Notes et éclaircissements
Note XXVIII, page 331
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L'auteur du Génie de l'Homme, M. de Chènedollé, a reproduit en très-beaux vers quelques traits de ce chapitre, dans un des plus brillants morceaux de ses Etudes poétiques, intitulé Bossuet.
Ainsi quand, défenseur d'Athène, Au plus redoutable des rois, Jadis l'impétueux et libre Démosthène
Lançoit, brûlant d'éclairs, les foudres de sa voix;
Ou quand, par l'art de la vengeance,
Armé d'une double puissance, Il réclamoit le prix de la couronne d'or, Et pressant son rival du poids de son génie.
Sous son éloquence infinie L'accabloit plus terrible encor, Bouinant de verve et de pensée, Et fort de ses expressions, L'orateur sur la foule autour de lui pressée Promenoit à son gré toutes les passions.
A la Grèce entière assemblée, Muette, et ravie et troublée, De sa foudre il faisoit sentir les traits vainqueurs: Et de l'art agrandi redoublant les miracles,
Tonnoit, renversoit les obstacles, Et triomphoit de tous les cœurs.
Tel, et plus éloquent encore, Bossuet parut parmi nous, Quand, s'annonçant au nom du grand Dieu qu'il adore, De sa parole aux rois il fit sentir les coups.
Dès qu'à la tribune sacrée, De ses vieux défauts épurée, Il monte étincelant de génie et d'ardeur, Des grands talents soudain la palme ceint sa tete,
Et l'art dont il fait sa conquête
Luit d'une plus vive splendeur.
Toujours sublime et magnifique, Soit que, plein de nobles douleurs, Il nous montre un abîme où fut un trône antique, Et d'une grande reine étale les malheurs;
Soit lorsque entr'ouvrant le ciel même
Il peint le monarque suprême Courbant tous les États sous d'immuables lois, Et de sa main terrible ébranlant les couronnes,
Secouant et brisant les trônes, Et donnant des leçons aux rois !
Mais de quelle mélancolie Il frappe et saisit tous les cœurs, Lorsque attristant notre âme, et sombre et recueillie, Au cercueil d'Henriette il invoque nos pleurs !
Et comme il peint cette princesse, Riche de grâce et de jeunesse, Tout à coup arrêtée au sein du plus beau sort, Et des sommets riants d'une gloire croissante,
Et d'une santé florissante, Tombant dans les bras de la mort !
Voyez, a ce coup de tonnerre ', Comme il méprise nos grandeurs;
Expression même de Bossuet De ce qu'où crut pompeux sur notre triste terre Comme il voit en pitié les trompeuses splendeurs!
Du plus haut des cieux élancée Sa vaste et sublime pensée Redescend et s'assied sur les bords d'un cercuel', Et là, dans la muette et commune poussière
D'une voix redoutable et fière Des rois il terrasse l'orgueil, Castillan si fier de tes armes,
Quoi ! tu fuis aux champs de Rocroi!
Ton intrépide cœur, étranger aux alarmes, Vient donc aussi d'apprendre à connoître l'effroi
Quel précoce amant de la gloire, Dans ses yeux portant la victoire, Rompt tes vieux bataillons jusqu'alors si vaillant, Et de tant de soldats, en ce combat funeste,
Taisse à peine échapper un reste
Qu'il promet aux plaines de Lens 19
C'est Condé qui dans la carrière Entre pour la première fois ; C'est lui dont Bossuet peint la fougue guerrière, Couronnée à vingt ans par les plus hauts exploits.
Oh ! comme l'orateur s'enflamme !
Du jeune Enghien à la grande âme Comme il suit tous les pas, de carnage fumants! Ce n'est plus un tableau, c'est la bataille même,
Bossuet, dont ton art suprême Reproduit tous les mouvements !
Comme une aigle aux ailes immenses,
Agite habitante des cieux, Franchit en un instant les plus vastes distances, Parcourt tout de son vol et voit tout de ses yeux,
'rel, à son gré changeant de place, Bossuet à notre œil retrace Sparte, Athènes, Memphis aux destins éclatants : lel ii passe, escorte de leurs grandes images,
Avec la majesté des âges Et la rapidité du temps 2.
Oui, s'il parut jamais sublime,
C'est lorsque armé de son flambeau,
Interprète inspiré des siècles qu'il ranime, Des États écroulés il sonde le tombeau;
C'est lorsqu'en sa douleur profonde,
Pour termer le convoi du monde,
1. Oraison funèbre du grand Condé.
2, Disc. sur l'Hist. univ., Ile partie, intitulée les Empires.
Il scelle le cercueil de l'empire romain, Et qu'il élève alors ses accents prophétiques
A travers les débris antiques Et la foudre du genre humain !
(Note de l'Éditeur.)