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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre LXVI. Préparation à une nouvelle campagne. - Portraits des chefs. - Mardonius. - Cobourg. - Pausanias, - Pichegru. - Alexandre, roi de Macédoine

Première partie — Révolutions anciennes. introduction

Chapitre LXVI. Préparation à une nouvelle campagne. - Portraits des chefs. - Mardonius. - Cobourg. - Pausanias, - Pichegru. - Alexandre, roi de Macédoine

Essai sur les révolutions · 3 min de lecture · p. 209–210 · chapitre 69 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Il s'en fallait beaucoup que le danger fût passé pour la Grèce et pour la France. Xerxès, en laissant après lui une armée de trois cent mille hommes choisis, avait plus fait pour sa cause qu'en y traînant trois millions d'esclaves. - L'échec que les alliés avaient reçu devant les places assiégées n'était qu'un léger revers, qui pouvait même tourner à leur profit, en leur enseignant une leçon utile. Ainsi on n'attendait que le retour de la nouvelle année pour recommencer de toutes parts les hostilités : avant d'entrer dans le détail de cette campagne, nous dirons un mot des chefs qui s'y distinguèrent.

Mardonius, qui commandait les troupes persanes demeurées en Grèce, était un satrape d'un rang élevé, et allié au sang de ses maîtres3. Son ambition4, trop immense pour son génie, en faisait un de ces êtres disproportionnés qui paraissent grands parce qu'ils sont difformes. Vain, impatient, orgueilleux5, il ne possédait que le courage brutal du grenadier qui donne la mort sans pitié, et la reçoit sans crainte6a.

3 Id., lib. VI, cap. xIII. ↩

4 Id., ibid., cap. v ↩

5 Id., lib. IX, cap. vi. ↩

6 Id., ibid., cap. LXXI. ↩

(a) En parlant de Mardonius, il fallait dire du soldat, et non du grenadier. Au reste, cette disproportion entre la capacité et l'ambition est une chose extrêmement commune, et une des plaies de la société ; mais elle ne produit pas toujours une sorte de grandeur comme dans Mardonius : l'ambition est souvent placée dans des hommes si inférieurs sous tous les rapports, qu'ils n'ont pas même la force d'en porter le poids, et qu'ils en sont écrasés. (N. ED.) ↩

- Placé à la tête des troupes alliées de l'Autriche, le prince de Cobourg, d'une naissance encore plus illustre que Mardonius, le surpassait de même en qualités personnelles. A la fois brave et prudent, il réunissait les talents et les vertus militaires, l'art du général et la loyauté du soldata.

(a) C'est fort bien de faire des portraits, mais encore faut-il qu'ils ressemblent. Les talents du prince de Cobourg étaient au-dessous de ses autres qualités. (N. ÉD.) ↩

Pausanias, de la famille royale de Lacédémone, généralissime des armées combinées des Grecs, était un homme plein de jactance et de paroles magnifiques ; toujours prêt à faire valoir ses grands services et à trahir son pays1. Il sauva la patrie au champ de Platée, et la vendit quelques mois après au tyran de Suze2.

1 CORN. NEP., in Pausan.; THUCYD., lib. 1. ↩

2 THUCYD., lib. 1, cap. CXXXIV. Etant condamné à mort à Sparte, il se retira dans un temple. On en mura les portes, et le roi lacédémonien y périt. ↩

Pichegru, dont le non plébéien, l'humble fortune et la modestie contrastent avec l'éclat de sa renommée, conduisait les Français aux combats. Cet homme extraordinaire, enfanté par la révolution, sut s'élever, de l'obscurité d'une classe inférieure, à la place la plus brillante de son pays, et redescendre, avec non moins de grandeur, à l'ombre de sa condition premièreb.

(b) Ce portrait est tracé par un émigré en 1795 et 1796, avant que Pichegru eût embrassé la cause de la monarchie légitime, et plusieurs années avant la mort tragique de ce grand et infortuné général. L'impartialité du royaliste était ici une espèce de pressentiment. (N. ED.) ↩

Enfin, dans l'armée des Perses on remarquait un homme appelé Alexandre, roi de Macédoine, qui, traître aux deux partis qu'il savait ménager, trafiquait de son honneur et de sa conscience avec le plus riche ou le plus fort. Avant le combat des Thermopyles, il donna avis aux Grecs du danger de leur position à la vallée de Tempé3, et marcha avec Xerxés à Salamine. Après la défaite du monarque de l'Orient, il se dit l'ami des Athéniens, et les invita, par humanité, à se soumettre au tyran de l'Asie4. Aux champs de Platée, accompagnant Mardonius, il trahit ce général, pour se ménager une ressource en cas de revers, et avertit en personne Pausanias qu'il serait attaqué le lendemain par les Mèdes5. Les Grecs, malgré leur haine des rois, respectèrent Alexandre par méprisc. Ils daignèrent peser sur les ressorts du mannequin vénal, tandis qu'il pouvait leur être bon à quelque chose.

3 HEROD., lib. VII, cap. CLXXII. ↩

4 Id., lib. VIII, cap. CXL. ↩

5 PLUT , in Aristid., p. 328. ↩

(c) Il fallait s'arrêter à ce trait, et supprimer la mauvaise phrase qui termine ce chapitre. (N. En.) ↩

Je ne parlerai point du roi de Prusse.