Notes et éclaircissements
Note I, page 8
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
L'Encyclopédie est un fort mauvais ouvrage ; c'est l'opinion de Voltaire lui-même.
« J'ai vu par hasard quelques articles de ceux qui se font, comme moi, les garçons de cette grande boutique: ce sont, pour la plupart, des dissertations sans méthode. On vient d'imprimer dans un journal l'article Femme, qu'on tourne horriblement en ridicule. Je ne peux croire que vous ayez souffert un tel article dans un ouvrage si sérieux : Chloé presse du genou un petit-maître et chiffonne les dentelles d'un autre : il semble que cet article soit fait pour le laquais de Gil Blas.
« J'ai vu Enthousiasme, qui est meilleur, mais on n'a que faire d'un si long discours pour savoir que l'enthousiasme doit être gouverné par la raison. Le lecteur veut savoir d'où vient ce mot, pourquoi les anciens le consacrèrent à la divination, à la poésie, à l'éloquence, au zèle de la superstition; le lecteur veut des exemples de ce transport secret de l'âme appelé enthousiasme; ensuite il est permis de dire que la raison, qui préside à tout, doit aussi conduire ce transport. Enfin, je ne voudrais dans votre Dictionnaire que vérité et méthode. Je ne me soucie pas qu'on me donne son avis particulier sur la comédie; je veux qu'on m'en apprenne la naissance et les progrès chez chaque nation: voilà ce qui plaît, voilà ce qui instruit. On ne lit point ces petites déclamations dans lesquelles un auteur ne donne que ses propres idées, qui ne sont qu'un sujet de dispute. » Correspondance de Voltaire et de d'Alembert, tome I°', page 19, édit. in-8°, de BEAUMARCHAIS. (Lettre du 13 novembre 1756.)
Page 25. « Vous m'encouragez à vous représenter en général qu'on se plaint de la longueur des dissertations vagues et sans méthode que plusieurs personnes vous fournissent pour se faire valoir; il faut songer à l'ouvrage, et non à soi. Pourquoi n'avez-vous pas recommandé une espèce de protocole à ceux qui vous servent : étymologie, définitions, exemples, raison, clarté et brièveté ? Je n'ai vu qu'une douzaine d'articles, mais je n'y ai rien trouve ce tout cela. » (22 décembre 1756.)
Page 62. « Je cherche, dans les articles dont vous me chargez, à ne rien dire que de nécessaire, et je crains de n'en pas dire assez; d'un autre côté, je crains de tomber dans la déclamation.
« Il me paroît qu'on vous a donné plusieurs articles remplis de ce défaut; il me revient toujours qu'on s'en plaint beaucoup. Le lecteur ne veut qu'être instruit, et il ne l'est point du tout par les dissertations vagues et puériles, qui pour la plupart renferment des paradoxes, des idées hasardées, dont le contraire est souvent vrai, des phrases ampoulées, des exclamations qu'on siffleroit dans une académie de province. » (29 décembre 1757.)
D'Alembert, dans le discours à la tête du troisième volume de l'Encyclopédie, et Diderot, dans le cinquième volume, article Encyclopédie, ont fait eux-mêmes la satire la plus amère de leur ouvrage.