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L'Enchanteur 1768—1848
Génie du christianisme Note XLII, page 385

Notes et éclaircissements

Note XLII, page 385

Génie du christianisme · 7 min de lecture · p. 617–619 · chapitre 220 sur 244

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

La fête-Dieu dans un hameau, par m. de la renaudière

' Quand du brûlant Cancer les fécondes chaleurs Jaunissent les moissons et colorent les fleurs, Belle de tou s ses dons, la brillante nature Revêt avec ‹ rgueil l'éclat de sa parure, Et l'Été sur son trône, au milieu de sa cour, Apparoit, ni yonnant de tous les feux du jour. Dans les chi pops fortunés qu'embellit sa présence, Tout assure un plaisir ou promet l'abondance. L'homme, rempli d'espoir dans ces jours radieux, Élève un chant d'amour vers la voûte des cieux; Et la religion se parant de guirlandes, Au roi de l'univers apporte ses offrandes. Eloigné des cités, dans le calme des champs, Oh ! combien me charmoient ces hommages touchants? Ces lieux semblent porter à la reconnoissance. Tout d'un ciel bienfaisant y montre la puissance: Nos vœux y sont plus purs, tout y peint la candeur, Et la bouche y dit mieux ce qu'a senti le cœur. Le tableau séduisant de la pompe champêtre A mon œil enchanté semble encore apparoître; Je revois la douceur des fêtes des hameaux, . Et cette heureuse image appelle mes pinceaux. Déjà l'astre du jour, poursuivant sa carrière, Laissoit tomber sur nous des torrents de lumière, Et dans un ciel d'azur s'avançoit radieux ; Près du temple, à l'entour des tombes des aïeux, Qui, dépouillant leur deuil, couvertes de verdure, Sembloient de l'espérance accueillir la parure, Le hameau s'assembloit en groupe séparé. Oh ! comme avec délices, en ce jour désiré, Il revoit tout l'éclat des fêtes solennelles Que proscrivit l'athée et ses lois criminelles ! Comme alors, éprouvant un plaisir enchanteur, La foule avec transport accueillit son pasteur! Il alloit revêtir ses parures sacrées, Dans un coupable oubli trop longtemps demeurées!

1. L'auteur de ce petit poëme avoit traité ce sujet d'après ses propres idées, ou plutôt d'après celles que lui avoit inspirées la vue d'une procession à C... Quelques pensées, en petit nombre, se sont trouvées être celles que M. de Chateaubriand a exprimées. Cette pièce avoit déjà paru dans le Mercure du 2 juillet 1808; la version que nous donnons ici contient quelques additions qui nous ont été communiquées par l'auteur. (Note de l'Éditeur.)

Tel, au trépas ravi, l'heureux convalescent Jette sur la nature un coup d'œil caressant; Tel l'antique pasteur, recouvrant sa patrie, Aux plus doux sentiments ouvre une âme attendrie. Pendant nos jours de deuil et nos maux passagers, Dix ans d'exil coulés sur des bords étrangers Payèrent ses vertus et surtout son courage.

Souvent il demandoit, sur un lointain rivage, L'église où du Très-Haut il chantoit les faveurs, Où son discours sans art captivoit tous les cœurs, Le jardin qu'il planta, ses amis de l'enfance, Son simple presbytère et sa modeste aisance. Hé bien, il les revoit, ces objets désirés :

Son âme oublie alors tous les maux endurés, Et malgré leurs rigueurs et son sort moins prospère, Il fait pétrir encor le pain de la misère.

Bientôt l'airain bruyant, dans les airs entendu, Annonça du départ le moment attendu ; Le hameau s'avançoit partagé sur deux files. Fuyez loin de ces lieux, faste brillant des villes : Là ne se montroient pas ces tissus précieux; L'or, l'opale, l'azur n'y frappoient point les yeux; Des bouquets sans parfum, enfants de l'imposture, N'y chargeoient point l'autel du Dieu de la nature, Et des puissants du jour l'orgueilleuse grandeur N'y venoit point du luxe étaler la splendeur.

Combien je préférois la pompe du village !

Modeste, sans apprêts, et même un peu sauvage, Sa vue attendrissoit le cœur religieux.

D'abord des laboureurs, vieux enfants de ces lieux, Au front chauve attestant leur utile existence, Sans ordre s'avançoient et prioient en silence. Le cortege pieux, non loin, à mes regards Se montroit, précédé des sacrés étendards; Le feuillage bientôt le couvroit de son ombre. Dans un sentier profond, asile frais et sombre, La foule se pressoit sur les pas de son Dieu Et de ses chants sacrés venoit remplir ce lieu. Devant le Roi des rois, sous ces vertes feuillées, Les jeunes villageois de roses effeuillées Sur la terre à l'envi parsemoient les couleurs; Et, mêlant son parfum à celui de ces fleurs, L'encens, qui de Saba ft l'antique opulence, Comme un nuage au loin qui dans l'air se balance, S'élevoit lentement et planoit sur les champs. Aux voix des laboureurs entremêlant leurs chants, Les oiseaux s'unissoient à ces pompes rustiques, Et, de son palais d'or embrasant les portiques, Le soleil, couronné d'une immense splendeur, Sur ces arbres touffus arrêtoit son ardeur.

