Seconde partie
Chapitre XLIV. Objections des Philosophes contre le Christianisme. - Objections philosophiques
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
On peut diviser les différentes objections des philosophes contre le christianisme en quatre sortes : 1° objections philosophiques proprement dites ; 2° objections historiques et critiques; 3° objections contre le dogme; 4° objections contre la discipline. Voyons les premières.
Objections philosophiques1. La création est absurde. Quelle volonté peut tirer une parcelle de matière du néant? Toutes les raisons imaginables ne renverseront jamais cet axiome commun : Rien ne se fait de rien. Mais les Écritures mêmes ne l'admettent pas, le néant : et l'Esprit de Dieu reposait sur les eaux. Voilà donc la matière coexistante avec l'Esprit; voilà donc un chaos.
1 Il serait impossible de citer à chaque ligne les auteurs dont ces raisonnements sont empruntés, parce qu'ils se trouvent répétés d'un bout à l'autre de leurs livres, et qu'il faudrait pour ainsi dire noter toutes les pages. Je les rassemblerai donc en commun à la fin de chaque chapitre. ↩
Dieu, dites-vous, a été l'architecte? Ce n'est plus le système chrétien. Mais voyons si cela même peut être admis.
Si Dieu a arrangé la matière, c'est un être impuissant et borné. Le chaos étant la première forme, et de nécessité la meilleure, puisqu'elle est la forme naturelle; puisque les vices, les souffrances, les chagrins y dorment passifs. Qu'a fait Dieu? Il a tout séparé, tout divisé, et, en classant les maux, il n'a fait qu'un monde vulnérable dans toutes ses parties, d'un univers engourdi et tranquille, il a donné une âme à la douleur, et rendu les peines sensiblesa. Il s'est donc mépris; et son prétendu ordre est un affreux désordre.
(a) Voyez, pour la réfutation de toutes ces belles choses, les Notes et Éclaircissements du Génie du Christianisme. (N. ED.) ↩
Mais nous vous abandonnons la majeure. Nous supposons, pour un moment, que tout est émané de Dieu. Ce Dieu, en créant l'homme lui a dit : Tu ne pécheras point, ou tu mourras; et il avait prévu qu'il pécherait, et qu'il mourrait; tu seras bon, vertueux, ou je te condamnerai aux peines de l'enfer ; et Dieu savait qu'il ne serait ni bon, ni vertueux, et c'était lui qui l'avait créé ! Dieu, répondez-vous, vous a fait libre? Ce n'est pas là la question. A-t-il prévu que je tomberais, que je serais à jamais malheureux ? Oui, indubitablement. Eh bien ! votre Dieu n'est plus qu'un tyran horrible et absurde. Il donne aux hommes des passions plus fortes que leur raison, et il s'écrie : Je t'ai donné la raison ! -Sans doute, et les passions aussi; et tu savais que celles-ci l'emporteraient ; et tu prévis, des millions de siècles avant ma naissance, que je serais vicieux, que je serais condamné à ton tribunal aux éternelles douleurs. Qui t'obligeait à me tirer du néant? Qui te forçait, Être tout-puissant, à faire un misérable? Ne pouvais-tu me rendre fort et vertueux au degré nécessaire pour me rendre heureux? Tu te crées des victimes, et tu les insultes au milieu des tourments, en leur parlant d'un franc arbitre, sur des choses que la prescience t'avait fait connaître de toute éternité; et qui, par la raison même que tu les avais prévues, devaient nécessairement arriver !
• Dieu ne pouvait vous empêcher de naître dans la chaîne des êtres où votre place se trouvait marquée : - d'accord; mais ceci n'est plus le Dieu des Juifs, c'est la destinée, autre système qui a ses inconvénients. Vous vous retranchez dans le grand argument, et vous dites que nous ne pouvons pas plus comprendre le grand Ètre, qu'un ciron ne saurait comprendre un homme : cette raison, excellente en elle-même, ne prouve rien pour les Écritures. Je m'en tiens à ce que je ne puis comprendre Dieu ; et là-dessus je n'ai pas plus de motifs d'en croire Moïse que Platon, excepté que celui-ci raisonne mieux que celui-là.
Je passe une multitude d'autres raisons philosophiques, telles que celles tirées des diverses espèces de l'homme, de l'ancienneté du globe, etc.; et je viens aux raisons historiques et critiques1.
1 BAYLE; Lettres de Diderot au roi de Prusse; TOLAND ; VOLT., Dictionn. Philo Soph..; HUME'S Philosoph. Essay; LE BOUCHER, BUFFON, etc. ↩