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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre XXXVII. L'Ibérie

Première partie — Révolutions anciennes. introduction

Chapitre XXXVII. L'Ibérie

Essai sur les révolutions · 2 min de lecture · p. 141–142 · chapitre 43 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Sur le bord opposé du détroit de Gades, qui séparait les possessions africaines de Carthage de ses colonies européennes, on trouvait l'Ibérie, pays sauvage et à peine connu des anciens, à l'époque dont nous retraçons l'histoire. Il était habité par plusieurs peuples, Celtes d'origine, dont les uns se distinguaient par leur courage et leur mépris de la mort1; les autres, pleins d'innocence, passaient pour les plus justes des hommes2. Malheureusement leurs fleuves roulaient un métal qui les décela à l'avarice. Les Tyriens, pour l'obtenir, trompèrent d'abord leur simplicité3. Les Carthaginois bientôt les asservirent, et les forçant à ouvrir les mines, les y plongèrent tout vivants4. Si ce livre traversait les mers; s'il parvenait jusqu'à l'Indien enseveli sous les montagnes du Potose; il apprendrait que ses cruels maîtres ont autrefois, comme lui, péri esclaves sous leur terre natale, qu'ils y ont fouillé ce même or pour une nation étrangère apportée chez eux par les flots. Cet Indien adorerait en secret la Providence et reprendrait son hoyau moins pesant.

1 STRAB., lib. III, p. 158. - LIV., lib. XXVIII; MARIAN. ; SIL. ITAL., lib. I. ↩

2 La Bétique, dont Fénelon fait une peinture si touchante. Le tableau n'est pas entièrement d'imagination, il est fondé sur la vérité de l'histoire. Je ne sais où j'ai lu que Mariana a omis quelque chose sur l'origine des nations ibériennes, dans sa traduction en langue vulgaire de son Histoire latine originale. Malheureusement je ne possède que l'édition espagnole de cet excellent ouvrage. ↩

3 DIOD, lib. V, p. 312. ↩

4 Id., lib. IV cap. cccxii; POLYB., lib. III. ↩

Au reste, il est probable que les troubles de la Grèce réagirent sur les malheureux habitants de l'Ibérie. Carthage, pour payer les frais de la guerre contre la Sicile, multiplia sans doute les sueurs de ses esclaves1. A chaque écu dépensé par le vice en Europe, les larmes de sang coulent dans les abîmes de la terre en Amérique. C'est ainsi que tout se lie, et qu'une révolution, comme le coup électrique, se fait sentir au même instant à toute la chaîne des peuples.

1 LIbérie fournit aussi des soldats, ainsi que les Gaules et l'italie, à Carthage, pour l'expédition contre Syracuse. ↩