Première partie — Révolutions anciennes. introduction
Chapitre LVI. Tableau de la Perse au moment de l'abolition de la Monarchie en Grèce. - Gouver-
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Œuvres complètes, Furne, 1859, t. I (texte de 1797 et notes de 1826), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
nement. - Finances. - Armées. - Religion.
Principem dat Deus (a), maxime qui conduisit Charles Ier à l'échafaud, formait tout le droit politique de la Perse 2. De là nous pouvons concevoir le gouvernement.
Cependant l'autorité du grand roi n'était pas aussi absolue que celle des sultans de Constantinople de nos jours; il la partageait avec un conseil qui composait une partie du souverain 3.
Au civil, les lois étaient pures, et la justice scrupuleusement administrée par des juges tirés de la classe des vieillards 4. Dans les cas graves, la cause était portée devant le roi 5.
Au criminel, la procédure se faisait publiquement. On confrontait l'accusateur à l'accusé, et celui-ci obtenait tous les moyens de défense qu'il pouvait croire favorables à son innocence, ou à l'excuse de son crime⁶. Cette admirable coutume, que nous retrouvons en Angleterre, était remplacée en France par l'exécrable loi des interrogations secrètes (b).
Au moment de l'abolition de la monarchie en Grèce, la société
1 HÉROD., lib. IV, cap. XLIV-CXXVII
(a) Le principe du droit divin pour les princes, et celui de la souveraineté du peuple pour les nations, ne doivent jamais être controversés par des esprits sages. Il faut jouir du pouvoir et de la liberté, sans en rechercher la source : c'est de leur mélange que se compose la société, et leur origine est à la fois mystérieuse et sacrée.
2 PLUT., in Themist., p. 125. - 3 HEROD., lib. III, cap. LXXXVIII. - 4 XENOPH., Cyrop. - 5 HEROD., lib. 1, cap. CXXXVII; lib. VII, cap. DExCIV. - 6 DIOD., lib. XV.
(4) Toujours la haine de l'arbitraire et de l'oppression. Qui me l'inspirait alors, moi pauvre émigré, moi fidèle serviteur du roi, sorti de la France avec lui pour la cause de la légitimité et de l'ancienne monarchie ? Avais-je attendu la violence ou la corruption des systèmes administratifs sous la restauration, pour m'élever contre l'injustice ? en un mot, mon opposition à tout ce qui comprime les sentiments généreux, est-elle née de mon ambition politique, ou la portai-je en moi dès les premiers jours de ma jeunesse, sans qu'elle se soit démentie un seul moment? (N. Eb.) avait peut-être fait plus de progrès en Perse vers la civilisation, qu'en aucune autre partie du globe. Un cours régulier d'administration mouvait en harmonie tous les ressorts de l'empire. Les provinces se gouvernaient par des satrapes ou commandants délégués de la couronne1. Les armées et les finances étaient réduites en système2; et, ce qui n'existait alors chez aucun peuple, des postes, établies par Cyrus sur le principe de celles des nations modernes, liaient les membres épars de ce vaste corps3. Cet institut, après la découverte de l'imprimerie, tient le second rang parmi les inventions qui ont changé pour ainsi dire la race humaine ; et il n'entre pas pour peu dans les causes de l'influence rapide que la révolution grecque eut sur la Perse. Il ne faudrait que l'usage des courriers employés aux relations communes de la vie, pour renverser tous les trônes d'Orient d'aujourd'huia. Chez les Médes, ils étaient réservés aux affaires d'État.
1 ХENOPH., Cyrop., lib. VIII. ↩
2 HEROD., lib. III, cap. LXXXIX-XCI-XCV; lib. 1, cap. CXCIL; STRAB., lib. I-XV; XENOPH., Cyrop., lib. IX ; DIOD., lib. II, p. 24. Le revenu en argent se montait à peu près à 90 millions de notre monnaie, en le reconnaissant en talents euboïques. Les provinces fournissaient la maison du roi et les armées en nature. Quant aux armées, elles étaient composées comme les nôtres, de troupes régulières, en garnison dans les provinces, et de milices, obligées de marcher au premier ordre. ↩
3 XENOPH., Cyrop., lib. VIII; HEROD., lib. VIII, cap. XCVIII. ↩
(a) Cela est hasardé, mais il y a quelque vérité dans la remarque. (N. ÉD.) ↩
Les Perses différaient en religion du reste de la terre alors connue. Ils adoraient l'astre dont la flamme productive semble l'âme de l'univers4. Ils n'avaient ni les solennités de la Grèce, ni des monuments élevés à leurs dieux5. Le désert était leur temple, une montagne6 leur autel, et la pompe de leurs sacrifices, le soleil levant suspendu aux portes de l'est, et jetant un premier regard sur les forêts, les cataractes et les vallées7b.
4 XENOPH., Cyrop., lib. 1, cap. CXXXI; STRAB., lib. XV. ↩
5 HEROD., ibid. Ceci n'est vrai que de la religion primitive des Perses. Par la suite ils eurent des temples. ↩
6 HEROD., lib. 1, cap. CXXXI. ↩
7 Id., ib. Il est probable que le nom de Mithra, sous lequel les Perses adoraient le soleil, était dans l'origine celui de quelque héros. On le trouve représenté sur d'anciens monuments, monté sur un taureau, armé d'une épée, la tiare en tête. Quelques-uns de ces attributs conviennent à l'Apollon des Grecs. ↩
(b) Mettez les fleuves au lieu des cataractes, et le tableau sera plus vrai. (N. ÉD.) ↩