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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre XXV. Les Encyclopédistes

Seconde partie

Chapitre XXV. Les Encyclopédistes

Essai sur les révolutions · 3 min de lecture · p. 311–312 · chapitre 96 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Il serait impossible d'entrer dans le détail de la philosophie des encyclopédistes ; la plupart sont déjà oubliés, et il ne reste d'eux que la Révolution française6. Traiter de leurs livres n'est pas plus facile ; ils n'y ont point exposé de systèmes complets. Nous voyons seulement, par plusieurs ouvrages de Diderot, qu'il admettait le pur athéisme, sans en apporter que de mauvaises raisons1a. Voltaire n'entendait rien en métaphysique : il rit, fait de beaux vers, et distille l'immortalité. Ceux qui se rapprochent encore plus de nous ne sont guère plus forts en raisonnement. Helvétius a écrit des livres d'enfants, remplis de sophismes que le moindre grimaud de collége pourrait réfuter. J'évite de parler de Condillac et de Mably, je ne dis pas de Jean-Jacques et de Montesquieu, deux hommes d'une trempe supérieure aux encyclopédistes.

6 Qu'il soit bien entendu qu'ils n'en sont pas la seule cause, mais une grande cause. La Révolution française ne vient point de tel ou tel homme, de tel ou tel livre, elle vient des choses. Elle était inévitable; c'est ce que mille gens ne veulent pas se persuader. Elle provient surtout du progrès de la société à la fois vers les lumières et vers la corruption ; c'est pourquoi on remarque dans la Révolution française tant d'excellents principes et de conséquences funestes. Les premiers dérivent d'une théorie éclairée ; les secondes, de la corruption des mœurs. Voilà le véritable motif de ce mélange incompréhensible des crimes entés sur un tronc philosophique ; voilà ce que j'ai cherché à démontrer dans tout le cours de cet Essai * ↩

1 Cela n'est pas vrai de tous ses ouvrages, mais résulte de leur ensemble; il est même déiste en plusieurs endroits de ses écrits : il est difficile d'être conséquent. ↩

(a) Sans en apporter que de mauvaises raisons. Comme j'arrangeais la langue ! Quel barbare ! ↩

Quel fut donc l'esprit de cette secte? La destruction. Détruire, voilà leur but ; détruire, leur argument. Que voulaient-ils mettre a la place des choses présentes ? Rien. C'était une rage contre les institutions de leur pays, qui, à la vérité, n'étaient pas excellentes; mais enfin quiconque renverse doit rétablirb, et c'est la chose difficile, la chose qui doit nous mettre en garde contre lesinnovations. C'est un effet de notre faiblesse que les vérités négatives sont à la portée de tout le monde, tandis que les raisons positives ne se découvrent qu'aux grands hommes. Un sot vous dira aisément une bonne raison contre, presque jamais une bonne raison pour.

(b) C'est du bon sens. IN. ED.) ↩

Ayant à parler ailleurs des encyclopédistes2, je finirai ici leur article, après avoir remarqué que, si l'on trouve que je parle trop durement de ces savants, estimables à beaucoup d'autres égards, et moi aussi je leur rends justice de ce côté-làc. Mais j'en appelle à tout homme impartial : qu'ont-ils produit? Dois-je me passionner pour leur athéisme? Newton, Locke, Bacon, Grotius, étaient-ils des esprits faibles, inférieurs à l'auteur de Jacques le Fataliste, à celui des Contes de Mon Cousin Vadé? N'entendaient-ils rien en morale, en physique, en métaphysique, en politique ? J. J. Rousseau était-il une petite âme? Eh bien ! tous croyaient au Dieu de leur patrie ; tous prêchaient religion et vertu. D'ailleurs, il y a une réflexion désolante : était-ce bien l'opinion intime de leur conscience que les encyclopédistes publiaient? Les hommes sont si vains, si faibles, que souvent l'envie de faire du bruit les fait avancer des choses dont ils ne possèdent pas la convictiona, et après tout, je ne sais si un homme est jamais parfaitement sûr de ce qu'il pense réellementb.

2 A l'article du Christianisme. ↩

(c) De quel côté ? (N. ED.) ↩

(a) Suis-je un athée ? Réflexion très-juste ; on a un million d'exemples de cette déplorable vanité. (N. ED ) ↩

(b) Naïveté comique. (N. ED.) ↩

Avant de parler de l'influence que les beaux esprits du siècle d'Alexandre et ceux du nôtre eurent sur leur âge respectif, nous allons les présenter au lecteur rassemblés. Nous choisirons les plus aimables, pour donner une idée de leurs ouvrages et de leur style : de là nous passerons au tableau de leurs mœurs ; et nous aurons ainsi une petite histoire complète de la philosophie et des philosophes.