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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre XXIV. Depuis Bacon jusqu'aux Encyclopédistes

Seconde partie

Chapitre XXIV. Depuis Bacon jusqu'aux Encyclopédistes

Essai sur les révolutions · 6 min de lecture · p. 308–310 · chapitre 95 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Le chancelier lord Bacon ", un de ces hommes dont le genre humain s'honore, a laissé plusieurs ouvrages. C'est à son traité On the advancement of learning et à celui du Novum Organon Scientiarum, qu'il doit particulièrement son immortalité.

Dans le premier, il examine en son entier le cercle des sciences, classant chaque chose sous sa faculté, facultés dont il reconnaît quatre : l'âme, la mémoire, l'imagination, l'entendement. Les sciences s'y trouvent réduites à trois : la poésie, l'histoire, la philosophie. Dans le second ouvrage, il rejette la méthode de raisonner par syllogismes; il propose seulement la physique expérimentale

croissent chétivement sur ces squelettes fossiles. On ne voit auprès aucun animal vivant, hors des aigles qui, en planant au-dessus de la cataracte où ils viennent chercher leur proie, sont entraînes par le courant d'air, et forcés de descendre en tournoyant au fond de l'abîme. Quelque carcajou tigré se suspendant par sa longue queue à l'extrémité d'une branche abaissée, essaie d'attraper les debris des corps noyés des élans et des ours que le remole jette à bord ; et les serpents à sonnettes font entendre de toutes parts leurs bruits sinistres.

1 FABR., Bibl. Gr., V. 10, 278; SHELBORN, Amœnitat. Leter., t. 1, p. 18; Vita a J. Fr. Pico in Bates Vet. Select. - 2 Declarationes ad Heidelbergenses, apud Werensdorf. 3 SORBIÈRE, de Vit. GasS. Praef. Synt. Phil. Epic.; BAYLE.

pour seul guide dans la nature. C'est ainsi que ce grand homme ouvrit à ceux qui l'ont suivi, le vrai chemin de la philosophie; et que chacun, écoutant son génie, sut désormais où se placer1.

1 Voyez les ouvrages cités. ↩

Tandis que Bacon brillait en Angleterre, Campanella2 florissait en Italie. Cet homme extraordinaire attaqua vigoureusement les préjugés de son siècle, et tomba lui-même dans le vague des systèmes. Plongé vingt-sept ans dans les cachots3, il y vécut, comme une salamandre, au milieu du feu de son génie, n'ayant ni plume ni papier pour lui ouvrir une issue au dehors. Ses écrits étincellent4, mais on y remarque une tête déréglée. Au reste, il admettait l'âme du monde de Platon, etc.

2 Né en 1568, mort en 1639. ↩

3 Pour une prétendue conspiration contre le roi d'Espagne. ↩

4 Entre autres les ouvrages intitulés : « Philosophia Rationalis; de Libris Propris ; Civitas Solis. ↩

Hobbes5, contemporain de Bacon, publia plusieurs ouvrages : son livre de la Nature Humaine, son traité De Corpore Politico, son Leviathan et sa Dissertation sur l'Homme, sont les plus considérables. En politique, il trouva à peu près les principes du Contrat Social de J. J. Rousseau; mais il soutient les opinions les plus destructives de la société. Il avance que l'autorité, non la vérité, doit faire le principe de la loi; que le magistrat suprême, qui punit l'innocent, pèche contre Dieu, mais non contre la justice, qu'il n'y a point de propriétés, etc. En morale, il dit que l'état de nature est un état de guerre, que la félicité consiste en un continuel passage de désir en désir «.

5 Né en 1588, mort en 1679. ↩

Descartes7 fit revivre le pyrrhonisme, et ouvrit les sources du déluge de la philosophie moderne. La seule vérité, selon lui, consistait en son fameux argument, Je pense, donc j'existe. Il admettait les idées innées, l'existence de la matière. Il expliquait l'action de l'âme sur le corps d'après les principes de Platon8. On connaît ses tourbillons en physique.

7 Né en 1596, mort en 1650. ↩

8 Vid. Princip. Phil. Médit. Phil. de Prima Phil. ↩

Leibnitz publia son système des Monades, par lesquelles il entendait une simple substance sans parties. Mais cette substance varie en propriétés et relations, et c'est de ces diverses modifications apparentes que résultent Plusieurs dans l'Unité. Cela rentre dans les Nombres de Pythagore et les Idées de Platon. Leibnitz9 est l'auteur du Calcul différentiel10.

