Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Génie du christianisme Note XXX, page 343

Notes et éclaircissements

Note XXX, page 343

Génie du christianisme · 3 min de lecture · p. 603 · chapitre 208 sur 244

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« C'est au grand talent, dit M. de La Harpe, qu'il est donné de réveiller la froideur et de peindre l'indifférence; et lorsque l'exemple s'y joint (heureusement encore tous nos prédicateurs illustres ont eu cet avantage), il est certain que le ministère de la parole n'a nulle part plus de puissance et de dignité que dans la chaire. Partout ailleurs, c'est un homme qui parle à des hommes; ici, c'est un être d'une autre espèce : élevé entre le ciel et la terre, c'est un médiateur que Dieu place entre la créature et lui. Indépendant des considérations du siècle, il annonce les oracles de l'éternité. Le lieu même d'où il parle, celui où on l'écoute, confond et fait disparoître toutes les grandeurs pour ne laisser sentir que la sienne. Les rois s'humilient comme le peuple devant son tribunal, et n'y viennent que pour être instruits. Tout ce qui l'environne ajoute un nouveau poids à sa parole : sa voix retentit dans l'étendue d'une enceinte sacrée et dans le silence d'un recueillement universel. „S'il atteste Dieu, Dieu est présent sur les autels; s'il annonce le néant de la vie, la mort est auprès de lui pour lui rendre témoignage et montre à ceux qui l'écoutent qu'ils sont assis sur des tombeaux.

« Ne doutons pas que les objets extérieurs, l'appareil des temples et des cérémonies, n'influent beaucoup sur les hommes et n'agissent sur eux avant l'orateur, pourvu qu'il n'en détruise pas l'effet. Représentons-nous Massillon dans la chaire, prêt à faire l'oraison funèbre de Louis XIV, jetant d'abord les yeux autour de lui et les fixant quelque temps sur cette pompe lugubre et imposante qui suit les rois jusque dans ces asiles de mort où il n'y a que des cercueils et des cendres, les baissant ensuite un moment avec l'air de la méditation, puis les relevant vers le ciel et prononçant ces mots d'une voix ferme et grave : Dieu seul est grand, mes frères ! Quel exorde renfermé dans une seule parole accompagnée de cette action ! comme elle devient sublime par le spectacle qui entoure l'orateur! comme ce seul mot anéantit tout ce qui n'est pas Dieu! »

L'auteur d'une Epttre à M. de Chateaubriand, publiée en 1809, avoit placé dans ses vers un tableau du siècle de Louis le Grand, où l'on reconnoîtra une imitation de ce passage : Comme on voit le soleil, disoit-il,

Comme on voit le soleil, ce monarque des mondes,

A l'approche du soir s'incliner vers les ondes, Des forêts et des monts colorer le penchant Et de ses feux encore embraser le couchant, Tel Louis, atteignant la vieillesse glacée,

Conservoit les débris de sa gloire passée, Et de la royauté déposant le fardeau,

Grand par ses souvenirs, descendoit au tombeau,

Turenne n'étoit plus, mais, rival de sa gloire, Villars sous nos drapeaux ramenoit la victoire, Et Denain avoit vu du haut de ses remparts L'Anglois épouvanté s'enfuir de toutes parts.

Corneille avoit fini sa brillante carrière, Melpomène aux douleurs se livroit tout entière;

Mais Rousseau, n'écoutant que ses nobles transports,

Enfantoit chaque jour de plus brillants accords Et savoit allier, dans son heureuse audace, La harpe de David et la lyre d'Horace.

Fénelon, sage aimable et rival de Nestor, Instruisoit Télémaque aux leçons de Mentor; Bossuet adressoit, dans sa mâle éloquence, A l'ombre de Condé les regrets de la France, Et dans nos temples saints sa redoutable voix

Au nom seul du Seigneur faisoit trembler les rois;

Fléchier, moins énergique et non moins plein de charmes,

Sur Turenne au tombeau faisoit verser des larmes ;

Et lorsqu'en des instants de regrets et de deuil, Les chrétiens de Louis entouroient le cercueil,

Quand la nef des lieux saints répétoit leurs cantiques,

Massillon écoutoit ces chœurs mélancoliques, Et sa voix, s'animant à ce lugubre chant,

Faisoit tonner ces mots : Chrétiens ! Dieu seul est grand!

( Note de l'Editeur.)