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L'Enchanteur 1768—1848
Une gerbe de lettres inédites de Chateaubriand Une gerbe de lettres inédites (suite)

Une gerbe de lettres inédites (suite)

Une gerbe de lettres inédites de Chateaubriand · 3 min de lecture · p. 29–30 · chapitre 27 sur 101

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Nantes : Imprimerie de la Loire, 1911, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Voilà donc restituée dans son intégrité, une lettre qui n'avait été jusqu'à ce jour que fragmentairement reproduite - dans sa partie la plus intéressante il est vrai - La phrase « J'avais reçu l'ordre du duc de Rovigo.... » mise du reste à contribution avec l'habileté et l'érudition que l'on devine par Biré1, éclaire d'un jour singulier toute cette affaire que la seule rédaction des Mémoires ne nous avait pas permise de considérer sous son véritable aspect. Dans ceux-ci, en effet, rédigés près de vingt ans après, Chateaubriand nous fournit une version différente et adoucie2 de l'évènement: des amis l'auraient supplié pour le mettre à l'abri de la colère du maître, de se présenter à l'Institut ; loin de vouloir employer la force pour l'y contraindre, Napoléon ne serait entré pour rien dans le projet, ni en bien, ni en mal.

(1) Mémoires, T. III, p. 55t. Il est entendu qu'il s'agit ici comme ailleurs de l'edition Biré, ↩

(2) Dans le cas où son discours eût été prononcé, il n'était plus que jeté « dans un cul de basse-fosse pour le reste de sa vie ». ↩

L'exacte vérité, la vérité toute entière, n'est pas plus dans le texte des Mémoires, que dans celui de la lettre que nous publions. Il faut pour être juste adopter un moyen terme. Ce moyen terme, Dugast-Matifeux l'avait bien saisi, lorsqu'il transcrivait judicieusement au pied de sa copie les lignes suivantes3 en guise de commentaire: « Napoléon, qui avait sévèrement traité Chateaubriand, et qui, en 1807, lui avait enlevé la propriété du Mercure de France, à l'occasion d'un article sur le Voyage en Espagne de Laborde, où il avait cru voir des allusions offensantes, sembla disposé à faire sa paix avec lui et fit les premières avances, en chargeant le Ministre de l'Intérieur, Montalivet, de témoigner à l'Institut sa surprise de ce que le Génie du Christianisme, n'était même pas mentionné dans le rapport sur les prix décennaux. En 1811, Chateaubriand fut désigné pour occuper à l'Institut le fauteuil vacant par la mort de Marie-Joseph Chénier... ». Biré, dans la lumineuse histoire de ce fauteuil, renchérissant encore sur l'article précité, nous rapporte que, d'après le baron de Méneval « se serait l'empereur lui-même qui aurait désigné, aux suffrages de l'Académie, le chantre des Martyrs ».

(3) Cf. Nouvelle biographie Didot, article Chateaubriand par Loménie. ↩

Si donc les Mémoires n'accusent aucun rôle joué par Napoléon, dont les avances, faites indirectement, après avoir été si fraîchement accueillies, tournèrent si mal, par contre la lettre manifeste sa volonté d'une façon trop brutale, en ce qu'elle invoque même pas la légère restriction mise en lumière par nos concitoyens. Il y a donc lieu ici de lire entre les lignes et hors les lignes.

Quant à l'anecdote rapportée par un certain Chetwoode - et qui est le mobile de cette lettre - si nous ignorons exactement ce qu'elle fut, nous pouvons présumer tout au moins que l'auteur avait fait prononcer à Chateaubriand des paroles que celui-ci s'était contenté d'écrire. Le geste n'en était pas moins beau ; les conséquenquences sont là pour le prouver.

La lettre qui va suivre - s. I p. in-4°, notre collection - est adressée à un destinataire inconnu, mais elle dénote assez clairement le véritable ami, celui des jours d'épreuve, comme des jours de prospérité.

Nous savons, en effet, qu'à cette date du jer mai 1817, Chateaubriand était depuis plusieurs mois - exactement depuis le 20 septembre 1816 - rayé de la liste des ministres d'état, dont la pension de vingt-quatre mille francs lui avait été retirée par la même, à la suite de son ouvrage La Monarchie selon la Charte, ou plutôt du post-scriptum ajouté après l'ordonnance du 5 septembre 1816 qui dissolvait la Chambre de 1815.

Réduit au strict nécessaire, l'écrivain fut obligé de vendre ses livres le 29 avril et jours d'après. Sa Vallée aux loups ne lui appartenait également plus le mois suivant et le 5 mai, il était en droit d'écrire à la « chère sœur » en lui annonçant la vente de sa bibliothèque et la permission accordée de mettre sa Vallée en loterie - loterie qui n'aboutit pas, faute de preneurs de billets et fut remplacée par une vente aux enchères - que : « comme Job, je suis venu au monde nu, et je m'en irai nu ».