprit des Lois est aussi l'auteur du Temple de Gnide; le grand Frédéric employait plus de temps à faire des vers qu'à gagner des batailles, et le principal ministre d'Angleterre aujourd'hui, M. Canning, est un poète. (N. ÉD.) ↩
C'est ainsi que l'auteur du Contrat Social et de l'Émile a pu écrire :
« O mourons, ma douce amie ! mourons, la bien-aimée de mon cœur ! Que faire désormais d'une jeunesse insipide dont nous avons épuisé toutes les délices ? • • yon, ce ne sont point ces transports que je regrette le plus Rends-moi cette étroite union des âmes que tu m'avais annoncée, et que tn m'as si bien fait goûter ; rends-moi cet abattement si doux, rempli par les effusions de nos cœurs; rends-moi ce sommeil enchanteur trouvé sur ton sein ; rends-moi ce réveil plus délicieux encore, et ces soupirs entrecoupés, et ces douces larmes, et ces baisers qu'une voluptueuse langueur nous faisait lentement savourer, et ces gémissements si tendres durant lesquels tu pressais sur ton cœur ce cœur fait pour s'unir à lui1 ! »
1 Nouv. Hél., t. II, 1re part., p. 117. ↩
Bon jeune homme, qui lis ceci, et dont les yeux brillent de larmes, à cet exemple de la fragilité humaine, cultive cette précieuse sensibilité, la marque la plus certaine du génie. Pour toi, homme parfait, que je vois dédaigneusement sourire, descends dans ton intérieur, applaudis-toi seul, si tu peux, de ta supériorité : je ne veux de toi, ni pour ami, ni pour lecteur2.
2 Ne croirait-on pas lire une de ces apostrophes grotesques que Diderot introduisait dans l'Histoire des deux Indes, sous le nom de l'abbé Raynal ! « O rivage d'Ajinga, tu n'es rien ! mais tu as donné naissance à Eliza, etc. » ↩
Hymne des Marseillais. - Chœur spartiate ; Strophe des Enfants. - Chanson en l'honneur d'Harmodius ; Épitaphe de Marat.
Tandis que Pisistrate et ses fils cherchaient, par les beaux-arts, à corrompre les Athéniens, pour les asservir, les mêmes talents servaient à maintenir les mœurs à Lacédémone. C'est ainsi que le vice et la vertu savent faire un différent usage des présents du ciel.
Les vers de Tyrtée, qui commandaient autrefois la victoire, étaient encore redits par les Spartiates. Ils méritent toute la réputation dont ils jouissent. Rien de plus beau, de plus noble, que les fragments qui nous en restent. Je m'empresse de les donner au lecteur.
Premier chant guerrier
« Celui-là est peu propre à la guerre qui ne peut d'un œil serein voir le sang couler, et ne brûle d'approcher l'ennemi. La vertu guerrière reçoit la couronne la plus éclatante ; c'est celle qui illustre un héros. Vraiment utile à son pays est le jeune homme qui s'avance fièrement au premier rang, y reste sans s'étonner, bannit toute idée d'une fuite honteuse, se précipiter au-devant du danger, et, prêt à mourir, fait face à l'ennemi le plus proche de lui : vraiment excellent, vraiment utile est ce jeune homme. Les phalanges redoutables s'évanouișsent devant lui : il détermine par sa valeur le torrent de la victoire. Mais si, le bouclier percé de mille traits, si, la poitrine couverte de mille blessures, il tombe sur le champ de bataille, quel honneur pour sa patrie ! ses concitoyens ! son père! Jeunes et vieux, tous le pleurent. Il emporte avec lui l'amour d'un peuple entier. Sa tombe, ses enfants, sa postérité même la plus reculée, attirent le respect des hommes. Non, il ne meurt point, le héros sacrifié à la patrie : il est immortel1!. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1 Poet. Minor. Grœc., p. 434. ↩
Ce morceau est sublime. Il n'y a la ni fausse chaleur, ni torture de mots, ni toute cette enflure moderne dont Voltaire commençait déjà à se plaindre2, et que les La Harpe, et après lui plusieurs littérateurs distingués3 cherchèrent en vain à contenir. Les Français ont aussi célébré leurs combats. Voici comment M. Lebrun a chanté les victoires de la république.
2 VOLTAIRE, Lettres à l'abbé d'Olivet, sur sa Prosodie. ↩
3 MM. Flins et Fontanes, dans le Modérateur ; M. Ginguené, dans le Moniteur, et maintenant les rédacteurs de plusieurs feuilles périodiques qui paraissent rédigées avec élégance et pureté. ↩
Chant du banquet républicain. pour la fête de la victoire
O jour d'éternelle mémoire, Embellis-toi de nos lauriers !