6 Voyez les ouvrages cités, particulièrement le Leviathan.

10 Vid. THEODICEA, Calculus Differentialis, etc. Un monument littéraire bien plus précieux que la correspondance des encyclopé- ↩

9 Né en 1646, mort en 1701. ↩

Spinosa ' rappelle l'Athée par excellence. Il admettait une substance universelle, laquelle substance a en elle-même tous les principes de modification : elle est Dieu. Tout vient ainsi de Dieu : le mort et le mourant, le riche et le pauvre, l'homme qui sourit et celui qui pleure, la terre, les astres, tout cela se passe et est en Dieu 2.

Locke 3, a laissé dans son traité On human understanding, un des plus beaux monuments du génie de l'homme. On sait qu'il y détruit la doctrine des idées innées; qu'il explique la nature de ces idées, les dérivant de deux sources : la sensation et la réflexion 4.

Grotius $ après Machiavel, Mariana, Bodin 6, fut un des premiers à faire revivre en Europe la politique. Son livre de Jure Belli et Pacis manque de méthode, et s'étend au delà de son titre. Il part d'ailleurs d'une majeure douteuse : la sociabilité de l'homme (a). Au reste, on y touve du génie et de l'érudition.

Puffendorf 7 a déployé moins de génie que Grotius dans son traité de Jure Nature et Gentium, mais on y apprend davantage, par l'excellent plan de l'ouvrage. Il y part de la morale pour remonter à la politique (le seul chemin par où on puisse arriver à la vérité), considérant l'homme dans ses rapports avec Dieu lui-même et ses semblables (b).

L'universel scepticisme de Bayle 8 se fait apercevoir dans ses écrits. Il y détruit tous les systèmes des autres, sans en élever un lui-même 9. Il passe avec raison pour le plus grand dialecticien qui ait existé.

Malebranche 1° a laissé un nom célèbre. Les deux opinions les plus extraordinaires, qui aient peut-être été jamais avancées par aucun philosophe, se trouvent dans sa Recherche de la Vérité. Il y afdistes est celle de Newton, Clarke et Leibnitz : par exemple, Leibnitz faisant part à Newton de sa découverte de son Calcul différentiel, et Newton lui demandant son avis sur sa Théorie des murées.

1 Né en 1632, mort en 1677. - 2 Tractât. Theolog. Politic., Or. pro Chr., BAYL. Spin. - 3 Né en 1632, mort en 1704. - 4 Essay on hum. underst.

5 Né en 1583, mort en 1615. & Sidney écrivit quelque temps après. Il ne faut pas confondre ce Sidney, écrivain d'un excellent Traité sur le gouvernement, avec le Sidney, auteur de l'Arcadie.

(a) Eh bien ! vais-je nier aussi la sociabilité de l'homme? (N. ÉD.)

(b) J'avais du moins étudié quelque chose de mon métier avant d'être ambassadeur.

firme que la pensée ne se produit pas de l'entendement, mais découle immédiatement de Dieu; et que l'esprit humain communique directement avec la Divinité et voit tout en elle1.

1 Recherche de la Vérité. 2 De Orbium Celest. Revol. ↩

Rappeler ces grands hommes qui travaillaient en même temps à l'Histoire Naturelle, serait trop long et hors du sujet de cet ouvrage. Copernic, qui rendit à l'univers son vrai système 2, perdu depuis Pythagore ; Galilée, qui inventa le télescope, découvrit les satellites de Jupiter, l'anneau de Saturne, etc.3 ; enfin l'immortel Newton, qui traça le chemin aux comètes, vit se mouvoir tous les mondes, pénétra dans le principe des couleurs, et vola pour ainsi dire à Dieu le secret de la nature4 ; tous ces hommes illustres précédèrent les encyclopédistes dont il me reste à parier.

3 VIVIANI, Vit. Gal., Act. Phil. ; Systema Cosmicum. ↩

4 Philosophice Naturalis Principia mathematica. On ne sait lequel admirer le plus des trois grands hommes que je viens de nommer, lorsqu'on les voit s'élever les uns après les autres de merveilles en merveilles. Je ne puis m'empêcher d'observer qu'on doit à Galilée les vérités importantes : que l'espace parcouru dans la chute des corps est en raison du carré des temps ; que le mouvement des projectiles se fait dans la courbe parabolique* » Je comprends sous ce nom non-seulement les vrais encyclopédistes, mais encore les philosophes qui les ont suivis jusqu'à notre temps. ↩

* Toujours mes chères mathématiques : cela prouve du moins que je n'avais pas la mauvaise habitude d'écrire avant d'avoir lu; habitude trop commune dans ce siècle. (N. ÉD.) ↩

* Si j'ai écrit quelque chose de bon dans ma vie, il faut y comprendre cette note. (N. ÉD.) ↩