Première partie — Révolutions anciennes. introduction
Chapitre XXX. Carthage
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Nous trouvons sur la côte d'Afrique les célèbres Carthaginois, qui, de tous les peuples de l'antiquité, présentent les plus grands rapports avec les nations modernes. Aristote a fait un magnifique éloge de leurs institutions politiques 1. Le corps du gouvernement était composé : de deux Suffètes ou consuls annuels; d'un sénat; d'un tribunal des Cent, qui servait de contre-poids aux deux premières branches de la constitution; d'un conseil des Cinq, dont les pouvoirs s'étendaient à une espèce de censure générale sur toute la législature; enfin, de l'assemblée du peuple, sans laquelle il n'y a point de république2 (a).
2 Probablement les iles Britanniques. ↩
Carthage adopta en morale les principes de Lacédémone Elle bannit les sciences et défendit même qu'on enseignât le grec aux enfants3. Elle se mit ainsi à l'abri des sophismes et de la faconde de l'Attique. Il serait inutile de rechercher l'état des lumières chez un pareil peuple. Je parlerai incessamment de la partie des arts dans laquelle il avait fait des progrès considérables.
3 JUSTIN.; lib. II, cap. V. ↩
Atroces dans leur religion, les Carthaginois jetaient, en l'honneur de leurs dieux, des enfants dans des fours embrasés4; soit qu'ils crussent que la candeur de la victime était plus agréable à la divi-
4 PLUT., de Superst., p. 171. ↩
même position attirera, tôt ou tard, les mêmes désastres aux Français en Italie, si la paix ne prévient l'effusion du sang.
1 ARIST., de Rep., lib. II, cap. XI.
2 ARIST., de Rep.; POLYB., lib. VI, p. 493; JUST., lib. XIX, cap. II; CORN. NEP., in Annib., cap. VII.
(a) Le jeune auteur se plaît évidemment au détail de ces combinaisons politiques, qui rentrent dans son système favori. Il est vrai qu'il n'y avait point de république sans assemblée du peuple, avant que la république représentative eût été trouvée.
nité ; soit qu'ils pensassent faire un acte d'humanité en délivrant ces êtres innocents de la vie, avant qu'ils en connussent l'amertume.
Leurs principes militaires différaient aussi de ceux du reste de leur siècle. Ces marchands africains, renfermés dans leurs comptoirs, laissaient à des mercenaires, de même que les peuples modernes, le soin de défendre la patrie1. Ils achetaient le sang des hommes au prix de l'or acquis à la sueur du front de leurs esclaves, et tournaient ainsi au profit de leur bonheur la fureur et l'imbécillité de la race humaine.
1 CORN. NEP., in Annib. ↩
Mais les habitants des terres puniques se distinguaient surtout par leur génie commerçant. Déjà ils avaient jeté des colonies en Espagne, en Sardaigne, en Sicile, le long des côtes du continent de l'Afrique, dont ils osèrent mesurer la vaste circonférence; déjà ils s'étaient aventurés jusques au fond des mers dangereuses des Gaules et des îles Cassitérides2. Malgré l'état imparfait de la navigation, l'avarice, plus puissante que les inventions humaines, leur avait servi de boussole sur les déserts de l'Océana.
2 STRAB., lib. V; DIOD., ibid.; JUST., lib. XLIV, cap. V; POLYB., lib. II; HAN., Peripl.; HEROD., lib. III, cap. CXXV. ↩
(a) Je ne renie point ces derniers chapitres : à quelques anglicismes près, je les écrirais aujourd'hui tels qu'ils sont. (N. ÉD.) ↩