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L'Enchanteur 1768—1848
Une gerbe de lettres inédites de Chateaubriand Chateaubriand → M. Abel, 29 septembre 1815, Paris

Une gerbe de lettres inédites (suite)

Chateaubriand → M. Abel, 29 septembre 1815, Paris

Une gerbe de lettres inédites de Chateaubriand · 1 min de lecture · chapitre 26 sur 101

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Nantes : Imprimerie de la Loire, 1911, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.

A Monsieur Abel à Paris

Paris, ce 29 septembre 1815

Je vous remercie, Monsieur, du manuscrit que vous avez bien voulu me communiquer. Il y a quelque chose de vrai dans la note de votre auteur ; mais la phrase citée se trouvait dans mon discours même et venait à la suite d'un morceau très vif contre les Régicides. Ce fut ce morceau et un autre où je réclamais la liberté de la pensée, qui amenèrent les fureurs de Buonaparte et les nouvelles menaces de fusiller, si jamais mon discours était prononcé en public. J'avais reçu l'ordre du duc de Rovigo de me présenter pour candidat à l'Institut, sous peine d'être enfermé pour le reste de mes jours à Vincennes.

Ne voulant occuper aucune place sous l'assassin du duc d'Enghien, et forcé de me présenter pour demander celle de Chénier, je fis mon discours de manière qu'on serait obligé de me défendre de le prononcer, malgré l'éloge de droit dont chaque récipiendaire était obligé de couronner son discours. Je réussis dans ce dessein ; mais je pensais y perdre la vie, et l'on se rappelle encore tout le bruit que cette affaire de l'Institut fit dans le temps à Paris.

Je pense donc, Monsieur, que l'anecdote racontée par M. Chetwoode étant presqu'entièrement controuvée, elle peut être supprimée sans inconvénient. Pour mon compte, je désire que l'on parle de moi le moins possible. C'est à vous, Monsieur, de suivre là dessus votre sentiment et je vous renouvelle encore mes remercîmens pour votre politesse et la délicatesse de votre procédé envers moi.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec toute la considération possible, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Chateaubriand