Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Du nouveau sur J. Joubert Prières chrétiennes pour quelques afflictions de la vie

Livre quatrième

Prières chrétiennes pour quelques afflictions de la vie

Du nouveau sur J. Joubert · 2 min de lecture · p. 526 · chapitre 46 sur 48

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Garnier, 1900, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Pour la perte d'une personne qui nous était chère.

J'ai senti que mon âme s'ennuyait de ma vie1, parce qu'il s'y est formé un grand vide, et que la créature qui remplissait mes jours a passé.

(1) Job, 1, 1. ↩

Mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous enlevé celui ou celle qui m'était si chère? Heureux celui qui n'est jamais né, caril n'a point connu les brisements du cœur et les défaillances de l'âme. Que vous ai-je fait, ô Seigneur ! pour me traiter ainsi ? Notre amitié, nos entretiens, l'échange mutuel de nos cœurs n'étaient-ils pas pleins d'innocence? Et pourquoi appesantir ainsi votre main 'puissante sur un vermisseau?2 O mon Dieu, pardonnez à ma douleur insensée! Je sens que je me plains injustement de votre rigueur. Ne vous avais-je pas oublié pendant le cours de cette amitié trompeuse; ne portais-je pas à la créature un amour qui n'est du qu'au Créateur? Votre colère s'est animée en me voyant épris d'une poussière périssable. Vous avez vu que j'avais embarqué mon cœur sur les flots, que les flots en s'écoulant le déposeraient au fond de l'abîme.

(2) Effacé ; « que vais-je devenir dans la vie. Je vais cherchant ». ↩

Etre éternel, objet qui ne finit point et devant qui tout s'écroule, seule réalité permanente et stable, vous seul méritez qu'on s'attache à vous ; vous seul comblez les insatiables désirs du cœur de l'homme que vous portez dans vos mains. En vous aimant, plus d'inquiétude, plus de crainte de perdre ce qu'on a choisi. Cet amour réunit l'ardeur, la force, la douceur, et une espérance infinie. En vous contemplant, ô beauté divine, on sent avec transport que la mort n'étendra jamais ses horribles ombres sur vos traits divins. Mais, ô miracle de la grâce1, je retrouverai dans votre sein l'ami vertueux que j'ai perdu! Je l'aimerai de nouveau par vous et en vous, et mon âme entière, en se donnant få] vous, se trouvera confondue avec celle de mon ami2. Notre attachement divin partagera alors votre éternité.

(1) « U miracle de bonté », dans les Souvenirs de Mme Récamier. ↩

2) Me Lenormant n'a pas su déchiffrer cette phrase. On lit dans les Souvenirs de Mme Récamier : « Je l'aimerai de nouveau pour vous et en vous, et mon âme entière. en se donnant, se retrouvera unie à celle de mon ami. » ↩