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L'Enchanteur 1768—1848
Génie du christianisme Note VIII, page 75

Notes et éclaircissements

Note VIII, page 75

Génie du christianisme · 6 min de lecture · p. 558–560 · chapitre 186 sur 244

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Il est clair d'abord, et pour mille raisons, qu'on ne peut attribuer aux sauvages actuels de l'Amérique les ouvrages des rives du Scioto. En outre, toutes les peuplades racontent uniformément que quand leurs aïeux arrivèrent dans l'Ouest pour s'établir dans la solitude, ils y trouvèrent les ruines telles que nous les voyons aujourd'hui.

Seroient-ce des monuments mexicains? Mais on n'a rien trouvé de semblable au Mexique ni même au Pérou; mais ces monuments paroissent avoir exigé le fer et des arts plus avancés qu'ils ne l'étoient dans les deux empires du Nouveau-Monde; enfin la domination de Montézume ne s'étendoit pas si loin à l'Orient, puisque, quand les Natchez et les Chicassas quittèrent le Nouveau-Mexique, vers le commencement du xvi siècle, ils ne rencontrèrent sur les bords du Meschacebé' que des hordes vagabondes et libres.

On a voulu donner ces espèces de fortifications à Ferdinand de Soto. Quelle apparence que cet Espagnol, suivi d'une poignée d'aventuriers, et qui n'a passé que trois ans dans les Florides, ait jamais eu assez de bras et de loisir pour élever ces énormes ouvrages? D'ailleurs, la forme des tombeaux et même de plusieurs parties des ruines contredit les mœurs et les arts européens. Ensuite c'est un fait certain que le conquérant de la Floride n'a pas pénétré plus avant que Chattafallai, village des Chicassas, sur l'une des branches de la Maubile. Enfin ces monuments prennent leurs racines dans des jours beaucoup plus reculés que ceux où l'on a découvert l'Amérique. Nous avons vu sur ces ruines un chêne décrépit qui avoit poussé sur les débris d'un autre chêne tombé à ses pieds, et dont il ne restoit plus que l'écorce; celui-ci, à son tour, s'étoit élevé sur un troisième, et ce troisième sur un quatrième. L'emplacement des deux derniers se marquoit encore par l'intersection de deux cercles d'un aubier rouge et pétrifié, qu'on découvroit à fleur de terre, en écartant un épais humus composé de feuilles et de mousses. Accordez seulement trois siècles de vie à ces quatre chênes successifs, et voilà une époque de douze cents années que la nature a gravée sur ces ruines.

Si nous poursuivons cette dissertation historique (qui toutefois ne conclut rien en faveur de l'antiquité des hommes), nous verrons qu'on ne peut former aucun système raisonnable sur le peuple qui a élevé ces anciens monuments. Les chroniques des Welches parlent d'un certain Madoc, fils d'un prince de Galles, qui, mécontent de son pays, s'embarqua en 1170, fit voile à l'ouest en laissant l'Irlande au nord, découvrit une contrée fertile, revint en Angleterre, d'où il repartit avec douze vaisseaux pour la terre qu'il avoit trouvée. On prétend qu'il existe encore, avec les sources du Missouri, des sauvages blancs qui parlent le celte et qui sont chrétiens. Que Madoc et sa colonie, supposé qu'ils aient abordé au Nouveau-Monde, n'aient pu construire les immenses ouvrages de l'Ohio, c'est, je pense, ce qui n'a pas besoin de discussion.

1. PÈRE BARBU DES FLEUVES, vrai nom du Mississipi ou Méchassipi. Ou peut voir sur ce que nous disons ici : DUPRAT, CHARLEvoIx, etc., et les derniers voyageurs en Amérique, tels que BERTRAV, IMLEY, etc. Nous parlons aussi d'après ce que nous avons appris nous-même sur les lieux.

