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L'Enchanteur 1768—1848
Génie du christianisme Note XIII, page 160

Notes et éclaircissements

Note XIII, page 160

Génie du christianisme · 6 min de lecture · p. 578–580 · chapitre 191 sur 244

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Garnier Frères (texte de 1828), non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

• Les véritables philosophes n'auroient pas prétendu, comme l'auteur du système de la Nature, que le jésuite Needham eût créé des anguilles et que Dieu n'avoit pu créer l'homme. Needham ne leur auroit pas paru philosophe, et l'auteur du Système de la Nature n'eût été regardé que comme un discoureur par l'empereur Marc-Aurèle. i (Questions encycl., t. VI, art. Phitosoph. )

Dans un autre endroit, combattant les athées, il dit à propos des sauvages qu'on croyoit sans dieu :

« Mais on peut insister, on peut dire : Ils vivent en société, et ils sont sans dieu : donc on peut vivre en société sans religion.

« En ce cas, je répondrai que les loups vivent ainsi, ei que ce n'est pas une société qu'un assemblage de barbares anthropophages tels que vous les supposez : et je vous demanderai toujours si quand vous avez prêté votre argent à quelqu'un de votre société, vous voudriez que ni votre débiteur, ni votre procureur, ni votre notaire, ni votre juge, ne crussent en Dieu. i ( Ib., t II, art. Ath.)

Tout cet article sur l'athéisme mérite d'être parcouru. En poétique, Voltaire montre le même mépris de toutes ces vaines théories qui troublent le monde. « Je n'aime pas le gouvernement de la canaille, répète-t-il en cent endroits. ' Voyes les Lettres au roi de Prusse.) Ses plaisanteries sur les républiques populucières, son indignation contre les excès des peuples, tout enfin dans ses ouvrages prouve qu'il haïssoit de bonne foi les charlatans de la philosophie.

C'est ici le lieu de mettre sous les yeux du lecteur un certain nombre de passages tirés de la Correspondance de Voltaire, qui prouvent que je n'ai pas trop hasardé lorsque j'ai dit qu'il haïssoit secrètement les sophistes. Du

moins, l'on sera forcé de conclure (si on n'est pas convaincu ) que Voltaire avant soutenu éternellement le pour et le contre et varié sans cesse dans ses sentiments, son opinion en morale, en philosophie et en religion doit être comptée pour peu de chose.

« Contre les philosophes et le philosophisme. Je n'ai rien de commun avec les philosophes modernes que cette horreur pour le fanatisme intolérant » (Corresp. gén., t. X, p. 337.)

• La supériorité qu'une physique sèche et abstraite a usurpée sur les belles-lettres commence à m'indigner. Nous avions il y a cinquante ans de bien plus grands hommes en physique et en géométrie qu'aujourd'hui, et à peine parloit-on d'eux. Les choses ont bien changé. J'ai aimé la physique tant qu'elle n'a point voulu dominer sur la poésie : à présent qu'elle a écrasé tous les arts, je ne veux plus la regarder que comme un tyran de mauvaise compagnie. Je viendrai à Paris faire abjuration entre vos mains. Je ne veux plus d'autre étude que celle qui peut rendre la société plus agréable et le déclin de la vie plus doux. On ne sauroit parler physique un quart d'heure et s'entendre. On peut parler poésie, musique, histoire, littérature. tout le long du jour, etc. » (Corresp. gén., t. III, p. 170.)

« Les mathématiques sont fort belles; mais, hors une vingtaine de théorèmes utiles pour la mécanique et l'astronomie, le reste n'est qu'une curiosité fatigante. » (T. IX, p. 184.)

A Damilaville.

« J'entends par peuple la populace qui n'a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s'instruire; ils mourroient de faim avant de devenir philosophes. Il me paroît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir comme moi une terre et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis.i (T. X, p. 396.)

« J'ai lu quelque chose d'une Antiquité dévoilée, ou plutôt très-voilée L'auteur commence par le déluge et finit toujours par le chaos : j'aime mieux, mon cher confrère, un seul de vos contes que tout ce fatras. » (T. X. D. 409.)

