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L'Enchanteur 1768—1848
Génie du christianisme Note XXIII, page 288

Notes et éclaircissements

Note XXIII, page 288

Génie du christianisme · 3 min de lecture · p. 592–593 · chapitre 201 sur 244

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Le catalogue que Pline nous a laissé des tableaux de l'antiquité n'offre pas un seul tableau de paysage, si l'on en excepte les peintures à fresque. Il se peut faire que quelques-uns des tableaux des grands maîtres eussent un arbre, un rucher, un coin de vallon ou de forêt, un courant d'eau dans le second ou troisième plan, mais cela ne constitue pas le paysage proprement' dit, et tel que nous l'ont donné les Lorrain et les Berghem.

Dans les antiquités d'Herculanum on n'a rien trouvé qui pût porter à croire que l'ancienne école de peinture eût des paysagistes. On voit seulement, dans le Télèpke, une femme assise, couronnée de guirlandes, appuyée sur un panier rempli d'épis, de fruits et de fleurs. Hercule est vu par le dos, debout devant eue, et une biche allaite un enfant à ses pieds. Un Faune joue de la flûte dans l'éloignement, et une femme ailée fait le fond de la figure d'Hercule. Cette composition est gracieuse, mais ce n'est pas là encore le véritable paysage, .e paysage nu, représentant seulement un accident de la nature.

Quoique Vitruve prétende qu'Anaxagore et Démocrite avoient parlé de la perspective en traitant de la scène grecque, on peut encore douter que les anciens connussent cette partie de l'art, sans laquelle toutefois il ne peut y avoir de paysage. Le dessin des sujets d'Herculanum est sec, et tient beaucoup de la sculpture et des bas-reliefs. Les ombres, d'un rouge mêlé de noir, sont également épaisses depuis le haut jusqu'au bas de la figure, et conséquemment ne font point fuir les objets. Les fruits mêmes, les fleurs et les vases manquent de perspective, et le contour supérieur de ces derniers ne répond pas au même horizon que leur base. Enfin, tous ces sujets, tirés de la fable, que l'on trouve dans les ruines d'Herculanum, prouvent que la mythologie déroboit aux peintres le vrai paysage, comme elle cachoit aux poëtes la vraie nature.

Les voûtes des thermes de Titus, dont Raphaël étudia les peintures, ne représentoient que des personnages.

Quelques empereurs iconoclastes avoient permis de dessiner des fleurs et des oiseaux sur les murs des églises de Constantinople. Les Égyptiens, qui avoient la mythologie grecque et latine, avec beaucoup d'autres divinités, n'ont point su rendre la nature. Quelques-unes de leurs peintures, que l'on voit encore sur les murailles de leurs temples, ne s'élèvent guère, pour la composition, au delà du faire des Chinois.

Le père Sicard, parlant d'un petit temple situé au milieu des grottes de la Thébaïde, dit : « La voûte, les murailles, le dedans, le dehors, tout est peint, mais avec des couleurs si brillantes et si douces, qu'il faut les avoir vues pour le croire.

« Au côté droit, on voit un homme debout, avec une canne de chaque main, appuyé sur un crocodile, et une fille auprès de lui, ayant une canne à la main.

« On voit, à gauche de la porte, un homme pareillement debout et appuyé sur un crocodile, tenant une épée de la main droite, et de la gauche une torche allumée. Au dedans du temple des fleurs de toutes couleurs, des instruments de différents arts et d'autres figures grotesques et emblématiques, y sont dépeints. On y voit aussi d'un autre côté une chasse où tous les oiseaux qui aiment le Nil sont pris d'un seul coup de rets et de l'autre on y voit une pêche où les poissons de cette rivière sont enveloppés dans un seul filet, etc. » (Lett. édif., t. V, p. 144.)

Pour trouver des paysages chez les anciens, il faudroit avoir recours aux mosaïques; encore ces paysages sont-ils tous historiés. La fameuse mosaïque du palais des princes Barberins à Palestrine représente dans sa partie supérieure un pays de montagnes, avec des chasseurs et des animaux; dans la partie inférieure, le Nil qui serpente autour de plusieurs petites îles. Des Égyptiens poursuivent des crocodiles; des Égyptiennes sont couchées sous des berceaux ; une femme offre une palme à un guerrier, etc.

Il y a bien loin de tout cela aux paysages de Claude le Lorrain.