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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre XLIX. De l'Esprit des prêtres chez les anciens et chez les modernes, considéré dans un gouvernement monarchique

Seconde partie

Chapitre XLIX. De l'Esprit des prêtres chez les anciens et chez les modernes, considéré dans un gouvernement monarchique

Essai sur les révolutions · 6 min de lecture · p. 362–364 · chapitre 118 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Mais si l'esprit du sacerdoce peut être salutaire dans une république (c), il devient terrible dans un état despotique, parce que, servant d'arrière-garde au tyran, il rend l'esclavage légitime et saint aux yeux du peuplea.

c) Je ne sais pas pourquoi les prêtres seraient plus utiles dans une république que dans une monarchie; je dirais même tout le contraire aujourd'hui, et je crois dire plus vrai. D'ailleurs, est-ce la une grande vue du sujet? Politiquement et philosophiquement parlant, il fallait montrer ce qu'étaient les prêtres en Grèce et à Rome dans l'ordre social, quelle part ils avaient à la politique, quelle portion du pouvoir ils retenaient, et comment ils influaient sur les destinées de l'état, soit qu'ils fussent placés en dedans, soit qu'ils fussent laissés en dehors des institutions. On ne peut pas dire que des hommes qui, dans de certains cas, pouvaient éloigner ou dissoudre les assemblées du peuple, empêcher ou ordonner de livrer une bataille, étaient des hommes sans autorité politique, surtout lorsqu'il y avait des charges pontificales souvent occupées par des citoyens ambitieux et puissants. Je n'ai donc su absolument ce que je disais dans ce passage de l'Essai, qui me parait, sous tous les rapports, pitoyable. (N. ÉD.)

(a) Si je n'avais dit que de ces choses-là, j'aurais eu moins de corrections fraternelles à m'administrer. (N. ÉD.) ↩

Les prêtres de la Perse et de l'Egypte ressemblèrent parfaitement aux nôtres. Leur esprit se composait également de fanatisme et d'intoléranceb. Les mages firent brûler et ravager les temples de la Grèce lors de l'expédition de Xerxès. Ils gouvernaient le trône, et avaient exclusivement l'oreille des rois : deux traits cependant les distinguent des ministres du culte chez les chrétiens.

(b) J'ai toujours la même horreur du fanatisme et de l'intolérance ; mais l'esprit des prêtres chrétiens n'était point l'intolérance et le fanatisme. Ces prêtres ont été quelquefois fanatiques et intolérants selon les siècles ; et même dans ces siècles où ils subissaient les mœurs de leur temps, ils se sont souvent montrés plus éclaires et plus charitables que leurs contemporains. Des évêques se sont opposés au massacre de la Saint-Barthélemy. Que Rome ait applaudi à ces massacres; que quelques prêtres indignes de ce nom se soient fait remarquer par leur fureur à différentes époques de notre histoire, encore une fois il n'est pas juste de conclure du particulier au général. Des citations du Génie du Christianisme vont bientôt répondre à mes accusations philosophiques. (N. ÉD.) .. (c) Cet aveu du moins est honorable au clergé. (N. ÉD.) ↩

Ils ne croyaient pas à la religion qu'ils enseignaient ; ils professaient secrètement une autre doctrine, et adressaient leurs prières au vrai Dieu qui gouverne le monde. Nos prêtres, pour la plupart, admettent les dogmes qu'ils publient (c).

La seconde différence se trouve dans les lumières. Les mages étudiaient particulièrement les sciences ; notre clergé, au contraire, faisait vœu d'y renoncerd. Les deux chemins conduisent au même but : l'on domine également du fond du tonneau de Diogène et du haut de l'observatoire babylonien.

(d) Mais étais-je devenu fou? Quand donc le clergé a-t-il renoncé aux sciences ? Les plus beaux génies, les hommes les plus savants, ne sont-ils pas sortis de l'ordre du clergé? N'est-ce pas le clergé qui a sauvé les lettres du naufrage de la barbarie, etc., etc.? Le clergé faire vœu de renoncer aux sciences ! Une telle assertion suffirait seule pour décréditer tout un livre. Voyez, au reste, le Génie du Christianisme sur les services rendus aux lettres par le clergé. (N. ÉD.) ↩