« Je serois très-fâché de l'avoir fait (le Christianisme dévoilé), non-seulement comme académicien, mais comme philosophe, et encore plus comme citoyen. Il est entièrement opposé à mes principes. Ce livre conduit à l'athéisme. que je déteste. J'ai toujours regardé l'athéisme comme le pius grand égarement de la raison, parce qu'il est aussi ridicule de dire que l'arrangement du monde ne prouve pas un artisan suprême qu'il seroit impertinent de dire qu'une horloge ne prouve pas un horloger.

« Je ne réprouve pas moins ce livre comme citoyen; l'auteur paroît trop ennemi des puissances. Des homines qui penseroient comme lui ne formeroient qu'une anarchie.

« Ma coutume est d'écrire sur la marge de mes livres ce que je pense d'eux : vous verrez, quand vous daignerez venir à Ferney, les marges du Christianisme dévoilé chargées de remarques, qui prouvent que l'auteur s'est trompé sur les faits les plus essentiels. » (Corresp. gén., t. X1, p. 143.)

Année 1762. A Damilaville.

• Les frères doivent toujours respecter la morale et le trône. La morale est trop blessée dans le livre d'Helvétius, et le trône est trop peu respecté dans le livre qui lui est dédié. » (Le Despotisme oriental.)

Il dit plus haut en parlant de ce même ouvrage : « On dira que l'auteur veut qu'on ne soit gouverné ni par Dieu ni par les hommes. » (T. VIII, p. 148.)

Année 1768. A M. de Villevieille.

« Mon cher marquis, il n'y a rien de bon dans l'athéisme. Ce système est fort mauvais dans le physique et dans le moral. Un honnête homme peut fort bien s'élever contre la superstition et contre le fanatisme; il peut détester la persécution; il rend service au genre humain s'il répand les principes de la tolérance: mais quel service peut-il rendre s'il répand l'athéisme? Les hommes en seront-ils plus vertueux, pour ne pas reconnoître un Dieu qui ordonne la vertu? Non, sans doute. Je veux que les princes et leurs ministres en reconnoissent un, et même un Dieu qui punisse et qui pardonne. Sans ce frein, je les regarderai comme des animaux féroces, qui à la vérité ne me mangeront pas quand ils sortiront d'un bon repas, et qu'ils digéreront doucement sur un canapé avec leurs maîtresses, mais qui certainement me mangeront s'ils me rencontrent sous leurs griffes quand ils auront faim, et qui, après m'avoir mangé, ne croiront pas seulement avoir fait une mauvaise action. » (T. XII. p. 349.)

« Je ne suis point du tout de l'avis de Saunderson, qui nie un Dieu parce qu'il est né aveugle. Je me trompe peut-être, mais j'aurois à sa place reconnu un être très-intelligent, qui m'auroit donné tant de suppléments de la vue; et en apercevant, par la pensée, des rapports infinis dans toutes les choses, j aurois soupçonné un ouvrier infiniment habile. Il est fort impertinent de deviner qui il est et pourquoi il a fait tout ce qui existe, mais il me paroit bien hardi de nier qu'il est. » (Corresp. gén., t. IV, p. 44.)

« Il me paroit absurde de faire dépendre l'existence de Dieu d'a plus 4,

« Où en seroit le genre humain s'il falloit étudier la dynamique et l'astronomie pour connoître l'Être suprême? Celui qui nous a créés tous doit être manifesté à tous, et les preuves les plus communes sont les meilleures, par la raison qu'elles sont les plus communes; il ne faut que des yeux et point d'algèbre pour voir le jour. » (Corresp. gén., t. IV, p. 463.)

« Mille principes se dérobent à nos recherches parce que tous les secrets du Créateur ne sont pas faits pour nous. On a imaginé que la nature agit toujours par le chemin le plus court, qu'elle emploie le moins de force et la plus grande économie possible : mais que répondroient les partisans de cette opinion à ceux qui leur feroient voir que nos bras exercent une force de près de cinquante livres pour lever un poids d'une seule livre; que le cœur en exerce une immense pour exprimer une goutte de sang; qu'une carpe fait des milliers d'œufs pour produire une ou deux carpes; qu'un chêne donne un nombre innombrable de glands, qui souvent ne font pas naître un seul chêne? Je crois toujours, comme je vous le mandois il y a longtemps, qu'il y a plus de profusion que d'économie dans la nature.i (T. IV, p. 463.)