Siècles ! vous aurez peine à croire Les prodiges de nos guerriers.
L'ennemi disparu fuit ou boit l'onde noire.
Sous des lauriers que Bacchus a d'attraits !
Enivrons, mes amis, la coupe de la gloire
D'un nectar pétillant et frais :
Buvons, buvons à la victoire,
Fidèle amante du Français.
Buvons, buvons à la victoire.
Liberté, préside à nos fêtes ; Jouis de nos brillants exploits.
Les Alpes ont courbé leurs têtes, Et n'ont pu défendre les rois :
L'Éridan conte aux mers nos rapides conquêtes. Sous des lauriers que Bacchus a d'attraits ! etc.
L'Adda, sur ses gouffres avides, Offre un pont de foudres armé :
Mars s'étonne ! mais nos Alcides Dévorent l'obstacle enflammé.
La victoire a pâli pour ces cœurs intrépides.
Sous des lauriers que Bacchus a d'attraits ! etc.
Tout cède au bras d'un peuple libre, Les rochers, les torrents, le sort :
De ces coups dont gémit le Tibre, Le Sud épouvante le Nord :
Des balances de Pitt nous rompons l'équilibre. Sous des lauriers que Bacchus a d'attraits ! etc.
Sa gaîté, fille du courage, Par un sourire belliqueux, Déconcerte la sombre rage De l'Anglais morne et ténébreux ; Le Français chante encore en volant au carnage. Sous des lauriers que Bacchus a d'attraits ! etc.
Rival de la flamme et d'Éole, Le Français triomphe en courant :
Pareil à la foudre qui vole, Il renverse l'aigle expirant ; Le despote sacré tombe du Capitole.
Sous des lauriers que Bacchus a d'attraits ! etc.
Sous la main de nos Praxitèles, Respirez, marbres de Paros !
Muses, vos lyres immortelles Nous doivent l'hymne des héros :
Il faut de nouveaux chants pour des palmes nouvelles. Sous des lauriers que Bacchus a d'attraits ! etc.1a.
1 PELT., Journ., n° LX, p. 484. ↩
(a) Ce chant est un véritable lieu commun. Sa médiocrité est d'autant plus frappante qu'il est placé entre deux admirables chants de Tyrtée. ↩
Dans le second chant de Tyrtée qu'on va lire, ce poëte a déployé toutes les ressources de son génie. A la fois pathétique et élevé, son vers gémit avec la patrie, ou brûle de tous les feux de la guerre. Pour exciter le jeune héros à la défense de son pays, il appelle toutes les passions, touche toutes les cordes du cœur. Ce fut sans doute un pareil chant qui ramena une troisième fois à la charge les Lacédémoniens vaincus, et leur fit conquérir la victoire, en dépit de la destinée.
Second chant guerrier
« Qu'il est beau de tomber au premier rang en combattant pour la patrie ! Il n'est point de calamité pareille à celle du citoyen forcé d'abandonner son pays. Loin des doux lieux qui l'ont vu naître; avec une mère chérie, un père accablé sous le poids des ans, une jeune épouse et de petits enfants entre ses bras, il erre en mendiant un pain amer dans la terre de l'étranger. Objet du mépris des hommes, une odieuse pauvreté le ronge. Son nom s'avilit ; ses formes, jadis si belles, s'altèrent; une anxiété intolérable, un mal intérieur s'attache à sa poitrine. Bientôt il perd toute pudeur et son front ne sait plus rougir. Ah ! mourons s'il le faut pour notre terre natale, pour notre famille, pour la liberté! Héros de Sparte, combattons étroitement serrés. Qu'aucun de vous ne se livre à la crainte ou à la fuite. Prodigues de vos jours, dans une fureur généreuse précipitez-vous sur l'ennemi. Gardez-vous d'abandonner ces vieillards, ces vétérans, dont l'âge a raidi les genoux. Quelle honte si le père périssait plus avant que le fils dans la mêlée, de le voir, avec sa tête chenue, sa barbe blanche, se débattant dans la poussière, et, lorsque l'ennemi le dépouille, couvrir encore de ses faibles mains sa nudité sanglante. Ce vieillard est en tout semblable aux jeunes guerriers; il brille des fleurs de l'adolescence. Vivant, il est adoré des femmes et des hommes; mort, on lui décerne une couronne. O Spartiates! marchons donc à l'ennemi. Marchons, le pas assuré, chaque héros ferme à son poste et se mordant les lèvres1. »
1 Poet. Minor. Græc., p. 441. ↩
L'hymne des Marseillais2 n'est pas vide de tout mérite. Le lyrique a eu le grand talent d'y mettre de l'enthousiasme sans paraître ampoulé. D'ailleurs cette ode républicaine vivra parce qu'elle fait époque dans notre révolution. Enfin elle mena tant de fois les Français à la victoire, qu'on ne saurait mieux la placer qu'auprès des chants du poëte qui fit triompher Lacédémone. Nous en tirerons cette leçon affligeante : que, dans tous les âges, les hommes ont été des machines qu'on a fait s'égorger avec des mots.