Mais une institution particulière a contribué à donner à nos ministres un esprit différent de celui des prêtres de l'antiquité, je veux dire la confession auriculaire. Cet ouvrage a été un des grands textes des déclamations des philosophes. Comment, disaient-ils, l'innocence allant peut-être déposer ses secrets dans le sein du crime, la pudeur dans celui de l'immoralité, l'homme libre révélant sa pensée au tyran, les intimités entre deux amis, entre l'époux et l'épouse, enfin, tout ce qui ne doit être connu que du ciel et de nous, le confier à un homme faible, à un homme sujet à nos passions ! Prêtre, je m'agenouille à ton tribunal : j'ai péché ; j'ai trahi l'amitié, la beauté, la jeunesse, l'innocence... Mais je te vois pâlir : et toi aussi serais-tu coupable? et n'es-tu pas homme? Sois donc mon ami, et ne sois pas mon juge ; console-moi, laisse-moi te consoler ; prions ce Dieu qui nous créa faibles, afin que nous nous appuyions l'un sur l'autre, ce Dieu qui, pour toute pénitence, nous a donné le remordsa. Ainsi raisonnaient les philosophes.

(a) « La confession suit le baptême ; et l'église, avec une prudence qu'elle seule possède, a fixe l'époque de la confession à l'age où l'idée du crime peut être conçue : il est certain qu'à sept ans l'enfant a les notions du bien et du mal. Tous les hommes, les philosophes même, quelles qu'aient été d'ailleurs leurs opinions, ont regardé le sacrement de pénitence comme une des plus fortes barrières contre le vice, et comme le chef-d'œuvre de la sagesse. « Que de restitutions, de réparations, dit Rousseau, la « confession ne fait-elle point faire chez les catholiques ! » Selon Voltaire, « la confession est une chose très-excellente, un frein au crime, inventé dans l'antiquité « la plus reculée : on se confessait dans la célébration de tous les anciens mystères. « Nous avons imité et sanctifie cette sage coutume : elle est très-bonne pour engager « les cœurs ulcérés de haine à pardonner. » « Sans cette institution salutaire, le coupable tomberait dans le désespoir. Dans quel sein déchargerait-il le poids de son cœur? Serait-ce dans celui d'un ami ? Eh! qui peut compter sur l'amitié des hommes ? Prendra-t-il les déserts pour confidents ? Les déserts retentissent toujours pour le crime du bruit de ces trompettes que le parricide Néron croyait ouïr autour du tombeau de sa mère. Quand la nature et les hommes sont impitoyables, il est bien touchant de trouver un Dieu prêt à pardonner : il n'appartient qu'à la religion chrétienne d'avoir fait deux sœurs, de l'innocence et du repentir. » Génie du Christianisme, 1re part., liv. ler, chap. VI.) (N. ED.) ↩

Finissons par quelques remarques générales.

L'esprit dominant du sacerdoce doit être l'égoïsmeb. Le prêtre n'a que lui seul dans le monde ; repoussé de la société, il se concentre; et voyant que tous les hommes s'occupent de leurs intérêts, il cherche le sien. Sans femme et sans enfants, il peut rarement être bon citoyen, parce qu'il prend peu d'intérêt à l'état. Pour aimer la patrie, il faut avoir fait le tour de la chambre sur ses mains, comme Henri IVc.

(b) Cela serait vrai pour tout autre prêtre qu'un prêtre chrétien. Mais la charité évangélique est là pour lui donner toutes les saintes tendresses de l'âme; par elle, le prêtre devient un père compatissant, un frère dévoué, un ami fidèle : comme son divin Maître, il va faisant le bien. (N. ÉD.) ↩

(c) Nos révolutionnaires les plus atroces, ces tigres qui s'enivraient du sang français, adoraient les petits enfants; on n'a jamais vu de meilleurs pères : aussi comme ils aimaient la patrie! (N. ÉD.) ↩

Autre trait général du caractère des prêtres : le fanatisme. En cela ils ressemblent au reste du monde : chacun fait valoir le chaland dont il vit. Nous sommes assis dans la société comme des marchands dans leurs boutiques : l'un vend des lois, l'autre des abus, un troisième du mensonge, un quatrième de l'esclavage ; le plus honnête homme est celui qui ne falsifie point sa drogue et qui la débite toute pure, sans en déguiser l'amertume avec de la liberté, du patriotisme, de la religiona.

(a) Je serais bien fâché de mépriser autant la race humaine aujourd'hui. (N. Eb.) ↩

Enfin, la haine doit dominer chez les prêtres, parce qu'ils forment un corps. Il n'est point de la nature du cœur humain de s'associer pour faire du bien ; c'est le grand danger des clubs et des confréries. Les hommes mettent en commun leurs haines et presque jamais leur amourb.

(b) Si ces réflexions étaient vraies, il faudrait mettre le feu aux quatre coins des cites . (N. ED.) ↩