Notes et éclaircissements
Note XLIII, page 388
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
L'auteur du poëme de la Pitié, Jacques Delille, n'a pas dédaigné d'emprunter aussi quelques traits au chapitre sur la fête des Rogations.
Enfin on la revoit dans la saison nouvelle; Cette solennité si joyeuse et si belle, Où la religion, par un culte pieux, Seconde des hameaux les soins laborieux; Et dès que mai sourit les agrestes peuplades Reprennent dans les champs leurs longues promenades. A peine de nos cours le chantre matinal De cette grande fête a donné le signal, Femmes, enfants, vieillards, rustique caravane, En foule ont déserté le château, la cabane.
A la porte du temple, avec ordre rangé, En deux files déjà le peuple est partage.
Enfin paroît du lieu le curé respectable, Et du troupeau chéri le pasteur charitable.
Lui-même il a réglé l'ordre de ce beau jour, La route, les repos, le départ, le retour.
Ils partent : des zephyrs l'haleine printanière Souffle et vient se jouer dans leur riche bannière; Puis vient la croix d'argent, et leur plus cher trésor, Leur patron, enfermé dans sa chapelle d'or, Jadis martyr, apôtre, ou pontife des Gaules.
Sous ce poids précieux fléchissent leurs épaules. De leurs aubes de lin et de leurs blancs surplis Le vent frais du matin fait voltiger les plis ; La chape aux bosses d'or, la ceinture de soie, Dans les champs étonnés en pompe se déploies Et de la piété l'imposant appareil Vient s'embellir encore aux rayons du soleil. Le chef de la prière et l'âme de la fête, Le pontife sacré, marche et brille à leur tête, Murmure son bréviaire, ou, renforçant ses sons, Entonne avec éclat des hymnes, des répons. Chacun charme à son gré le saint itinéraire : Dans ses dévotes mains l'un a pris son rosaire; Du chapelet pendant l'autre parcourt les grains; Un autre, tour à tour invoquant tous les saluts, Pour obtenir des cieux une faveur plus grande, Épuise tous les noms de la vieille légende; L'autre, dans la ferveur de ses pieux accès, Du prophète royal entonne les versets.
Leurs prières, leurs vœux, leurs hymnes se confondent. L'Olympe en retentit, les coteaux leur répondent; Et du creux des rochers, des vallons et des bois, L'écho sonore écoute et répète leurs voix ; Leurs chants montent ensemble à la céleste voûte. Ils marchent : l'aubépine a parfumé leur route ; On côtoie en chantant le fleuve, le ruisseau ; Un nuage de fleurs pleut de chaque arbrisseau, Et leurs pieds, en glissant sur la terre arrosée, En liquides rubis dispersent la rosée.
On franchit les forêts, les taillis, les buissons, Et la verte pelouse et les jaunes moissons. • Quelquefois, au sommet d'une haute colline Qui sur les champs voisins avec orgueil domine, L'homme du ciel étend ses vénérables mains; Pour la grappe naissante et pour les jeunes grains Il invoque le ciel. Comme la fraîche ondée Baigne, en tombant des cieux, la terre fécondée, Sur les fruits et les blés nouvellement éclos Les bénédictions descendent à grands flots.
Les coteaux, les vallons, les champs se réjouissent, Le feuillage verdit, les fleurs s'épanouissent; Devant eux, autour d'eux, tout semble prospérer, L'espoir guide leurs pas : prier, c'est espérer.
L'Espérance au front gai plane sur les campagnes, Sur le creux des vallons, sur le front des montagnes. Trouvent-ils en chemin, sous un chêne, un ormeau, Une chapelle agreste, un patron du hameau...
Là s'arrêtent leurs pas ; le simulacre antique Reçoit leurs simples vœux et leur hymne rustique. La nuit vient : on repart, et jusques au réveil Des songes fortunés vont bercer leur sommeil; Un rêve heureux remplit leurs celliers et leurs granges D'abondantes moissons, de fertiles vendanges; Et jusques à l'aurore ils pressent, assoupis, Des oreillers de fleurs et des chevets d'épis.
Ils pensent voir les fruits, les gerbes qu'ils attendent, Et jouissent déjà des trésors qu'ils demandent. O riant Chanonat! 0 fortuné séjour !
Je croirai voir encor ces beaux lieux, ce beau jour, Où, fer d'accompagner le saint pèlerinage, Enfant, je me mêlois aux enfants du village!
Hélas ! depuis longtemps je n'ai vu ces tableaux !
(Note de l'Éditeur.)