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L'Enchanteur 1768—1848
Génie du christianisme Note XLIX, page 414

Notes et éclaircissements

Note XLIX, page 414

Génie du christianisme · 2 min de lecture · p. 643 · chapitre 227 sur 244

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Le docteur Robertson a rendu justice à Voltaire, en disant que cet homme universel n'a pas été un historien aussi infidèle qu'on le pense généralement. Nous croyons, comme lui, que Voltaire n'a pas toujours cité faux; mais il est certain qu'il a beaucoup omis, car nous n'oserions dire beaucoup ignoré. Il a donné, de plus aux passages originaux un tour particulier, pour leur faire dire toute autre chose qu'ils ne disent en effet. C'est le moyen d'être tout à la fois exact et merveilleusement infidèle. Dans ses deux admirables histoires de Louis XIV et de Charles XII, Voltaire n'a pas eu besoin d'avoir recours à ce moyen; mais dans son Histoire générale, qui n'est qu'une longue injure au christianisme, il s'est cru permis d'employer toutes sortes d'armes contre l'ennemi. Tantôt il nie formellement, tantôt il affirme d'un ton positif; ensuite il mutile et défigure les faits. Il avance sans hésiter qu'il n'y eut aucune hiérarchie pendant près de cent ans parmi les chrétiens. Il ne donne aucun garant de cette étrange assertion; il se contente de dire : Il est reconnu, l'on rit aujourd'hui.

Selon cet auteur, on n'a sur la succession de saint Pierre que la liste frauduleuse d'un lioreapocryphe, intitulé le Pontificatde Damase!. Or, il nous reste un traité desaint Irénée sur les hérésies, où le Père del'Eglisegallicanedonne en entier la succession des papes, depuis les apôtres'. Il en compte douze jusqu'à son temps. On place l'année de la naissance de saint Irénée environ cent vingt ans après Jésus-Christ. Il avoit été disciple de Papias et de saint Polycarpe, eux-mêmes disciples de saint Jean l'Évangéliste. Il étoit donc témoin presque oculaire des premiers papes. Il nomme saint Lin après saint Pierre, et nous apprend que c'est de ce même Lin que parle saint Paul dans son épître à Timothée'. Comment Voltaire ou ceux qui l'aidoient dans son travail n'ont-ils pas craint ( s'ils n'ont pas ignoré) cette foudroyante autorité? Si l'on en croit l'Essai sur les Mœurs, on n'auroit jamais entendu parler de Lin. et voilà que ce premier successeur du chef de l'Église est nommé par les apôtres eux-mêmes1

1. Essai sur les Mœurs des Nations, chap. VIII. 2. Lib. iI, cap. 111. ↩