Livre quatrième
Roger. Paris, le 1er octobre [1837]
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Roger. Paris, le 1er octobre [1837]2
P. S. du 2 octobre. - Cette lettre n'ayant pu partir hier, et moi me trouvant un peu mieux ce matin, j'achève de vous dire, Madame la comtesse, ce qui me restait de plus pressé à vous répondre. C'est eu effet du Vieux Château que je voulais parler en vous demandant des nouvelles du Château d'Anet. Je suis ravi que le manuscrit de ce joli poème, ainsi que tous les autres que je croyais perdus, soient entre vos mains. Mais si vous m'en croyez, vous ne publierez pas, d'abord et uniquement, tous les ouvrages inédits. Il ne faut faire qu'une seule et même édition et de l'ancien et du nouveau. Cela fera au moins deux volumes et peut-être trois. On pourrait, dès à présent, s'occuper de recueillir tout ce qui a été imprimé, pour faire ensuite un choix sévère entre tous les morceaux de prose et de vers. Rien n'est plus délicat que d'exclure les deux ou trois petites satires échappées à M. de Fontanes, mais il n'en est pas de même des articles du Mercure, sur l'ouvrage de Me de Staël; ce n'est point là de la satire : c'est de la belle et bonne critique qu'il n'appartient plus à personne de retirer du domaine public. Et ces articles ne peuvent manquer de figurer dans l'édition à côté des articles sur Thomas et sur M. de Chateaubriand. Loin que la réimpression de l'article sur Mme de Staël soit empêchée par M. de Chateaubriand, il serait le premier à la réclamer.
(2) Timbre postal de Paris, 2 octobre 1837 ; timbre de Genève, 5 octobre faire vos amis les plus difficiles, et, quant à moi, je me suis mis et je me mets encore à vos ordres pour tout ce dont il vous plaira de me charger. ↩
M. de Laborie a été bien touché de votre souvenir. Il m'a dit ce matin qu'il aurait l'honneur de vous en remercier lui-même au premier jour.
Mes respects, je vous prie, Madame, à M'le Malthilde, et mes sincères compliments au spirituel correspondant de la Gazette.
Qu'est devenue l'édition en 3 volumes in-12 que M. de Fontanes voulait publier en 1800 et dont tous les exemplaires ont été retirés et rachetés par lui de chez l'imprimeur ? Est-ce qu'elle a été mise au pilon ? Si elle existe encore en feuilles, chez M. Mesnard ou ailleurs, elle vous sera fort utile pour l'édition filiale et abrégera beaucoup toutes vos recherches.
De M. Roger.
Paris, le 23 décembre 1837. Madame la comtesse, J'attendais, pour avoir l'honneur de répondre à vos deux aimables lettres, que l'imprimeur de la Biographie universelle me donnât quelques exemplaires de ma notice et que je pusse vous en adresser. C'est hier seulement qu'il m'a été permis de vous faire cet envoi, qui a dû vous parvenir sous bande, poste restante et franco.
M. Laborie m'a dit avoir eu l'honneur de vous écrire il y a quelques jours. J'imagine qu'il aura désavoué toute parole qui aurait pu vous faire soupçonner en moi le moindre refroidissement de zèle pour votre œuvre filiale. Je persiste à penser que M. de Sainte-Beuve s'acquittera de sa noble tâche de manière à satis-
Pour analyser les discours de M. de Fontanes, je n'ai pas eu besoin du livre de M. Fayot. M. de Langeac avait un manuscrit presque aussi complet, qu'il m'a prêté. Néanmoins, M. Fayot vous servira pour épargner des copies.
C'est dans le même but que j'aurais souhaité, Madame, que vous retrouvassiez l'édition détruite aussitôt qu'imprimée vers l'année 1800. Il nous faudra faire de nouvelles recherches.
