Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Génie du christianisme Note LXIII, page 712

Notes et éclaircissements

Note LXIII, page 712

Génie du christianisme · 3 min de lecture · p. 696–697 · chapitre 241 sur 244

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

FLEURY, Hist. eccl., t. IV, liv. XIX, p. 557. La philosophie a été scandalisée de la manière philosophique, morale et même poétique, dont l'auteur a parlé des mystères, sans faire attention que beaucoup de Pères de l'Église en ont eux-mêmes parlé ainsi, et qu'il n'a fait que répéter les raisonnements de ces grands hommes. Origène avoit écrit neuf livres de Stromates, où il confirmoit, dit saint Jérôme, tous les dogmes de notre religion par l'autorité de Platon, d'Aristote, de Numénius et de Cornutus (Epist. ad Magn.). Saint Grégoire de Nysse mêle la philosophie à la théologie, et se sert des raisons des philosophes dans l'explication des mystères; il suit Platon et Aristote pour les principes et Origène pour l'allégorie. Qu'auroient donc dit les critiques si l'auteur avoit fait, comme saint Grégoire de Nazianze, des espèces de stances sur la grâce, le libre arbitre, l'invocation des Saints, la Trinité, le Saint-Esprit, la présence réelle, etc.? Le poëme soixante-dixième, composé en vers hexamètres et intitulé Les Secrets de saint Grégoire, contient, dans buit chapitres, tout ce que la théologie a de plus sublime et de plus important. Saint Grégoire a chanté jusqu'à la primauté de l'Église de Rome:

Kai vũv et totiv sudpouos, Tiv éGTépav Патах бота та потріс Ходи,

Fides vetuste recta erat jam antiquitus, Et recta perstat nunc item nexu pio, Quodcumque labens sol videt devinciens :

Ut universi præsidem mundi decet, Totam colit que Numinis concordiam.

• De toute antiquité la foi de Rome a été droite, et elle persiste dans cette droiture, cette Rome qui lie par la parole du salut (r » compie léyo,, salutari verbo, et non pas nexu pio) tout ce qu'éclaire le soleil couchant, comme il convenoit à cette Église, qui occupe le premier rang entre les Églises du monde et qui révère la parfaite union qui subsiste en Dieu » Voilà certes des sujets assez sérieux mis en vers par un évêque. L'auteur du Génie du Christianisme n'a parlé que des beaux effets de la religion employée dans la poésie : saint Grégoire de Nazianze va bien plus loin, car il ose faire de véritables allégories sur des sujets pieux. Rollin nous donne aussi le précis d'un poëme de ce Père : « Un songe qu'eut saint Grégoire dans sa plus Rendre jeunesse, et dont il nous a laissé en vers une élégante description, contribua beaucoup à lui inspirer de tels sentiments ( des sentiments d'innocence). Pendant qu'il dormoit, il crut voir deux vierges de même âge et d'une égale beauté, vêtues d'une manière modeste et sans aucune de ces parures que recherchent les personnes du siècle. Elles avoient les yeux baissés en terre et le visage couvert d'un voile qui n'empêchoit pas qu'on entrevît la rougeur que répandoit sur leurs joues une pudeur virginale. Leur vue, ajoute le saint, me remplit de joie, car elles me paroissoient avoir quelque chose au-dessus de l'humain. Elles, de leur côté, m'embrassèrent et me caressèrent comme un enfant qu'elles aimoient tendrement; et quand je leur demandai qui elles étoient, elles me dirent, l'une qu'elle étoit la pureté, et l'autre la continence, toutes deux les compagnes de Jésus-Christ, et les amies de ceux qui renoncent au mariage pour mener une vie céleste; elles m'exhortoient d'unir mon cœur et mon esprit au leur, afn que, m'ayant rempli de l'éclat de la virginité, elles pussent se présenter devant la lumière de la Trinité immortelle. Après ces paroles, elles s'envolèrent au ciel, et mes yeux les suivirent le plus loin qu'ils purent.i (Traité des Études, t. IV, p. 674.) A l'exemple de ce grand saint, Fénelon lui-même, dans son Éducation des Filles, a fait des descriptions charmantes des sacrements. Il veut que pour instruire les enfants on choisisse dans les histoires (de la religion) « tout ce qui en donne les images les plus riantes et les plus magnifiques, parce qu'il faut employer tout pour faire en sorte que les enfants trouvent la religion belle, aimable et auguste, au lieu qu'ils se la représentent d'ordinaire comme quelque chose de triste et de languissant, » Tant d'exemples, tant d'autorités fameuses ont-ils été ignorés des critiques?