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L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre LV. La Perse

Première partie — Révolutions anciennes. introduction

Chapitre LV. La Perse

Essai sur les révolutions · 3 min de lecture · p. 172–173 · chapitre 59 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Nous montons enfin sur le grand théâtre. Après avoir considéré en détail les États par rapport à l'établissement des républiques en Grèce, et réciproquement, cet établissement par rapport à ces divers États, nous allons maintenant contempler tous ces peuples se mouvant en masse sous l'influence générale de cette même révolution et ne faisant plus qu'un seul corps. Nous allons les voir se lever ensemble pour renverser des principes et un gouvernement qu'ils ne feront que consolider; et les efforts de ces alliés viendront, mal dirigés, tièdes et partiels, se perdre contre une communauté peu nombreuse, mais unie; peu riche, mais libre.

Je passe sous silence les Éthiopiens, les Juifs, les Chaldéens, les Indiens, quoiqu'à l'époque de la révolution grecque ils eussent déjà fait des progrès considérables dans les sciences. La somme de leur philosophie et de leurs lumières se réduisait généralement à la foi dans un Être suprême, à la connaissance des astres et des secrets de la nature. Ils étaient, comme le reste du monde oriental, gouvernés par des rois et des sectes de prêtres qui, de même que leurs frères d'Egypte, se conduisaient d'après le système de mystère, afin de dompter les peuples, par l'ignorance, au joug de la tyrannie civile et religieuse. En Éthiopie, les membres de cette caste sacrée portaient le nom de Gymnosophistes1; en Judée, celui de Lévites2; dans la Chaldée, celui de Prêtres3; en Arabie, celui de Zabiens⁴; aux Indes, celui de Brachmanes5. Chaque pays comptait aussi ses grands hommes : les Éthiopiens reconnaissaient Atlas6; les Arabes, Lokman7; les Juifs, Moïse8 ; les Chaldéens, Zoroastre9; l'Inde, Buddas 10a. Les uns avaient écrit de la nature, les autres de l'histoire, plusieurs de la morale11. De tous ces ouvrages, les fables de Lokman et l'histoire de Moïse, sont les seuls qui nous soient parvenus. Les livres qu'on attribue à Zoroastre12 ne sont pas originaux.

1 DIoD., lib. XI. ↩

2 La Bible. ↩

3 DIOD., ib. - i HYDE, Rel. Pers., cap. III. - ↩

5 STRAB., lib. XV, p. 822. - Aussi gymnosophistes. ↩

6 VIRG., En., lib. IV, V. 480; lib. 1, V. 145. ↩

7 LOкM., Fab., Epern. Edit. - ↩

8 Genèse. ↩

9 JUSTIN., lib. 1, cap. II. - 1° Ce que nous savons de Buddas est très-incertain. Les partisans de l'ancienne religion, au moment de l'établissement du christianisme, opposaient Buddas à Jésus-Christ, disant que le premier avait aussi été tiré du sein d'une vierge. (Vid. S. HIERON., Contra Jovin.) ↩

(a) Me voilà mêlant très-phylosophiquement les Juifs aux autres peuples, les lévites aux brachmanes, Moïse à Buddas! • (N. ED.) ↩

La plupart de ces différentes contrées étant ou soumises à la cour de Suze ou ignorées des Grecs, il serait inutile de nous y arrêter : revenons aux vastes États de Cyrus.

L'empire des Perses et des Mèdes, au moment de la chute d'Hippias, s'étendait depuis le fleuve Indus, à l'est, jusqu'à la Méditerranée à l'occident; et depuis les frontières de l'Ethiopie et de Carthage, au midi, jusqu'à celles des Scythes au nord; comprenant un espace de 40 degrés en latitude et de plus de 16 en longitude13.

Formé par degrés des débris de plusieurs États, peu d'années s'étaient écoulées depuis que cet énorme colosse pesait sur la terre. L'empire des Assyriens, qui en composait d'abord la plus grande partie, fut conquis par les Mèdes vers le sixième siècle avant notre ère14. Le célèbre Cyrus, ayant réuni sur sa tête les couronnes de Perse et de Médie, renversa le trône de Lydie, qui florissait sous Crésus dans l'Asie Mineure, vers le règne de Pisistrate à Athènes15. Cambyse, successeur de Cyrus, ajouta l'Egypte à ses possessions16; et Darius, fils d'Hystaspes, sous lequel commence la guerre mémorable des Perses et des Grecs, réunit à ses immenses domaines quelques régions de la Thrace et des Indes 1.

11 Vid. loc. cit. ↩

12 Zoroastre l'Ancien, ou le Chaldéen. Je parlerai de ceux du second Zoroastre. ↩

13 Huit cents lieues en latitude, et trois cents en longitude, estimant les degrés de longitude à environ dix-huit lieues les uns dans les autres sous ces parallèles. ↩

14 HEROD., lib. 1, cap. ICV. ↩

15 XENOРH., Cyrop., lib. 1, p. 2; lib. VII, P. 180, etc. ↩

16 HEROD., lib. III, cap. VII. ↩