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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre XXXVIII. Depuis la conversion des Barbares jusqu'à la renaissance des Lettres. - Le Chris-

Seconde partie

Chapitre XXXVIII. Depuis la conversion des Barbares jusqu'à la renaissance des Lettres. - Le Chris-

Essai sur les révolutions · 2 min de lecture · p. 341 · chapitre 108 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

tianisme atteint à son plus haut point de grandeur.

Au milieu de ces orages, les prêtres, croissant de plus en plus en puissance, étaient parvenus à s'organiser dans un système presque inébranlable. Des sectes de solitaires, vivant à l'abri des cloîtres, formaient les colonnes de l'édifice; le clergé régulier, classé de même en ordres distincts et séparés, exécutait les décrets du pontife romain, qui, sous le nom modeste de Pape, s'était placé par degrés à la tête du gouvernement ecclésiastique. L'ignorance, redoublant alors ses voiles, servait à donner à la superstition une apparence plus formidable ; et l'Église, environnée de ténèbres qui agrandissaient ses formes, marchait, comme un géant au despotisme.

Ce fut après le règne de Charlemagne et la division de son empire, que le christianisme atteignit à son plus haut point de grandeur. Les guerres civiles d'Italie, connues sous le nom de Guerres des Guelfes et des Gibelins, offrent un caractère neuf à quiconque n'a pas étudié les hommes. Les papes, attaqués par les empereurs, avaient contre eux la moitié des peuples d'Italie, qui les regardaient comme des tyrans et des scélérats ; et cependant un édit de la cour de Rome détrônait tel ou tel souverain, l'obligeait à venir, pieds et tête nus, se morfondre en hiver sous les fenêtres du pontife, qui daignait enfin lui accorder une absolution, humblement demandée à genoux2. Rome religieuse se trouvait alors mêlée dans toutes les affaires civiles, et disposait des couronnes, comme des hochets de sa puissance.

2 DENIN., Ist. d'It. ; MACCHIAV., Ist. Fior. ; ABR. Chron. d'Allem. ; HAIN., Chron.; GHN., Ist. di Nap. ↩

Les Croisades, qui suivirent bientôt après, forment époque dans l'histoire du christianisme3, parce qu'en adoucissant les mœurs par l'esprit de chevalerie, elles préparèrent la voie au retour des lettres. C'était alors que les sires de Créqui, embrassant leur écu, abandonnaient leur manoir pour aller en quête de royaumes et d'aventures. Ces bons chevaliers se trouvaient-ils sans armes dans un péril imminent, ils se jetaient tous aux pieds les uns des autres, comme le rapporte le sire de Joinville, en s'entre-demandant naïvement l'absolution. Avaient-ils la lance au poing au milieu des dangers, ils se disaient en riant : « Biaux sires, et en fairons moult récits à les damselles. »

3 VERT., Hist. des Crois.; Mém. de Joinv. ↩