Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Essai sur les révolutions Chapitre LXII. Déclaration de la Guerre Médique, l'an premier de la soixante-neuvième Olympiade

Première partie — Révolutions anciennes. introduction

Chapitre LXII. Déclaration de la Guerre Médique, l'an premier de la soixante-neuvième Olympiade

Essai sur les révolutions · 5 min de lecture · p. 193–195 · chapitre 65 sur 126

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

(505 ans av. J.-C.) - Déclaration de la Guerre présente, 1792. - Premières Hostilités.

Durant que ceci se passait en Ionie et dans le Brabanta, de grandes scènes s'étaient ouvertes en Grèce et en France. Soulevées au nom de la liberté, ces deux contrées avaient chassé leurs princes et changé la forme de leur gouvernement. Dans le moment le plus chaud de cet enthousiasme, les Athéniens voient tout à coup arriver les ambassadeurs de l'Ionie révoltée, qui les supplient de secourir leurs concitoyens dans la cause commune de l'indépendance1. - Les députés du Brabant en insurrection font à Paris la même prière à l'Assemblée nationale.

(a) L'lonie et le Brabant! je parle de tout cela couramment. (N. ED.) ↩

1 HEROD., lib. V, cap. LV. ↩

L'impétuosité attique et française aurait bien désiré se précipiter dans la mesure proposée, mais l'heure n'était pas venue. On ne comptait encore que des préparations peu avancées : un reste de crainte retenait; d'ailleurs il était impossible, sans renoncer à toute pudeur, de rompre la paix avec la Perse, - avec l'Allemagne, dont on n'avait aucun sujet de plainte. On renvoya donc les députés avec des paroles obligeantes, se contentant de fomenter sous main des troubles auxquels on ne pouvait encore prendre de part ouverte2b.

2 On est forcé de concevoir ainsi la chose d'après le récit d'Hérodote, qui se contredit avec les faits qu'il rapporte lui-même. Il représente Aristagore à Athènes, vers le commencement de la seconde année de la révolte de l'Ionie, et il ajoute qu'il obtint le but de sa négociation ; et cependant les Athéniens ne joignirent leur flotte aux Grecs-Asiatiques que l'année suivante. D'ailleurs, Plutarque, dans plusieurs endroits de ses ouvrages, et Platon, dans le troisième livre des Lois, confirment ce que j'avance ici. (HEROD., lib. V, cap. LV-XCVI-XCVI-xcix-CIII ; PLUT., in Themist. ; Id., de Glor. Athen. ; PLAT., de Leg., lib. III.) ↩

(b) Ceci est grave : je mets mes conjectures à la place de l'histoire, j'accuse et je n'apporte aucune preuve à l'appui de mon accusation. Le gouvernement français essaya sans doute de propager les principes révolutionnaires, de soulever les peuples contre les rois ; mais ce fut plus tard, sous le règne de la Terreur, au milieu du désordre révolutionnaire; et, dans ce passage, il n'est encore question que de l'époque de l'Assemblée constituante. Je calomnie donc, sans m'en apercevoir, par une confusion de temps et par un anachronisme né de la préoccupation de mon système. ↩

Le prétexte ne tarda pas à se présenter. Hippias, dernier roi d'Athènes, s'était retiré à la cour d'Artapherne , frère de Darius, et satrape de Lydie. - Les princes, frères de Louis XVI, avaient cherché un refuge à la cour de Coblentz. Aussitôt les Athéniens disent que Darius favorise le tyran; que celui-ci intrigue pour susciter des ennemis à sa patrie2. On députe vers Artapherne, on lui signifie qu'il ait à cesser de protéger la cause d'Hippias3. - Les Français exigent de Léopold qu'il défende les rassemblements d'émigrés dans ses états, et abandonne les princes fugitifs. - Artapherne répond ouvertement que, si les Athéniens désirent se concilier la faveur du grand roi, il faut qu'ils rétablissent le fils de Pisistrate sur le trône4. - L'empereur germanique semble obéir aux ordres de l'Assemblée nationale, en même temps qu'il tient secrètement une conduite opposéea.

2 HEROD., lib. VI, cap. CII. ↩

3 Id., lib. V, cap. XCVI ↩

4 HEROD., lib. V, cap. XCVI. ↩

(a) Ce que je dis des Athéniens est appuyé d'une autorité historique ; mais je n'offre, au soutien de ce que je dis de l'Allemagne, que mon propre récit : ce n'est pas assez. Remarquons, en passant, qu'on ne doit point dire en bon français, l'empereur germanique; c'est là du style de réfugié. (N. ED.) ↩

D'un autre côté, Darius se plaignait de ce que les Grecs entretenaient la révolte des villes d'Ionie, et s'arrogeaient le droit de se mêler du gouvernement intérieur de ses provinces5, à peu près de même que les princes allemands réclamaient contre les décrets de l'Assemblée nationale, qui s'étendaient sur leur territoire.

5 HEROD., lib. IV, cap. CV. ↩

Il était impossible qu'au milieu de ces reproches mutuels, les esprits conservassent longtemps la modération dont ils affectaient encore de se parer. Les partis, protestant toujours le désir de paix, se préparaient secrètement à la guerre6. On s'aigrissait de plus en plus. Hippias, è la cour de Suze, représentait les Grecs comme des factieux ennemis de l'ordre et des rois 7. - Les émigrés invoquaient l'Europe contre des régicides qui avaient juré haine éternelle à tous les trônes. - Les Grecs et les Français disaient qu'on devait se lever contre des tyrans qui menaçaient la liberté des peuples8. Les uns crient au républicanisme9; les autres à l'esclavage1; on s'insulte ; on vole aux armes. Les Athéniens et les patriotes de France, gagnant de vitesse le flegme oriental et allemand, se hâtent d'attaquer la Perse11, - la Germanie. L'an 1er de la 69° olympiade, et l'année 1792 de notre ère, virent les premières hostilités de ces guerres trop mémorables. Les Athéniens se précipitèrent sur l'Asie Mineure, où ils brûlèrent Sardes1; - les Français sur le Brabant, où ils se signalèrent de même par des incendies. Les uns et les autres, bientôt forcés à une fuite honteuse2, se retirèrent, laissant après eux des flammes que des torrents de sang pouvaient seuls éteindrea.

1 HEROD., lib. V, cap. XCVI. ↩

6 Id., lib. V, cap. LV. - 1 Id., lib. V, cap. XCVI. - ↩

8 Id., lib. V, cap. cu. ↩

9 HEROD., lib. V, cap. xevI. - 1° Id., lib. V, cap. xCVI. - ↩

11 Je commence la guerre Médique au moment où les Athéniens prirent une part active dans la révolte des Ioniens. Il n'y eut alors aucune déclaration formelle de guerre; elle n'eut lieu que lors de l'invasion de Xerxès. ↩

1 HEROD., lib. V, cap. CII. ↩

2 Id., ibid., cap. CIlI. ↩

(a) Il faut bien me laisser faire des tableaux, puisque mon système le veut ainsi. Mais je dois remarquer, pour la vérité historique, que je torture ici quelques passages d'Hérodote, et que je ne suis pas même exact dans le récit des premières hostilités des Français en 1792. (N. ED.) ↩