Vars le milieu du 1x° siècle, les Danois, alors grands navigateurs, découvrirent l'Islande, d'où ils passèrent à une terre à l'ouest, qu'ils nommèrent Vinlandi, à cause de la quantité de vignes dont les bois étoient remplis. On ne peut guère douter que ce continent ne fût l'amérique, et que les Esquimaux du Labrador ne soient les descendants des aventuriers danois. On veut aussi que les Gaulois aient abordé au Nouveau-Monde mais ni les Scandinaves, ni les Celtes de l'Armorique ou de la Neustrie n'unt laissé de monuments semblables à ceux dont nous recherchons maintenant les fondateurs.

Si des peuples modernes on passe aux peuples anciens, on dira peut-être que les Phéniciens ou les Carthaginois, dans leur commerce à la Bétique, aux 1les Britanniques ou Cassitérides, et le long de la côte occidentale d'Afrique*, ont été jetés par les vents au Nouveau-Monde: il y a même des auteurs qui prétendent que les Carthaginois y avoient des colonies régulières, lesquelles furent abandonnées dans la suite par un effet de la politique du sénat.

Si les choses ont été ainsi, pourquoi donc n'a-t-on retrouvé aucune trace des mœurs phéniciennes chez les Caraïbes, les sauvages de la Guiane, du Paraguay ou même des Florides? Pourquoi les ruines dont il est ici question sont-elles dans l'intérieur de l'Amérique du Nord plutôt que dans l'Amérique méridionale, sur la côte opposée à la cote d'Aírique?

D'autres auteurs réclament la préterence pour les Juifs, et veulent que l'Orphir des Écritures ait été placé dans les Indes occidentales. Colomb disoit même avoir vu les restes des fourneaux de Salomon dans les mines de Cibao. On pourroit ajouter à cela que plusieurs coutumes des sauvages semblent être d'origine judaïque, telles que celes de ne point briser les os de la victime dans les repas sacrés, de manger toute l'hostie, d'avoir des retraites ou des huttes de purification pour les femmes. Malheureusement ces inductions sont peu de chose; car on pourroit demander alors comment il se fait que la langue et les divinités huronnes soient grecques plutôt que juives. N'est-il pas étrange qu'Ares-Koui ait été le dieu de la guerre dans la citadelle d'Athènes et dans le fort d'un Iroquois? Enûn, les critiques les plus judicieux ne laissent aucun jour à faire passer les Israélites à la Louisiane, car ils démontrent assez clairement qu'Orphir étoit sur la côte d'Afrique $.

Les Égyptiens sont donc le dernier peuple dont il nous reste à examiner les droits *. Ils ouvrirent, fermèrent et reprirent tour à tour le commerce de la Trapobane, par le golfe Persique. Ont-ils connu le quatrième continent et peut-on leur attribuer les monuments du Nouveau-Monde?

1. MALL.. Intr. à l'Hist. du Dan. à. Vid. STRAB., PTOL., HANN., Perip., D'AVILE, etc., RIC.

3. Fid. SALR., D'ANVIL.

4. Si nous ne parlons point des Grecs (et surtout des habitants de l'Île de Rhodes), quoiqu'ils soient devenus d'assez habiles navigateurs, c'est qu'ils sortirent rarement de la Méditerranée.

Nous répondons que les ruines de l'Ohio ne sont point d'architecture égyptienne; que les ossements qu'on trouve dans ces ruines ne sont point embaumés; qué les « squelettes y sont couchés et non debout ou assis. Ensuite, par quel incompréhensible hasard ne rencontre-t-on aucun de ces anciens ouvrages, depuis le rivage de la mer jusqu'aux Alleghanys ? et pourquoi sont-ils tous cachés derrière cette chaîne de montagnes ? De quelque peuple que vous supposiez la colonie établie en Amérique, avant d'avoir pénétré, dans un espace de plus de quatre cents lieues, jusqu'aux fleuves où se voient ces monuments, il faut que cette colonie ait d'abord habité la plaine qui s'étend de la base des monts aux grèves de l'Atlantique. Toutefois on pourroit dire avec quelque vraisemblance que l'ancien rivage de l'Océan étoit au pied même des Apalaches et des Alleghanys, et que la Pensylvanie, le Maryland, la Virginie, la Caroline, la Géorgie et les Florides, sont des plages nouvellement abandonnées par les eaux.