J'aimois, j'aimois à voir ce peuple des villages Sous la feuille des bois, ainsi qu'aux premiers Âges, Célébrant l'Éternel et lui portant ses vœux.

Ils ne demandoient pas, ces hommes vertueux, L'éclat de nos palais, le luxe de nos villes Et nos plaisirs bruyants et nos grandeurs serviles. « Bénissez, disoient-ils, nos troupeaux et nos blés, • Que nos enfants un jour, près de nous rassemblés, • Sur l'hiver de nos ans répandent quelques charmes; • Que leur destin jamais ne provoque nos larmes; • Et, simples dans nos goûts, heureux d'être chéris, * Toujours de nos vergers que nos cœurs soient épris. • De sa pompe sacrée alors la troupe sainte Du modeste hameau vint réjouir l'enceinte.

Quel spectacle touchant s'offroit à mes regards! Retenus par les ans, quelques foibles vieillards, Adorant l'Éternel au seuil de leurs chaumières, Regrettoient leur printemps et leurs forces premières. Consolez-vous, vieillards : vos champs fertilisés, Vos jours laborieux dans les travaux usés, Votre âme, qui toujours, fermée à la vengeance, Consola le malheur, accueillit l'indigence, De l'asile des cieux vous promet la douceur.

Mais déjà tout ici vous offre le bonheur; Vos fils, à votre aspect redoublant d'allégresse, D'un sourire d'amour charment votre vieillesse & Ce sourire d'amour a calmé vos douleurs.

Au retour de la fête, au déclin des chaleurs, Alors que l'horizon, moins brûlant et plus sombre, Se bordera de pourpre, avant-coureur de l'ombre, Et que le vent du soir glissera dans les bois, Ils viendront, réunis devant vos humbles toits, De l'amour filial épuiser les délices ; Leurs jeux s'embelliront sous vos heureux auspices, Et du vieux patriarche, en ces jours enchantés, Vous croirez retrouver les douces voluptés.

Je vous quitte : la fête à la suivre m'engage.

Non loin, couvert de lierre et rembruni par l'âge, Un chêne vénérable étendoit ses rameaux.

Là, des le point du jour les vierges des hameaux Elevoient sous son ombre un trône de verdure; La mousse en longs festons en formoit la bordure, Le lis aux deux côtés balançoit sa blancheur, Et la rose, en bouquet, y montroit sa fraîcheur : L'Éternel sur ce trône, orné par l'innocence, ' Devoit quelques instants reposer sa puissance.

A l'aspect de ces lieux, je sentis dans mon cœur Couler d'un calme pur la secrète douceur, Et ma pensée, alors tranquille et solitaire, Pour un monde meilleur abandonnoit la terre.

Alors, faisant cesser ce calme solennel, Le hameau lentement environna l'autel.

Avec quel saint respect le pasteur du village, seul, et foulant les fleurs qui couvrent son passage, Porte le Roi des rois et l'élève à nos yeux Sous l'emblème immortel d'un pain mystérieux! La foule tout à coup, prosternée en silence, Du Roi de l'univers adora la présence.

Chacun crut que son Dieu descendoit dans son cœur, Non ce maître irrité, ce monarque vengeur, Qui doit au dernier jour, s'armant d'un front sévère, Au fracas de la foudre apparoitre à la terre, Et, juge sans pardon, au monde épouvanté De ses arrêts divins proclamer l'équité, Mais un Dieu tempérant tout l'éclat dont il brille, Tel qu'un père adoré se montre à sa famille, Accueillant l'infortune et portant dans les cœurs L'espoir d'un meilleur sort et l'oubli des douleurs. Vers le séjour antique où se plaît la Prière Le hameau dirigeoit sa modeste bannière.

Quel groupe harmonieux, marchant confusément, Non loin du dais sacré se montre en ce moment? J'aperçois, de respect et d'amour entourées, Les mères du hameau de leurs enfants parées. Tout sourit à leurs yeux dans ce jour de bonheur, Et leurs yeux laissent voir les plaisirs de leur cœur. Là de jeunes beautés, de lin blanc revêtues, Unissant à l'envi leurs grâces ingénues, Semblent à l'œil charmé reproduire en ce jour Ces anges embellis d'innocence et d'amour.

Toutes suivoient le Dieu que fêtoit la nature; Leur voix comme leur cœur ignoroit l'imposture; La Piété fidèle, aux charmes si touchants, Par leur bouche exhaloit la douceur de ses chants, Et, portés dans les airs jusqu'aux divins portiques. Ces chants sembloient s'unir aux célestes cantiques. Bientôt du temple saint le cortége pieux En foule vint remplir les murs religieux, Et bientôt commença l'auguste sacrifice :

Ce mystère d'amour qui rend le ciel propice, Qui peut même des morts abréger la douleur. Des pompes de ce lour termina la splendeur.