Première partie — Révolutions anciennes. introduction
Chapitre XX. Siècles moyens
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Le siècle qui suivit immédiatement celui de Lycurgue fournit les noms de quelques législateurs : mais leurs écrits ne nous sont pas parvenus.
Dans l'âge subséquent parut Tyrtée1, dont les chants firent triompher l'injustice ; Archiloque, plein de crimes et de génie, qui donna le premier exemple d'un homme qui ose publier l'histoire intérieure de sa conscience à la face de l'univers2 ; Hipponax3, exhalant le fiel et la haine. L'esprit des temps perce à chaque vers de ces poëtes. La véhémence et l'enthousiasme dominent dans les passions qu'ils ont peintes. Ce fut le siècle de l'énergie, quoique ce ne fût pas celui de la plus grande liberté. La remarque n'est pas frivole : elle décèle cette fermentation qui devance et annonce le retour périodique des révolutions des peuples.
1 PLUT., in Agid. ; HORAT., in Art. poet. Pour offrir sous un seul point de vue au lecteur le tableau des lumières et de l'esprit des temps, j'ai renvoyé au siècle de Solon la citation des poëtes nommés dans ce chapitre. ↩
2 QUINTHL., lib. X, cap. 1; ÆLIAN., Var. Hist., lib. X, cap. XII. ↩
3 Anthol., lib. III; HORAT., Epod. VI ↩
Dracon florissait aussi à la même époque. Il avait composé un ouvrage que J.J. Rousseau nous a donné dans son sublime Émilea. C'était un traité de l'éducation4, où, prenant l'homme à sa naissance, il le conduisaità travers les misères de la vie jusqu'à son tombeau. Le destin des deux révolutions grecque et française fut d'être précédées à peu près par les mêmes écrits.
(a) Je parlerai plus loin de Rousseau et de son sublime Emile. (N. ED.) ↩
4 ÆSCHIN., in Timarc., P. 261. ↩
Épiménide chercha, comme Fénelon, ramener les hommes au bonheur par l'amour et le respect des dieux1. Si je ne craignais de mêler les petites choses aux grandes, je dirais encore qu'il a payé son tribut à notre révolution, en fournissant à M. Flinsa le sujet de son ingénieuse comédie2.
1 STRAB., lib. X ; LAERT., in Epim. ↩
(a) Le nom de Flins est ici inattendu ; mais c'est un tribut qu'un jeune auteur payait à une première liaison littéraire. J'avais beaucoup connu M. Flins, homme de mœurs douces, d'un esprit distingué, d'un talent agréable, et ami particulier de M. de Fontanes. (N. ED.) ↩
2 Réveil d'Épiménide. ↩
Malheureusement nous n'avons ici que des différences. Quelle comparaison pourrions-nous découvrir entre les livres d'un âge moral et ceux des temps du Régent et de Louis XV ? C'est en vain que nous nous abusons ; si, malgré Condorcet et la troupe des philosophes modernes, nous jugeons du présent par le passé; si un siècle renferme toujours l'histoire de celui qui le suit, je sais ce qui nous attendb.
(b) Ce qui attendait la république était le despotisme militaire, et je le prévoyais. ↩