2 Je crois que l'auteur de cette hymne s'appelle M. de Lisle. Ce n'est pas le traducteur des Géorgiques*. ↩
* On voit par cette note combien les choses les plus connues en France étaient ignorées en Angleterre pendant la guerre de la révolution. Ce n'est pas la poésie, c'est la musique qui fera vivre l'hymne révolutionnaire. Pour couronner tant de parallèles extravagants, il ne restait plus qu'à comparer le chant en l'honneur des libérateurs de la Grèce à l'épitaphe de Marat. (N. Ep.) ↩
Hymne des Marseillais
Allons, enfants de la patrie, Le jour de gloire est arrivé.
Contre nous de la tyrannie
L'étendard sanglant est levé.
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats?
Ils viennent jusque dans nos bras
Égorger nos fils, nos compagnes.
Aux armes, citoyens! formez vos bataillons.
Marchez, qu'un sang impur abreuve nos sillons !
Chœur
Marchons, qu'un sang impur abreuve nos sillons !
Amour sacré de la patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs!
Liberté ! Liberté chérie !
Combats avec tes défenseurs !
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents ;
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire.
Aux armes, citoyens! formez vos bataillons.
Marchez, qu'un sang impur abreuve nos sillons.
Chœur
Marchons, qu'un sang impur abreuve nos sillons.
Aux fêtes de Lacédémone, les citoyens chantaient en chœur :
Les vieillards
Nous avons été jadis
Jeunes, vaillants et hardis.
Les hommes faits
Nous le sommes maintenant,
A l'épreuve à tout venant.
Les enfants
Et nous un jour le serons,
Qui bien vous surpasserons1.
1 PLUT., in Lyc., traduct. d'Amyot. ↩
C'est de là que les Français ont pu emprunter l'idée de la strophe des enfants, ajoutée à l'hymne des Marseillais.
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés ne seront plus.
Nous y trouverons leur poussière,
Et la trace de leurs vertus.
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre2.
2 Dr MoORE'S Journ. A la fête de l'Etre-Suprême on ajouta encore plusieurs autres strophes pour les vieillards, les femmes, etc. On peut voir le Moniteur, du 20 prairial (8 juin) 1793. ↩
Si les Français paraissent l'emporter ici, à Sparte on voit les citoyens; à Paris, le poëte.
Nous finirons cet article par les vers qu'on chantait en l'honneur des assassins d'Hipparque, en Grèce; et par l'épitaphe que les Français ont écrite à la louange de Marat. La misère et la méchanceté des hommes se plaisent à répéter les noms qui rappellent les malheurs des princes : la première y trouve une espèce de consolation; la seconde se repaît des calamités étrangères : il n'y a qu'un petit nombre d'êtres obscurs qui pleurent et se taisent.
Chanson en l'honneur d'Harmodius et d'Aristogiton
Je porterai mon épée couverte de feuilles de myrte, comme firent Harmodius et Aristogiton quand ils tuèrent le tyran, et qu'ils établirent dans Athènes l'égalité des lois.
Cher Harmodius, vous n'êtes point encore mort : on dit que vous êtes dans les îles des bienheureux, où sont Achille aux pieds légers, et Diomède, ce vaillant fils de Tydée.
Je porterai mon épée couverte de feuilles de myrte, comme firent Harmodius et Aristogiton quand ils tuèrent le tyran Hipparque dans le temps des Panathénées.
Que votre gloire soit éternelle, cher Harmodius, cher Aristogiton, parce que vous avez tué le tyran, et établi dans Athènes l'égalité des lois1.
1 Voyage d'Anacharsis, t. I, p. 362, note Iv. ↩
Épitaphe de Marat
Marat, l'ami du peuple et de l'égalité, Échappant aux fureurs de l'aristocratie,
Du fond d'un souterrain, par son mâle génie,
Foudroya l'ennemi de notre liberté.
Une main parricide osa trancher la vie De ce républicain toujours persécuté.
Pour prix de sa vertu constante, La nation reconnaissante Transmit sa renommée à la postérité2.
2 Moniteur du 18 novembre 1793. ↩
Je demande pardon au lecteur de lui rappeler l'idée d'un pareil monstre, par des vers aussi misérables; mais il faut connaître l'esprit des temps.