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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre XI. Hipparque et Hippias. - Assassinat du premier. - Rapports

Première partie — Révolutions anciennes. introduction

Chapitre XI. Hipparque et Hippias. - Assassinat du premier. - Rapports

Essai sur les révolutions · 2 min de lecture · p. 58–59 · chapitre 18 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Hippias et Hipparque montèrent sur le trône aux applaudissements de la multitude. Sages dans leur gouvernement5 et faciles dans leurs mœurs1, ils avaient ces vertus obscures que l'envie pardonne, et ces vices aimables qui échappent à la haine. Peut-être eussent-ils transmis le sceptre à leur postérité; peut-être un seul anneau changé dans la chaîne des peuples aurait-il altéré la face du monde ancien et moderne, si la fatalité qui règle les empires n'avait décidé autrement de l'ordre des chosesa.

5 THUCYD., lib. VI, Cap. LIV. ↩

1 ATHEN., lib. XII, cap. VIII. ↩

(a) Encore la fatalité, bientôt nous reverrons la religion : j'en étais au que suis-je ? (N. ED.) ↩

Hipparque insulté par Harmodius, jeune Athénien plein de courage, voulut s'en venger par un affront public qu'il fit souffrir à la sœur de ce dernier2. Harmodius, la rage dans le cœur, résolut, avec Aristogiton, son ami, d'arracher le jour aux tyrans de sa patrie3. Il ne s'en ouvrit qu'à quelques personnes fidèles, comptant, au moment de l'entreprise, sur les principes des uns, les passions des autres, ou du moins sur ce plaisir secret qu'éprouvent les hommes à voir souffrir ceux qu'ils ont crus heureux. Par amour de l'humanité, il faut se donner de garde de remarquer que le vice et la vertu conduisent souvent aux mêmes résultatsb.

2 THUCYD., lib. VI, cap. LVI. ↩

3 Id., ibid. ; PLAT., in Hipparch., p. 229. ↩

(b) Cela est affreux, et n'a pu être arraché qu'à la misanthropie d'un jeune homme qui se croit près de mourir, et qui n'a éprouvé que des malheurs sans avoir rien fait pour les mériter. De pareils traits sont bien autrement condamnables que les sottes impiétés de l'Essai, qui n'étaient après tout que le sot esprit de mon siècle. (N. ÉD.) ¼ SEN., de Ira, lib. II, cap. XXII. - 5 THUCYD., lib. VI, cap. LIX. - 6 Id.; PLIN., lib. VII, cap. xxII. ↩

Le jour de l'exécution étant fixé à la fête des Panathénées, les assassins se rendirent au lieu désigné. Hipparque tomba sous leurs coups, mais son frère leur échappa. Heureux cependant s'il eût partagé la même destinée ! Aristogiton, présenté à la torture, accusa faussement les plus chers amis d'Hippias⁴, qui les livra sur-le-champ aux bourreaux. L'amitié offrit ce sacrifice, aussi ingénieux que terrible, aux mânes d'Harmodius massacré par les gardes du tyran.

Depuis ce moment, Hippias, désabusé du pouvoir des bienfaits sur les hommes, ne voulut plus devoir sa sûreté qu'à sa barbaries. Athènes se remplit de proscriptions : les tourments les plus cruels furent mis en usage ; et les femmes, comme de nos jours, s'y distinguèrent par leur constance héroïque ®. Les citoyens, poursuivis par la mort, se hâtèrent de quitter en foule une patrie dévouée; mais, plus heureux que les émigrés français, ils emportèrent avec eux leurs richesses1, et conséquemment leur vertua. C'est ainsi que nous avons vu en France les massacres se multiplier, et de nouvelles troupes de fugitifs joindre leurs infortunés compatriotes sur des ‚terres étrangères, lorsque après le prétendu assassinat d'un des satellites de Robespierre, le monstre se crut obligé de redoubler de furie.

1 HERODOT., lib. V. ↩

(a) Terrible ironie. (N. ED.) ↩