Une gerbe de lettres inédites (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Nantes : Imprimerie de la Loire, 1911, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Nous reproduisons ci-après une lettre - a. s. 2 p. in-8° - qui a paru en vente le 18 décembre 1900 chez Noël Charavay.
Elle a trait à un incident de la vie politique dn grand écrivain. Le Times l'avait accusé d'être l'auteur de la Note secrète, rédigée dans les premiers mois de 1818, par un des chefs du parti des ultras, le baron de Vitrolles1 qui paya du reste de son titre de ministre d'état, cet exposé des vues politiques du futur Charles X. A cette époque, Chateaubriand, était à moitié ultra, et j'emploie à dessein ce mot à moitié. La fondation du Conservateur (octobre 1818 à mars 1820) organe de « l'opinion royaliste » et dont le grand écrivain fut le plus brillant rédacteur, créé tant pour combattre la Minerve, feuille de « l'opposition libérale» que « l'opinion ministérielle » représentée par le duc de Richelieu, jugé trop modéré comme président du conseil par les ultras, légitime suffisamment cette restriction. Chateaubriand n'y prend-il pas place à côté des membres les plus actifs du parti ultra, tout en ne cessant de défendre, avec quel succès on le sait, le système représentatif et la liberté de la presse ? Il faut avouer, qu'en politique, tout au moins René fut parfois un homme assez étrange! Le mot si humain de Louis XIV : « Je sens deux hommes en mo » pris dans un sens un peu particulier, le caractérise parfaitement.
(1) 1774-1854. Député et pair de France. ↩
Toujours est-il, que pour être à moitié ultra, il ne voulait nullement endosser les responsabilités de la Note, contraire en somme à ses principes. N'oublions pas non plus, que Chateaubriand était alors lui aussi ministre d'état, et l'on peut ne pas hésiter à se sacrifier à l'occasion, sans être particulièrement désireux de payer pour autrui. C'est pourquoi ne voulant pas dénoncer son collègue qui était intervenu en sa faveur auprès de Richelieu, et dédaignant de répondre directement au journal anglais, l'écrivain fit insérer dans les Débats et le Moniteur du 28 juin, une protestation contre cette assertion mensongère. Avant de mettre son projet à exécution, il en fait part au vrai coupable :