M. de Chateaubriand n'était pas très bien portant ces jours passés. J'espère, ce soir, le trouver mieux. Je ne crois pas que nous obtenions de lui quelques lignes de préface. Cependant je ne cesse pas de lui en parler, comme d'une chose indispensable au succès de l'édition.
Je suis, Madame, bien ravi d'apprendre que vous avez auprès de vous le digne frère de M'le Mathilde. Je vous demande la permission de leur offrir ici l'assurance de ma vieille amitié.
Veuillez, Madame la comtesse, agréer et faire agréer à vos amis l'hommage de mon respect et de mon entier dévouement.
Roger1
(1) Madame la comtesse Christine de Fontanes, poste restante, à Genève. - Original autographe. ↩
Paris, ce 2 février [1838].
Madame la comtesse, Votre charmante lettre du 27 janvier m'a tiré d'une bien grande inquiétude. Je me suis empressé d'annoncer à nos amis qui, comme moi, vous croyaient malade, la bonne nouvelle de votre convalescence.
J'ai écrit à l'administration des Postes pour réclamer le paquet. On ne comprend pas qu'il ne vous soit point parvenu. Il a été expédié par Ferney, franco. On vient d'écrire à ce sujet au Directeur de cette ville. J'espère qu'il se retrouvera. En attendant, je viens de faire porter chez M. Lecointe un exemplaire sous enveloppe et à l'adresse que vous m'indiquez. M. Lecointe m'a répondu que cela vous arriverait sûrement par une occasion partant la semaine prochaine. Il me tarde bien que ma notice soit tout entière entre vos mains. Car elle a été fort mutilée par la Gazette. M. de Genoude, qui était absent pendant cette mutilation, m'a promis de réparer la contrariété que cela m'a donnée. Le préambule surtout l'a mis presque aussi en colère que moi. Nous serons tous vengés par une prochaine et complète publication.
La Quotidienne donnera aussi ma notice dans son supplément littéraire de la semaine prochaine. L'Écho français a fait la même promesse, et M. de Chateaubriand a donné des ordres à ses anciens amis des Débats pour qu'il y soit parlé convenablement et de M. de Fontanes et de la notice.
Vous verrez par l'exemplaire que j'ai l'honneur de vous envoyer que la Gazette avait, sottement ou par malice, supprimé de ma notice tout ce qui pouvait le plus honorer M. de Chateaubriand, M. Villemain, etc.
Il ne me reste plus d'exemplaires disponibles, mais si le paquet ne se retrouve pas, j'aurai l'honneur de vous envoyer quelques exemplaires de la Quotidienne ou de l'Écho.
J'ai reçu, Madame, des félicitations de tous les hommes qui ont connu et aimé M. de Fontanes ; mais quel suffrage peut m'être aussi précieux et aussi doux que le vôtre ! J'en suis vivement touché, je vous assure ; et je bénis chaque jour le Ciel de m'avoir laissé le temps de finir ma notice avant la grave maladie dont j'ai été atteint le 24 septembre et dont j'ai été sauvé par la providence de Dieu et de M. Récamier.
Daignez, Madame la comtesse, agréer de nouveau l'hommage de mon profond respect et de mon ancien et complet dévouement.
Roger1
(1) Dans le timbre postal d'arrivée : Genève, 5 février 1838. - Original autographe. ↩
De M. de Laborie.
24 octobre. Chère et si chère [mots déchirés] à tout ce qu'il y a de plus [déchirure].., de plus honorable et de plus regretté dans mon demi-siècle de vie, écoutez-moi ; car c'est ici une de ces circonstances rares qui réveillent tous les sentiments que je viens de vous exprimer du fond du cœur.
Aucune mémoire ne m'est aussi chère et aussi sacrée que celle de votre illustre père.
Chateaubriand qui lui doit tant, a été ravi de l'article de Roger. Je l'ai entendu lire pour la troisième fois (pour moi déjà deux fois) à l'illustre ami de l'illustre mort. C'est un chef-d'œuvre, et, remarquez-le bien, c'est là l'histoire tout entière et le document de la postérité.
