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L'Enchanteur 1768—1848

Livre quatrième

Roger

Du nouveau sur J. Joubert · 4 min de lecture · p. 411–412 · chapitre 30 sur 48

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Garnier, 1900, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

rue de Grenelle-Saint-Germain, n° 35.

P.-S. Voulez-vous bien permettre que votre inséparable amie trouve ici mes hommages respectueux, et son brave frère, que je voudrais embrasser, l'assurance de ma vieille amitié ?

Et notre correspondant de la Gazette? Je ne vois plus de lettres de lui dans ce journal.

1er et 2 octobre 1837.

Madame la comtesse,1

Votre aimable et noble lettre m'est arrivée assez à temps pour que j'aie pu changer en certitude l'espoir que je donnais au publie à la fin de ma notice. Nous aurons donc une édition. Cette nouvelle n'est pas seulement agréable à tous vos amis, tels que MM. de Chateaubriand, de Langeac, Laborie, Joubert, etc., à qui j'en ai fait part. Elle charmera, je n'en doute pas, tous les amis des lettres. J'ai écrit à M. de Sainte-Beuve, qui s'est empressé de me venir voir. Nous avons causé plus d'une heure. Il est hien vrai que le public pourra sourire un moment de voir un romantique se charger de l'édition du premier de nos classiques modernes. Mais c'est un homme d'esprit et de bonne foi, et c'est de bonne foi qu'il parle et parlera de M. de Fontanes avec admiration. Son nom d'ailleurs plaira peut-être plus à la jeunesse dont il se fera mieux entendre que d'autres n'auraient pu faire. Il espère, ainsi que moi, que M. de Chateaubriand donnera quelques pages nouvelles sur son ami. Je l'y excite de mon mieux à la fin de ma notice, et cette partie de mon travail ne lui a pas moins plu que les autres. Au surplus, si j'ai bien compris M. de Sainte-Beuve, il se donnera modestement au travail matériel de l'édition. Et il désire que M. de Chateaubriand en ait tout l'honneur. Ce serait là la perfection.

M. de Sainte-Beuve va bientôt partir pour la Suisse, d'où il ne reviendra qu'au mois d'avril. Ce n'est aussi qu'à cette époque, m'a-t-il dit, que vous pourriez, Madame, venir à Paris. Nous avons donc du temps devant nous. Je dis nous, car vous devinez bien que tous mes soins et tout mon temps seront à votre disposition, pour aider, vous, Madame, M. de Sainte-Beuve, et quiconque aura l'honneur d'être associé à vous, dans votre entreprise filiale.

D'ici là je verrai M. de Chateaubriand, comme de coutume, au moins une fois par semaine.

Voici pourtant douze jours que je n'ai pu le voir, pas même pour lui dire tout ce que votre lettre contient d'aimable pour lui. Pendant que lui-même était très préoccupé de la santé de Mme de Chateaubriand et de celle de Mme Récamier, j'ai été surpris par une maladie assez grave qui touche à sa fin, et qui cependant m'a forcé d'emprunter une main étrangère pour avoir l'honneur de vous écrire cette lettre. Si d'ici à trois jours les forces me reviennent, je ne manquerai pas d'aller fêter la Saint-François1 à Marie-Thérèse.

(1) A Madame la comtesse de Fontanes, poste restante, à Genève. ↩

(1) Fête de Chateaubriand. - Hospice ou Infirmerie de Marie-Thérèse, fondé par Mme de Chateaubriand. ↩

La biographie des Hommes vivants n'a jamais eu qu'une édition, et n'en aura probablement jamais une seconde. Il existe, en effet, quelques erreurs dans l'article de M. de Fontanes. Mais je les connaissais. Je n'y ai pris que ce que j'y ai trouvé de bon et de certain. MM. Joubert et de Langeac m'ont appris quelques faits que j'ignorais. En revanche, j'en savais beaucoup qu'ils ignoraient eux-mêmes. J'ai l'orgueil de croire que nul homme aujourd'hui vivant n'a mieux connu que moi l'excellent et admirable homme que nous avons perdu. MM. de Chateaubriand et Laborie m'en ont fait l'aveu, et le premier s'est écrié en m'embrassant, après ma lecture, et les larmes aux yeux : « C'est lui ! C'est bien lui ! »

Puissiez-vous en dire autant, Madame la comtesse ! Sans votre suffrage, les autres ne me seraient d'aucun prix.

J'ai heureusement pu corriger la seconde épreuve, avant l'indisposition qui me retient au lit. Et j'ai à l'imprimerie un ami sûr qui tiendra la main à ce qu'on n'ajoute ni ne retranche un mot à ma notice - ce qui est arrivé quelquefois.

Voilà, Madame la comtesse, une lettre qui me semble courte, et qui pourtant est déjà trop longue pour ma faible tête. Permettez que je remette à un autre jour l'honneur de compléter la réponse que je vous dois.

Daignez agréer, Madame la comtesse, l'hommage de mon respectueux et éternel dévouement.