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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre LIII. Tyr. - La Hollande

Première partie — Révolutions anciennes. introduction

Chapitre LIII. Tyr. - La Hollande

Essai sur les révolutions · 4 min de lecture · p. 168–169 · chapitre 57 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Ainsi, après avoir fait le tour de l'Europe, nous rentrons enfin en Asie. Avant de décrire les grandes scènes que la Perse va nous offrir, il ne nous reste plus qu'à dire un mot d'une puissance maritime qui, bien que soumise à l'empire de Cyrus, a joué un rôle trop fameux dans l'antiquité pour ne pas mériter un article séparé dans cet ouvrage.

En quittant les villes de l'Ionie et s'avançant le long des côtes de l'Asie Mineure vers le nord, on trouve Tyr, cité célèbre dans tout l'Orient par son commerce et ses richesses.

Hypsuranius, dans les siècles les plus reculés, avait jeté les fondements de cette capitale de la Phœnicie1. Elle se trouva déterminée vers le commerce par la même position qui y entraîne ordinairement les peuples, l'âpreté de son sol. Rarement les pays très-favorisés de la nature ont eu le génie mercantile2.

1 SANCHONIAT., apud EUSEB., Præpar. Evangel. Si je ne suis pas ici l'opinion commune, qui fait de Tyr une colonie de Sidon, c'est qu'il me paraît qu'on doit plutôt en croire un historien phœnicien que des auteurs étrangers. (Voy. Just., lib. XVIII, cap. II.) ↩

2 Il faut en excepter Carthage chez les anciens, et Florence chez les modernes. ↩

Bientôt ce village formé, comme les premières cités de la Hollande, de méchantes huttes de pêcheurs couvertes de roseaux3, devint une métropole superbe. Ses vaisseaux allaient lui chercher le produit crû des terres plus fécondes, et ses industrieux habitants le convertissaient, par leurs manufactures, aux voluptés ou aux nécessités de la vie. Le Batavia des Phœniciens était la Bétique, d'où l'or coulait dans leurs États4. Ils recevaient de l'Egypte le lin, le blé, et les richesses de l'Inde et de l'Arabie5 : les côtes occidentales de l'Europe leur fournissaient l'étain, le fer et le plomb6. Ils achetaient aux marchés d'Athènes l'huile, le bois de construction et les balles de livres 7; à ceux de Corinthe, les vases, les ouvrages en bronze8. Les îles de la mer Égée leur donnaient les vins et les fruits9; la Sicile, le fromage10; la Phrygie, les tapis11; le Pont-Euxin, les esclaves, le miel, la cire, les cuirs12; la Thrace et la Macédoine, les bois et le poisson sec13. Ces marchands avides reportaient ensuite ces denrées chez les différents peuples; et Tyr, ainsi qu'Amsterdam, était devenu l'entrepôt général des nations.

10 ARISTOPH., in Vesp. ↩

11 Id., in Av. ↩

12 POLYB., lib. IV, p. 306 ; DENOSTH., in Leptin, p. 545. ↩

13 THUCYD., lib. IV, cap. CVIH. ↩

3 SANCHONIAT., apud EUSEB., Præpar. Evangel. - + DIOD., lib. V, p. 312. ↩

5 Les Tyriens faisaient eux-mêmes le commerce de l'Inde, s'étant emparés de plusieurs ports dans le golfe Arabique. De la les marchandises étaient portées par terre à Rhinocolure, sur la Méditerranée, et frétées de nouveau pour Tyr. (ROBERTsoN's Disquis. on the Anc. Ind., sect. 1, p. 9.) ↩

6 HEROD., lib. III, cap. CXXIV. - 1 PLUT., in Solon. ; XENOPH., Exped. Cyr., lib. VII, p. 412. ↩

8 CICER., Tuscul., lib. IV, cap. XIV. ↩

9 ATHEN., lib. 1, cap. XXI, LII; id., lib. III. ↩

La constitution de Phonicie paraît avoir été monarchique1; mais il est probable que l'oligarchie dominait dans le gouvernement. La richesse des Tyriens, que les Écritures comparent aux princes de la terre2, donne lieu à cette conjecture.

1 Nous trouvons des princes de Tyr et de Sidon dans l'histoire. Les Ecritures sont notre guide à ce sujet. Mais les anciens entendaient les mots princes et rois si différemment des peuples modernes, qu'il ne faut pas se hâter d'en conclure la forme d'un gouvernement. ↩

2 ISAÏE, XXIII, 8. ↩

Dans les contrées où les hommes s'occupent exclusivement du commerce, les belles-lettres sont ordinairement négligées; l'esprit mercantile rétrécit l'âme; le commis qui sait tenir un livre de compte ouvre rarement celui du philosophe. Cependant la Phœnicie fournit quelques noms célèbres. On y trouve Moschus et Sanchoniathon. Le premier est l'auteur du système des atomes, qui, d'abord reçu par Pythagore, fut ensuite adopté et étendu par Epicure3. Le second écrivit l'histoire de Phœnicie, dont j'ai déjà cité plusieurs fragments, et de laquelle je vais extraire encore quelques nouveaux passages.

3 STOBOEI Ecl. Phys., lib. I, cap. XIII. ↩

Et alors Hypsuranius habita à Tyr, et il inventa la manière de bâtir des huttes de roseaux. Et une grande inimitié s'éleva entre lui et son frère Usoüs, qui le premier avait couvert sa nudité de la peau des bêtes sauvages. Et une violente tempête de vent et de pluie ayant frotté les branches les unes contre les autres, elles s'enflammèrent. Et la forêt fut consumée à Tyr. Et Usoüs prenant un arbre, après en avoir rompu les branches, fut le premier assez hardi pour s'aventurer sur les flots.

Ils engendrèrent Agrus (un champ) et Agrotes (laboureur). La statue de celui-ci était particulièrement honorée ; une ou plusieurs couples de bœufs promenaient son temple par toute la Phœnicie. Et il est nommé dans les livres le plus grand des dieux ".

Indépendamment des origines curieuses de la navigation et de l'agriculture que l'on trouve dans ce passage, la simplicité antique du récit, si bien en harmonie avec les mœurs qu'il rappelle, a quelque chose d'aimable. La Hollande se glorifie d'avoir produit Érasme, Grotius et une foule de savants, connus par leurs recherches laborieuses.

4 SANCHONIAT., apud EUSEB., Præpar. Evang., lib. 1, cap. I. ↩