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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre XLIV. La Sicile

Première partie — Révolutions anciennes. introduction

Chapitre XLIV. La Sicile

Essai sur les révolutions · 2 min de lecture · p. 154 · chapitre 49 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

A l'extrémité de la Grande-Grèce se trouvait l'île de Sicile3, où l'on comptait déjà plusieurs villes célèbres. Nous ne nous arrêterons qu'à Syracuse, qui occupe une place si considérable dans l'histoire des hommes.

3 Elle porta tour à tour le nom de Trinacrie, Sicanie et Sicile, et avant tout celui de pays des Lestrygons. (Voy. Hom. et VIRG.) ↩

Archias, Corinthien, avait jeté les fondements de cette colonie, vers la quatrième année de la dix-septième Olympiade4. Depuis cette époque, jusqu'aux beaux jours de la liberté en Grèce, on ignore presque sa destinée. Si l'obscurité fait le bonheur, Syracuse fut heureuse.

4 DIONYS. HALICARS., Antiq. Rom., lib. II, P. 12S. ↩

Il lui en coûta cher pour ces instants de calme : on ne jouit point impunément de la félicité; ce n'est qu'une avance que la nature vous a faite sur la petite somme des joies humaines. On n'est heureux que par exception et par injustice ; si vous avez eu beaucoup de prospérités, d'autres ont dû beaucoup souffrir, parce que, la quantité des biens étant mesurée, il a fallu prendre sur eux pour vous donner ; mais tôt ou tard vous serez tenus à rembourser à gros intérêts : quiconque a été très-fortuné, doit s'attendre à de très-grands revers. De ceci les Syracusains sont un exemple. Depuis le moment de l'invasion de Xerxès en Grèce, jamais peuple n'offrit un plus étonnant spectacle; une révolution étrange et continuelle commença son cours, et ne finit qu'à la prise de la métropole par les Romains. Ce fut une chose commune que de voir les rois tombés du faîte des grandeurs au plus bas degré de fortune : monarques aujourd'hui, pédagogues demain. N'anticipons pas ce grand sujet.

La forme du gouvernement en Sicile avait été républicaine jusque vers le temps de la chute des Pisistratides à Athènes. Les mœurs, la politique, la religion, étaient celles de la mère-patrie. Un historien, nommé Antiochus, plusieurs sophistes, quelques poëtes1, avaient déjà paru. Bientôt cette île célèbre devint le rendez-vous des beaux-esprits de la Grèce. Ils y accoururent de toutes parts; alléchés par l'or des tyrans qui s'amusaient de leur bavardage politique et de leurs dissensions littéraires2.

1 Stésichore, Parménide, etc. ↩

2 Pindare appelait, à la cour d'Hiéron, ses rivaux Simonide et Bacchylide, des corbeaux croassants, et ceux-ci le rendaient en aussi bonnes plaisanteries au lyrique. D'une autre part, le poëte Simonide débitait gravement des maximes politiques au tyran cacochyme et de mauvaise humeur, qui, sans doute, se rappelait que le flatteur d'Hipparque avait aussi élevé les assassins de ce même prince aux nues. Pindare, de son côté, harassait les Muses pour célébrer les chevaux d'Hiéron, etc. Quand donc est-ce que les gens de lettres sauront se tenir dans la dignité qui convient à leur caractère ? quand ne chanteront-ils que la vertu? quand cesseront-ils d'encenser les tyrans, de quelque nom que ceux-ci se revêtissent? (Vid. ÆLIAN., lib. IV, c. XVI; CICER., lib. 1, de Nat. Deor., 60; PIND., Nem. 3, etc.) ↩