Nous aurons un bon nombre d'exemplaires et brochures à part.
Personne au monde ne pouvait nous rendre à tous un tel service. Quant à ce bonheur, il est un fait accompli. Mais voici de l'avenir heureusement soumis à la plus intelligente et à la plus fervente piété filiale.
Je demande à la plus parfaite loyauté de moi connue...
Je suis vieux ; vous êtes jeune ; je suis quasi-père ; l'ardeur passionnée de mon plus vif attachement est mon droit, mon devoir, mon excuse.
Écoutez-moi donc :
[N'êtes-vous pas allée un peu]1 vite en promettant à Sainte-Beuve... la surveillance d'une telle [entreprise].
Vous frémirez au fond de votre esprit et de votre cœur, quand vous lirez ce que je vous envoie. Quelle prose! Quels vers ! Quel Mécène! De grosses larmes roulent dans mes vieux yeux quand je pense à la profanation d'un tel contact! Quelle préface, s'il en fait une !
C'est à mourir de crainte.
C'est ce qu'il y a de plus pur en goût, en talent, en génie de l'expression, éclaboussé par ce jeune homme, pas sans talent sans doute, mais pétri d'orgueil.
Vous ne savez pas sa belle phrase sur ce Boileau, oracle de l'illustre père ? La voici : « Boileau, législateur d'un code abrogé. »
Hélas ! l'immortel père lui semble aussi des exemples surannés, comme Boileau est détrôné.
Votre âme angélique ne soupçonne pas les férocités de ces orgueils-là. Je compte donc sur un silence absolu. Vous m'en feriez un ennemi implacable.
Comment faire? Ici, je m'arrête. Je vous soumettrai mes vœux et aussi de nobles moyens de vous en tirer... Mais d'abord ma vieillesse a-t-elle été persuasive?
Vous sentez qu'il ne faut correspondre qu'avec moi. Roger a trop payé son noble tribut pour n'être pas mis à part. Chateaubriand paiera aussi sa dette, dette sacrée. Mais il ne peut pas... sa femme, de plus en plus malade...
Laborie2
(1) Déchirure du papier. ↩
(2) Dictée: signature autographe, et aussi, la date, 24 oc [tobre]. ↩
De M. Roger.
Ce samedi, 17 mars [1838].
Madame la comtesse, Je reçois à l'instant votre aimable lettre du 13 mars.
Le paquet de six notices que vous venez de recevoir n'est autre que celui que j'avais eu l'honneur de vous expédier, il y a plusieurs mois. Il était resté par erreur au bureau de Ferney, auquel, sur ma réclamation, l'administration des Postes de France a donné l'ordre de l'envoyer.
M. Charles de Bourmont m'avait donné de vos nouvelles, Madame, des le premier jour que j'ai eu le plaisir de le voir. J'espère que votre santé se raffermira de plus en plus, et que vous tarderez le moins possible à revenir à Paris pour votre grande affaire.
M. de Sainte-Beuve sera-t-il aussi de retour pour la fin d'avril ? Je compte sur lui pour vous aider à obtenir quelques lignes de M. de Chateaubriand. En supposant que ma notice soit agréée par M. de Sainte-Beuve, et qu'il y en ajoute une de lui, alors détaillée sous le rapport littéraire, en supposant même, comme il me l'a dit, qu'il joigne à ces deux notices, l'éloge de M. de Fontanes par M. Villemain, tout cela ne vaudrait pas, pour le succès, un mot de M. de Chateaubriand, en tête de l'édition.
L'absence de ce nom serait peut-être d'ailleurs mal interprétée. Je vous remercie, Madame, de m'avoir donné des nouvelles du lieutenant-colonel, et je prie les amies inséparables de vouloir bien agréer l'hommage de mes respects et de mon dévouement sans bornes.