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L'Enchanteur 1768—1848

Livre quatrième

Nota

Du nouveau sur J. Joubert · 2 min de lecture · p. 340 · chapitre 24 sur 48

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Garnier, 1900, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« L'humeur d'une personne aimable ne doit être précisément à l'égalité de sa vie que ce qu'est leur verve aux poètes et ce que leur sève est aux plantes, où on ne les voit éclater que pour produire, en se jouant, quelque variété piquante ou hâter quelque utilité.

« Et n'en prenez que ce qu'il faut pour votre propre amusement et pour l'amusement des autres.

« Ce serait pour vous une tache dont vous seriez presque noircie, si elle devenait leur tourment.

« Permettez-vous quelques caprices, mais qui soient courts et peu marqués, et qui laissent apercevoir, comme un éclair dans le lointain, les agréments et le sourire de votre imagination.

« Gardez vos singularités, si vous en avez (je l'ignore).

« J'entends vos singularités innées. Il faut les émonder peut-être, mais non vouloir les arracher. Elles servent de sauvegarde, de points d'appui et de défense au naturel que tout conspire à dévaster.

« C'est une haie et des buissons dont il faut cacher les épines.

« Faites-en des buissons de roses, et qu'elles soient, pour ainsi dire, autour de votre caractère, un rempart et un ornement.

« Mais tant que vous serez très jeune, ne les montrez qu'aux connaisseurs, et, qu'au dire des plus experts, elles vaillent mieux que l'usage, que la coutume et que la mode.

« Le monde n'en veut qu'à ce prix.

« Conservez dans votre maintien, dans votre ton, dans vos manières et dans toutes vos habitudes (malgré votre vivacité) une certaine négligence, une apparence d'abandon et un air de distraction que j'ai cru remarquer en vous et qui m'ont plu infiniment : je ne puis en disconvenir.

« Mais soyez modèle en ce genre, ou du moins semblable aux modèles. Et voici comme je l'entends :

« Que cet abandon plein de grâces annonce de la confiance et non pas de l'indillérence.

« Que cette négligence, acquise par l'heureuse satiété de toutes les délicatesses et de toutes les élégances, soit une élégance de plus.

« Que cet air de distraction vienne de l'oubli de soi-même, par préoccupation des autres, et non pas de l'oubli des autres, par préoccupation de soi.