Une gerbe de lettres inédites (suite)
Chateaubriand → M. de Lestrade, 7 juin 1836, Paris
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Nantes : Imprimerie de la Loire, 1911, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
A Monsieur de Lestrade1
(1) Louis-Joseph Lestrade (1768-1840). Très hostile à la révolution, il accepta néanmoins sous l'Empire divers emplois. Auteur de différents ouvrages et publiciste, il collabora en particulier au Drapeau blanc (1819-1830), organe d'un royalisme avancé, et aux : Archives Françaises, ou Recueil authentique d'actions honorables pour servir à l'histoire depuis le rer janvier 1789 jusqu'au rer janvier 1818. C'est sans doute ce dernier recueil que Chateaubriand nomme du titre plus bref de Réflexions sur les Archives du Royaume, et dans lequel son influence politique est mise en avant par le rédacteur. ↩
Paris, 7 juin 1836
Je vous remercie infiniment, Monsieur, de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire; mais vous n'aviez pas besoin d'entrer dans les détails où vous avez eu la bonté d'entrer pour vous rappeler à ma mémoire: je n'avois point du tout oublié Monsieur de Lestrade.
Je me trouverois très honoré, Monsieur, de la souscription de Made votre belle-sœur à mes Mémoires d'Outre-tombe. Je verrai M. Deloye, qui est à la tête de la société des actionnaires et avec lequel j'ai traité, et s'il peut disposer d'une action, je ne doute pas qu'il ne s'empresse de satisfaire au désir de Made de hainault. Malheureusement je suis maintenant tout à fait en dehors d'une opération terminée en ce qui me touche.
J'ai lu, Monsieur, vos excellentes Réflexions sur les Archives du Royaume; mais ici encore mon inutilité se fait sentir: à peine me reste t il assez de jours pour achever mes mémoires. Je suis de plus entièrement étranger à la France nouvelle et il y a longtemps que je serois allé mourir sous le soleil de l'Italie si j'avois pu trouver le moyen d'acquérir une fortune suffisante pour assurer une existence indépendante à moi et à Made de Chateaubriand, hors de notre patrie. Je suis loin de croire à l'influence que vous voulez bien attribuer à ma parole et c'est ce qui m'a consolé en lisant votre projet éloquent et judicieux.
Permettez-moi Monsieur, de vous renouveler mes remercîments les plus sincères et de vous prier d'agréer l'assurance de ma considération très distinguée.
Chateaubriand