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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre LXIV. Xerxès. - François. - Ligue générale contre la Grèce, - contre la France. —

Première partie — Révolutions anciennes. introduction

Chapitre LXIV. Xerxès. - François. - Ligue générale contre la Grèce, - contre la France. —

Essai sur les révolutions · 6 min de lecture · p. 199–201 · chapitre 67 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Révolte des Provinces.

Cependant l'empire d'Orient et celui d'Allemagne avaient changé de maîtres. Darius et Léopold3 n'étaient plus. A ces monarques savants dans la connaissance des hommes et dans l'art de gouverner, succédèrent leurs fils, Xerxès et Françoisa. Ces jeunes princes, placés au timon de deux grands états dans des circonstances orageuses, égaux en fortune, se montrèrent différents en génie. Le roi des Perses, élevé dans la mollesse, était aussi pusillanime4 que l'empereur germanique, nourri dans les camps de Joseph, est courageux5. Ils semblent seulement avoir partagé en commun l'obstination de caractère6. Ils eurent aussi le malheur d'être trompés par leurs ennemis, qui s'introduisirent jusque dans leurs conseils7.

3 Léopold ne vit pas la première campagne, puisqu'il mourut à Vienne le jour même que la guerre fut déclarée à Paris. Mais comme cette déclaration se fit en son nom, j'ai négligé de parler pus tôt de cet événement, qui ne change rien à la vérité des faits, et pouvait nuire à l'ensemble du tableau. ↩

(a) Le lecteur doit être accoutumé à ces rapprochements. Ne semble-t-il pas que je connaisse Xerxès aussi bien que le respectable empereur d'Autriche, qui vit encore? Je fais le dénombrement des deux armées des Perses et des Allemands, à peu près comme le noble chevalier de la Manche nommait les généraux des deux grandes armées de moutons : « Ce chevalier, disait-il, qui porte trois couronnes en champ « d'azur, est le redoutable Micocolembo, grand-duc de Quirocie, etc. » (N. ÉD.) ↩

4 PLAT., de Leg., lib. III, p. 698. ↩

5 François a donné les plus grandes marques de bravoure dans la guerre des Turcs, particulièrement un jour que, s'étant emporté fort loin à la poursuite des ennemis, il revint seul au camp, où on était dans les plus vives alarmes sur son compte. Je tiens ce fait du colonel des hussards de la garde du roi de Prusse. ↩

6 PLAT., de Leg., lib. III, p. 698. ↩

7 Thémistocle fit plusieurs fois donner des avis à Xerxès en particulier, l'un avant, l'autre après la bataille de Salamine. - On dit que le cabinet de l'empereur est composé de gens entièrement vendus à la France. ↩

Résolu de poursuivre vigoureusement la guerre, que son père lui avait laissée avec la couronne1, Xerxès assemble son conseil; il y montre la nécessité de rétablir dans tout son lustre l'honneur de la Perse, terni aux champs de Marathon. «J'irai, dit-il, je traverserai les mers, je raserai la ville coupable et j'emmènerai ses citoyens captifs dans les fers2. » Les alliés ont aussi tenu à peu près le même langage.

1 Entre la première invasion de la Grèce par les Perses sous Darius, et la seconde sous Xerxès, il se trouve un intervalle de dix ans, presque tout employé en préparatifs de guerre. ↩

2 HEROD., lib. VII, p. 382. ↩

Après un tel discours, on ne songea plus qu'aux immenses préparatifs de l'expédition projetée. Des courriers chargés des ordres de la cour de suze, se rendent dans les provinces pour hâter la marche des troupes3. En même temps une ligue générale de tous les états de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe se forme contre le petit pays de la Grèce. Les Carthaginois, prenant à leur solde des Gaulois, des Italiens, des Ibériens, se déclarent et signent un traité d'alliance offensive avec le grand roi4. La Phœnicie et l'Egypte équipent leurs vaisseaux pour la coalition5. La Macédoine y joint ses forces6. De ses États proprement dits, la Médie et la Perse, Xerxès tire des troupes aguerries7. La Babylonie, l'Arabie, la Lydie, la Thrace et les diverses satrapies fournissent leur contingent à la ligue 8, et une armée de trois millions de combattants s'assemble dans la plaine de Doriscus9.

3 Id., lib. VII, cap. XX. ↩

4 DIOD., lib. II, p. 1-2, etc. ↩

5 HEROD., lib. VII, cap. LXXXIX-XCIX. ↩

6 Id., lib. VII, cap. CLXXXV. ↩

7 Id., lib. VII, cap. LX-LXXXVII. - & Id., ibid. ↩

9 HEROD., lib. VII; ISOCRAT., Panath., p. 305; JUST., lib. II, cap. X ; PLUT., in Themist. ↩

Au bruit de ces préparatifs formidables, des provinces de la Grèce, soit par lâcheté, soit par opinion, se rangent du parti des étrangers10. Et l'on vit bientôt la Béotie, l'Argolide, la Thessalie, et plusieurs îles de la mer Egée11 joindre leurs efforts à ceux des tyrans.

