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L'Enchanteur 1768—1848
Génie du christianisme Note XII, page 117

Notes et éclaircissements

Note XII, page 117

Génie du christianisme · 5 min de lecture · p. 576–577 · chapitre 190 sur 244

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Mais si tout ce que nous avons dit concernant les sens ne suffit pas pour convaincre un incrédule, avançons encore un peu, et faisons voir que les bornes même dans lesquelles l'étendue du pouvoir de nos sens extérieurs se trouve renfermée contribuent aussi à nous rendre plus heureux que si leur pouvoir s'étendoit beaucoup plus loin, comme cela s'est trouvé dans ces derniers siècles, avec le secours de certains instruments.

« Supposons que nos yeux aient le pouvoir de distinguer les objets qu'ils ne sauroient voir sans le microscope : il est vrai qu'ils nous feroient voir un monde de créatures nouvelles; une goutte d'eau dans laquelle on auroit fait tremper du poivre. ou une goutte de vinaigre, ou de matière séminale, nous paroitroit comme un lac ou une rivière pleine de poissons; l'écume des liqueurs puantes et corrompues nous paroitroit un champ couvert de fleurs et de plantes; le fromage paroitroit un composé de grosses araignées couvertes de poil; il en seroit de même à proportion d'une infinité d'autres choses : mais il est aussi aisé de concevoir le dégoût que la vue de ces insectes produiroit pour beaucoup de choses, qui d'ailleurs sont très-bonnes et très-utiles en elles-mèmes. J'ai vu des personnes faire des éclats de rire à la vue des petits animaux qui s'offrent dans un morceau de fromage par le moyen d'un microscope, et retirer vitement leurs mains lorsque quelqu'un de ces insectes venoit à tomber, de crainte qu'il ne tombât sur elles. mais d'autres faisoient des réflexions plus sérieuses sur la sagesse de Dieu , qui a bien voulu cacher ces choses aux yeux des ignorants et des personnes craintives, et les manifester à d'autres par le moyen des microscopes, afin que les moyens nécessaires ne manquassent point à ceux qui tâchent de pénétrer dans ses merveilles.

• Les philosophes incrédules oseroient-ils jamais souhaiter que leurs yeus eussent les propriétés des meilleurs microscopes, supposé qu'ils en connussent la nature et le fondement? et se croiroient-ils plus heureux en voyant des objets si petits qui grossiroient jusqu'à ce point-là, tandis qu'en même temps tout ce qui leur tomberoit sous les yeux n'occuperoit pas plus d'eepace qu'un grain de sable? Ils ne sauroient voir aucun objet distinctement, à moins qu'ils ne fussent à une très-petite distance de l'œil, à un ou deux pouces, par exemple. Quant aux autres objets plus éloignés, comme les hommes, les bêtes, les arbres et les plantes, pour ne rien dire du soleil, de la lune et des étoiles, ces corps où brille la majesté de l'Être suprême, ils leur seroient entièrement invisibles, ou ils ne les verroient que dans une grande confusion, si tout cela se trouvoit ainsi, et si nos yeux tout seuls pouvoient pénétrer aussi avant que lorsqu'ils sont armés de bons microscopes. Tous ceux qui en ont fait l'expérience conviennent que par leur moyen on peut voir des corps composés d'un millier de petites parties : d'où il s'ensuit que, pour bien voir chaque chose jusqu'à ses particules primitives, la vue doit encore s'étendre infiniment plus loin qu'elle ne s'étend avec le secours des meilleurs microscopes.

« D'un autre côté, supposons que nos yeux soient de grands télescopes, semblables à ceux dont nous nous servons pour observer tant de nouvelles étoiles dans les cieux et pour faire tant de découvertes dans le Soleil, la Lune et les étoiles, ils seroient encore sujets à cet inconvénient : c'est qu'ils ne seroient presque d'aucun usage pour voir les objets qui nous environnent, et ils nous priveroient aussi de la vue des autres objets qui sont sur terre, parce que nous verrions les vapeurs et les exhalaisons qui s'élèvent continuellement, et qui, comme des nuages épais, nous cacheroient tous les autres objets visibles : cela n'est que trop connu de ceux qui se servent de ces instruments.

« De même, si l'odorat étoit aussi fin et aussi délicat dans les hommes qu'il paroit l'être dans de certains chiens de chasse, il n'est personne, il n'est aucune créature qui pût nous joindre; et il nous seroit impossible de passer par les endroits où elles auroient passé sans ressentir de fortes impressions des corpuscules qui en partent : mille distractions partageroient malgré nous notre attention; et lorsque nous serions forcés de nous appliquer à des objets plus relevés, nous serions obligés de nous fixer à des choses mépri sables.

« Si notre langue étoit d'un tissu si délicat qu'elle nous fit éprouver autant de goût dans les choses qui n'en ont presque pas que dans celles dont le goût est aussi fort que celui des ragoûts ou des épiceries, il n'est personne qui n'avouât que cela seul suffiroit pour nous rendre les aliments tresdésagréables, après que nous en aurions mangé seulement deux ou trois fois.

« L'oreille pourroit-elle distinguer tous les sons avec la même exactitude qu'elle les distingue à présent lorsque, par le moyen d'un porte-voix. quelqu'un parle doucement dans son extrémité la plus évasée, ou feroit-on plus d'attention à un grand nombre de choses? On n'en feroit certainement pas plus que lorsque nous nous trouvons au milieu d'un bruit confus et d'un grand nombre de voix, au milieu du bruit des tambours et du canon. Ceux qui ont été témoins des inconvénients que souffrent les malades qui ont l'ouïe trop fine n'auront pas de peine à être convaincus de cette vérité.

« Si dans toutes les parties de notre corps le toucher étoit aussi délicat‹ que dans les endroits extrêmement sensibles et dans les membranes des yeux, ne faut-il pas avouer que nous serions vien malheureux, et que nous souffririons de grandes douleurs, lors même qu'une plume très-légère nous roucheroit?

« Enfin, peut-on réfléchir sur tout ceia sans reconnoître la bonté de celui qui en est l'auteur, qui non-seulement nous a donné des organes aussi nobles que nos sens extérieurs, sans quoi il ne seroit pas à préférer à un morceau de bois, mais qui a même, par un effet de son adorable sagesse, renfermé nos sens dans de certaines bornes sans lesquelles ils ne nous auroient servi que d'embarras et il nous auroit été impossible d'examiner mille objets de plus grande conséquence ? » (NIEUWENTYT, Exist. de Dieu, liv. Î, chap. IN,