Notes et éclaircissements
Note XV, page 208
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Voici quelques fragments que nous avons retenus de mémoire, et qui semblent être échappés à un poëte grec tant ils sont pleins du goût de l'antiquité:
Accours, jeune Chromis, je t'aime et je suis belle,
Blanche comme Diane et légère comme elle ;
Comme elle grande et fière; et les bergers, le soir,
Lorsque, les yeux baissés, je passe sans les voir,
Doutent si je ne suis qu'une simple mortelle,
Et, me suivant des yeux, disent : « Comme elle est belle! »
Néère, ne va point te confier aux flots, De peur d'être déesse, et que les matelots
N'invoquent, au milieu de la tourmente amère,
La blanche Galatée et la blanche Néère.
Une autre idylle intitulée le Malade, trop longue pour être citée, est pleine des beautés les plus touchantes. Le fragment qui suit est d'un genre différent: par la mélancolie dont il est empreint on diroit qu'André Chénier, en le composant, avoit un pressentiment de sa destinée :
Souvent, las d'être esclave et de boire la lie De ce calice amer que l'on nomme la vie; Las du mépris des sots qui suit la pauvreté,
Je regarde la tombe, asile souhaité; Je souris à la mort volontaire et prochaine;
Je la prie, en pleurant, d'oser rompre ma chaîne.
Le fer libérateur qui perceroit mon sein
Déjà frappe mes yeux et frémit sous ma main.
Et puis mon cœur s'écoute et s'ouvre à la foiblesse:
Mes parents, mes amis, l'avenir, ma jeunesse,
Mes écrits imparfaits, car à ses propres yeux L'homme sait se cacher d'un voile spécieux.
A quelque noir destin qu'elle soit asservie, D'une étreinte invincible il embrasse la vie,
Et va chercher bien loin, plutôt que de mourir,
Quelque prétexte ami pour vivre et pour souffrir.
Il a souffert, il souffre : aveugle d'espérance,
Il se traîne au tombeau de souffrance en souffrance;
Et la mort, de nos maux ce remède si doux,
Lui semble un nouveau mal, le plus cruel de tous.
Les écrits de ce jeune homme, ses connoissances variées, son courage, sa noble proposition à N. de Malesherbes, ses malheurs et sa mort, tout sert à répandre le plus vif intérêt sur sa mémoire. Il est remarquable que la France a perdu, sur la fin du dernier siècle, trois beaux talents à leur aurore : Malfilâtre, Gilbert et André Chénier; les deux pre.niers sont morts de misère, le troisième a péri sur l'échafaud.