François, de son côté, faisait des préparatifs immenses. Ses états de Hongrie, de Bohême, de Lombardie, etc., lui donnent d'excellents soldats ; la Prusse le soutient de tout son pouvoir; les Cercles de l'Empire mettent sur pied leurs légions ; l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne, la Sicile, la Sardaigne, la Russie, se combinent dans la ligue générale, et de nombreuses armées s'avancent sur toutes les frontières de la France. Aussitôt la Vendée, le Lyonnais, le Languedoc, s'insurgent ; et la république naissante, attaquée au

10 HEROD., lib. VII, cap. XXXII ; DIOD., lib. II. ↩

11 HEROD., lib. VII, cap CLYXXV; lib. VII, cap. v ; lib. IX, cap. xII. ↩

Un très-petit nombre de peuples restèrent tranquilles spectateurs de ces grandes scènes. Dans le monde ancien on ne compta que ceux de la Crète 1, de l'Italie 2, de la Scythie. - Le Danemark, la Suède, la Suisse, et quelques autres petites républiques, demeurèrent neutres dans le monde moderne. Ni les Grecs, ni les Français,

1 HEROD., lib. VII, cap. CLXXI.- 2 Encore l'Italie avait-elle des troupes à la solde

TABLEAU DES PEUPLES COALISÉS CONTRE LA GRÈCE DANS LA GUERRE MÉDIQUE BATAILLES, PAIX DIVERSES, CONQUÊTES, PAIX GÉNÉRALE.

Avant J. C.

Années.

Les Grecs ravagent la Lydie et sont re-

pousses 504

Bataille de Marathon, 29 sept... 490

Coalition générale. 485

et suivantes.

Invasion des Perses.. 480

Comoat des Thermopyles, août 480

Bataille de Salamine, 20 octob. 480

Carthage fait la paix, même année Bataille de Platée et de Mycale, 19 sept-

tembre. 479

La Béotie saccagée par les Grecs, même

année.

La Macédoine et diverses îles de la mer

Egée concluent la paix avec les Grecs. 479

et suivantes.

Conquêtes, déprédations, tyrannie des

Grecs, même année...

La Lycie, la Carie, forcées par eux à se

› déclarer contre les Perses.. 470

La Thrace subjuguée. 469

et suivantes.

Invasion de l'Egypte par les Grecs. 462

Ils y périssent. 462

et suivantes.

Paix générale. 449

Autant qu'on peut en juger par les différents

relevés des batailles, il périt environ dix mil-

lions d'hommes par les armes dans la guerre des

Perses et des Grecs.

n'eurent d'alliés au commencement de la guerre. Leurs armes leur en firent par la suite l.

Afin que le lecteur puisse parcourir d'un coup d'œil ce tableau intéressant, je vais joindre ici une carte, où l'on a rangé les alliés de la guerre Médique et de la guerre républicaine sur deux colonnes, les peuples qui se correspondent opposés les uns aux autres, les provinces soulevées, les dates des batailles, des paix partiel-

(a) Que de soins, que de recherches perdus ! Les faits n'en sont pas moins curieux.

Tableau des peuples coalises contre la France dans la guerre républicaine batailles, paix diverses, conquêtes

De notre ère

Années.

Les Français tentent l'invasion du Brabant, 1791

et sont repoussés, 29 avril 1792...

Bataille de Gemmapes, 7 nov.

Coalition générale, fév. et mars, 1793

Invasion des Autrichiens, avril.

Bataille de Maubeuge, 17 oct.

La Vendée ravagée par les Français, oc-

Bataille de Fleurus, 29 juin. .. 1794

Conquêtes , déprédations, tyrannie des

Français, 7 oct. .. -

Le roi de Prusse fait la paix, 5 avril..... 1795

Le roi d'Espagne et celui de Sardaigne

contraints de traiter, 28 juin et suiv... -

Le premier, environ un an après la pacification, forcé de se déclarer contre les

allies.....

Invasion de l'Italie par les Français.. . 1796

Invasion de l'Allemagne, juin..

Les Français y sont détruits, septembre..

Ouverture de paix générale, décembre...

Environ un million d'hommes ont péri par les

armes aux frontières, dans la Vendée et ailleurs.

Je fais ce calcul, qui peut paraître modéré, sur

l'addition des tués dans les différentes batailles,

et d'après les Mémoires sur la Vendée, par le

général Turreau.