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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre LXI

Première partie — Révolutions anciennes. introduction

Chapitre LXI

Essai sur les révolutions · 3 min de lecture · p. 191–192 · chapitre 64 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Influence de la Révolution Républicaine de la Grèce sur la Perse - et de la Révolution Républicaine de la France sur l'Allemagne. - Causes immédiates de la Guerre Médique - de la Guerre Républicaine. - L'Ionie. - Le Brabant.

Les différentes colonies que les Grecs avaient fondées sur les côtes de l'Asie Mineure étaient tombées peu à peu sous la puissance des rois de Lydie2. Celle-ci ayant été à son tour renversée par Cyrus, les villes d'Ionie passèrent alors sous le joug de la Perse3.

2 HEROD., lib. I, cap. VI. ↩

3 Id., ib., cap. CXLI; THUCYD., lib. 1, cap. XVI. - ↩

Elles ne connurent cependant que le nom de l'esclavage. Leurs maîtres leur laissèrent leur ancien gouvernement populaire, et n'exigeaient d'elles qu'un léger tribut4; mais les habitants de ces cités, incapables de modération, ne connaissaient pas de plus grand tourment que le repos. Amollis dans le luxe et les voluptés, ils n'avaient conservé de la pureté de leurs mœurs primitives qu'une inquiétude toujours prête à les plonger dans les malheurs des révolutions, sans qu'ils fussent jamais assez vertueux pour en recueillir les fruits 5.

1 Je comprends sous le nom général de l'Ionie, l'Ionie proprement dite, l'Éolide et la Doride.

4 HEROD., lib. VI, cap. XLUI-XLIII. & ATHEN., lib. XII, p. 526 ; HEROD, lib. IX, Cap. CIX; THUCYD., lib. VI, C. LXVI-LXXVII; XENOPH, Instit. Cyr., p. 158 ; DIOD., I. XIV ; PAUSAN., I. III. ↩

Les colonies Grecques-Asiatiques formaient un corps de républiques qui se gouvernaient par leurs propres lois, sous la protection de la cour de Suze1, de même que les états fédératifs des Pays-Bas sous la puissance des empereurs d'Allemagne. Plusieurs fois les premières avaient cherché à se soustraire à la domination de la Perse2 sans avoir pu y parvenir. Dans la dix-neuvième année du règne de Darius, les peuples de l'Ionie se soulevèrent à la fois3. Le motif général de l'insurrection était ces plaintes vagues de tyrannie, le grand texte des factieux, et qui ne veut dire autre chose, sinon qu'on a besoin d'expressions figurées pour éviter d'employer au sens propre, haine, envie, vengeance, et tous ces mots qui composent le vrai dictionnaire des révolutions.

1 HEROD., lib. 1, cap. CALI; STRAB., lib. VIII, cap. CCCLXXXIV. ↩

2 HEROD., lib. I, cap. VI. ↩

3 Id., lib. V, cap. XCVIII. ↩

Le Brabant, autrefois partie du duché de Bourgogne, étant passé, après plusieurs successions, à la maison d'Autriche, demeura en possession de ses priviléges politiques, formant une espèce de république soumise à un grand empire.

Le caractère des Flamands, considéré au civil, présentait encore des analogies frappantes avec celui des Grecs-Asiatiques. Indomptables dans leur humeur, les habitants des Pays-Bas tendaient sans cesse à s'insurger, sans autre raison qu'une impossibilité d'être paisibles. La république du brasseur Artavelle4, le bannissement de plusieurs de leurs comtes 5, les révoltes sous Charles le Téméraire6, les grands troubles sous Philippe II⁷, ne prouvent que trop cette vérité. Les innovations de Joseph étaient plus que suffisantes pour soulever un peuple impatient et superstitieux. Dans un instant les Pays-Bas furent en armes; et l'empereur germanique s'aperçut trop tard qu'il avait méconnu le génie des hommes8a.

4 FROISSARD, chap. XXXIV; DAN., t. III, p. 418, etc. - & FROISSARD, ch. XXXIV; HUME'S Hist. of Engl., t. II, p. 395. - ↩

6 PHILIP. DE COMIN. - 1 BENTIV., Guer. di Ft'and., lib. 1, p. 10, etc. ; lib. II; CANDEN, in Elizab. ↩

8 Test. Pol. de Joseph. ↩

(a) Je n'ai aucune remarque à faire sur ce chapitre : c'est toujours la suite de ces comparaisons dont j'ai montré si souvent l'impertinence dans les notes précédentes. Comparer les voluptueux habitants de la molle Ionie, sous leur ciel enchanté, au milieu des arts, dans la patrie d'Homère et d'Aspasie, les comparer, dis-je, aux Brabançons, c'est une singulière débauche d'imagination, une merveilleuse faculté de voir tout ce qu'on veut. (N. ED.) ↩