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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre XXXVI. Depuis Constantin jusqu'aux Barbares

Seconde partie

Chapitre XXXVI. Depuis Constantin jusqu'aux Barbares

Essai sur les révolutions · 3 min de lecture · p. 337 · chapitre 106 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

La religion chrétienne ne fut pas plus tôt solidement établie, qu'elle se divisa en plusieurs sectes1. On vit alors ce qu'on avait ignoré jusqu'à ce temps, je veux dire un caractère nouveau de culte. On vit des hommes se jeter dans tous les écarts de l'imagination, et « se persécuter les uns les autres pour des mots qu'ils n'entendaient pas. Les prêtres, durant ces troubles, commencèrent à acquérir une influence que ceux du polythéisme n'avaient jamais eue, et à jeter les fondements de la grandeur des papes.

1 Les Ariens, etc. ↩

Julien voulut faire un dernier effort en faveur des dieux de l'Olympe. Il abjura le christianisme ; et, en qualité de guerrier, de politique et de philosophe, il avait une triple raison de s'opposer aux progrès du christianisme. Il sentait que, partout où une nouvelle religion s'établit, l'état court à une révolution inévitable; mais il était trop tard pour y remédier, et en cela Julien se trompa.

Il ne se contenta pas d'attaquer le christianisme par la force civile, il le fit encore par le sel de ses écritsb. Plusieurs philosophes s'exercèrent aussi sur le même sujet : on opposait aux miracles de Jésus ceux de divers imposteurs. Les poëtes, d'un autre côté, trouvant que Belzébuth et Astaroth entraient mal dans le mètre de Virgile, regrettaient Pluton et l'ancien Tartare.

(b) « L'Eglise, sous l'empereur Julien, fut exposée à une persécution du caractère « le plus dangereux. On n'employa pas la violence contre les chrétiens ; mais on leur « prodigua le mépris. On commença par dépouiller les autels; on défendit ensuite « aux fidèles d'enseigner et d'étudier les lettres. Mais l'empereur, sentant l'avantage « des institutions chrétiennes, voulut, en les abolissant, les imiter ; il fonda des hôpitaux et des monastères ; et, à l'instar du culte évangélique, il essaya d'unir la « morale à la religion, en faisant prononcer des espèces de sermons dans les temples. « Les sophistes dont Julien était environné se déchaînèrent contre le christianisme ; « Julien même ne dédaigna pas de se mesurer avec les Galiléens. L'ouvrage qu'il « écrivit contre eux ne nous est pas parvenu; mais saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, en cite des fragments dans la réfutation qu'il a faite et que nous avons « encore. Lorsque Julien est sérieux, saint Cyrille triomphe du philosophe; mais « lorsque l'empereur a recours à l'ironie, le patriarche perd ses avantages. » (Gén. du Chr., 1re part., liv. Ier, chap. jer.) (N. ED.) (a, Bien qu'il soit plus question, dans cette partie, des Révolutions modernes que des RÉvoLUTIONS ANCIENNES, ce dernier titre a dû rester en tête de toutes les pages, en conformité de l'édition de Londres, qui porte les mots RÉvOLUTIONS ANCIENNES en marge jusqu'à la fin. ↩

Les chrétiens ne manquaient pas de champions, qui réussissent à railler les dieux du Panthéon, que Lucien avait déjà traînés dans la boue. Julien ayant péri dans son expédition contre les Perses, la Croix sortit triomphante.

Mais le moment critique était arrivé. Constantin, en divisant l'empire et réformant les légions, lui avait porté un coup mortel. Les malheurs de la famille de ce prince ébranlèrent le système romain; les opinions religieuses vinrent augmenter le désordre ; des myriades de Barbares se précipitèrent sur toutes les frontières. Théodose soutint un moment le choc; le calme avait reparu, quand tout à coup le destructeur de l'empire, le Génie des Huns, qui du mur de la Chine s'était, durant trois siècles, avancé en silence à travers les forêts, jeta un cri formidable dans le désert. A la voix du fantôme, les Goths épouvantés se précipitèrent dans l'empire. Valens tomba du trône de l'Orient, et, peu après, un roi d'Italie régna sur le patrimoine des Brutus1.

1 Vidend. FLEURY, Hist. ecclésiast.; Hist. August.; GIBB., Rise and fall of the roman empire ; DE GUINES, Hist. des Huns et des Tartares; MONTESQUIEU, Causes de la grandeur et de la décadence des Romains. ↩