Notes et éclaircissements
Note IV, page 49
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
m. de Ramsay, Écossais, passa de la religion anglicane au socinianisme, de la au pur déisme, et il tomba enfin dans un pyrrhonisme universel. Il vint chercher la vérité auprès de Fénelon, qui le convertit au christianisme et à la religion catholique. C'est M. de Ramsay lui-même qui nous a conserve le précieux entretien dont sa conversion fut le fruit. Nous en citerons la partie dans laquelle Fénelon fixe les bornes de la raison et de la foi. Il avoit prouvé à M. de Ramsay l'authenticité des livres saints, ut lui avoit montré la beauté de la morale qu'ils contiennent. « Mais, monseigneur, reprit M. de Ramsay (c'est lui-même qui parle), pourquoi trouve-t-on dans la Bible un contraste si choquant de vérités lumineuses et de dogmes obscurs ? Je voudrois bien séparer les idées sublimes dont vous venez de me parler d'avec ce que les prêtres appellent mystères. » Il me répondit ainsi : « Pourquoi rejeter tant de lumières qui consolent le cœur parce qu'elles sont mêlées d'ombres qui humilient l'esprit? La vraie religion ne doit-elle pas élever et abattre l'homme, lui montrer tout ensemble sa grandeur et sa foiblesse? Vous n'avez pas encore une idée assez étendue du christianisme. Il n'est pas seulement une loi sainte qui purifie le cœur, il est aussi une sagesse mystérieuse qui dompte l'esprit. C'est un sacrifice continuel de tout soi-même en hommage à la souveraine raison. En pratiquant sa morale, on renonce aux plaisirs pour l'amour de la beauté suprême. En croyant ses mystères, on immole ses idées par respect pour la vérité éternelle. Sans ce double sacrifice des pensées et des passions, l'holocauste est imparfait, notre victime est défectueuse. C'est par là que l'homme tout entier disparoit et s'évanouit devant l'Être des êtres. Il ne s'agit pas d'examiner s'il est nécessaire que Dieu nous révèle ainsi des mystères pour humilier notre esprit; il s'agit de savoir s'il en a révélé ou non. S'il a parlé à sa créature, l'obéissance et l'amour sont inséparables. Le christianisme est un fait. Puisque vous né doutez plus des preuves de ce fait, il ne s'agit plus de choisir ce qu'on croira et ce qu'on ne croira pas. Toutes les difficultés dont vous avez rassemblé des exemples s'évanouissent dès qu'on a l'esprit guéri de la présomption. Alors on n'a nulle peine à croire qu'il y ait dans la nature divine et dans la conduite de sa providence une profondeur impénétrable à notre foible raison. L'Être infini doit être incompréhensible à la créature. D'un côté, on voit un législateur dont la loi est tout à fait divine, qui prouve sa mission par des faits miraculeux dont on ne sauroit douter par des raisons aussi fortes que celles qu'on a de les croire. D'un autre côté, on trouve plusieurs mystères qui nous choquent. Que faire entre ces deux extrémités embarrassantes d'une révélation claire et d'un obscur incompréhensible? On ne trouve de ressource que dans le sacrifice de l'esprit, et ce sacrifice est une partie du cuite dû au souverain Être.
a Dieu n'a-t-il point des connoissances infinies que nous n'avons point? Quand il en découvre quelques-unes par une voie naturelle, il ne s'agit plus d'examiner is comment de ces mystères, mais la certitude de leur révélation. Ils nous paroissent incompatibles, sans l'être en effet, et cette incompatibilité apparente vient de la petitesse de notre esprit, qui n'a pas de connoissances assez éten~ dues pour voir la liaison de nos idées naturelles avec ces vérités surnaturelles. •